Poggia Mauro · Ständerat · 2025-12-09
Poggia Mauro · Ständerat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2025-12-09
Wortprotokoll
Comme l'a dit très justement notre collègue Hurni, qui représente la minorité, tout le monde est d'accord qu'il y a un problème. Il faut lutter contre les propos haineux, mais personne ne vient nous dire quelle serait la solution pour pouvoir le faire efficacement. En tout cas, la [PAGE 1240] majorité nous dit que ce n'est pas la proposition que je vous ai soumise qui serait la bonne. Pourtant, tous les jours, en lisant les commentaires qui sont publiés en réaction à des articles qui se retrouvent simultanément, la plupart du temps, dans la presse écrite, on trouve des commentaires particulièrement agressifs - et Dieu sait si le monde politique n'est pas épargné -, de la part de personnes qui s'identifient en tant que Napoléon, Copernic ou Batman. Il est évidemment plus facile d'insulter autrui, de prendre des libertés avec le langage, lorsqu'on n'a pas à subir le reproche, ne serait-ce que du regard de ceux qui nous connaissent.
Le fait de s'identifier par son nom et son prénom est évidemment déjà une manière de s'exposer à une pression morale[NB]: il faut être prêt à assumer les avis que l'on exprime. Or, vous le savez, dans un pays comme la Suisse, où la démocratie repose sur le débat public et l'échange des idées, il faut que ces idées s'échangent dans le respect. Or, aujourd'hui, la plupart des personnes qui voudraient commenter sérieusement un article pour relancer le débat ne le font pas, tout simplement pour ne pas être insultées ou pour ne pas se mettre au niveau de certains qui, évidemment, tiennent des propos qui sont à la limite de l'injure. Notre argent public sert de subventionnement à un certain nombre de médias. Nous ne réglerons bien sûr pas tous les problèmes, mais il faut bien commencer quelque part.
Là où il peut y avoir une pression, c'est là où nous versons des moyens, précisément à des médias, que nous considérons être des rouages importants de notre démocratie par le débat politique qu'ils génèrent. Tout le débat autour du soutien aux médias repose là derrière. Il faut soutenir les médias, parce que sans médias, il n'y a pas d'échange d'idées; sans échange d'idées, il n'y a pas de débat; sans débat, il n'y a pas de démocratie. Or, il n'y a pas de débat s'il y a insulte, si l'on se cache derrière des pseudonymes pour pouvoir dire tout et n'importe quoi.
C'est vrai que c'est un moyen qui est proposé ici. Peut-être y en a-t-il d'autres. En tout cas, le Conseil fédéral n'en propose pas d'autres, puisque, comme l'a dit très justement le porte-parole de la minorité, dans la nouvelle loi sur les plateformes de communication et les moteurs de recherche, qui est en consultation, on ne propose rien. La modération des commentaires qui est proposée, qui existe en grande partie, ne fait pas son travail correctement, parce qu'elle ne peut tout simplement pas tout suivre. Si l'on ouvre les commentaires sur certains articles - vous en avez tous immédiatement à l'esprit qui sont particulièrement clivants au sein de la population -, automatiquement, c'est oui ou c'est non, c'est blanc ou c'est noir. Il y a ceux qui ont raison et il y a ceux qui ont tort. Il n'y a plus aucun débat. Quand j'exprime ainsi le débat, je laisse de côté tous les noms d'oiseaux dont nous qualifient les uns et les autres qui ne sont pas de notre avis.
Il est important, d'autant plus dans un monde dans lequel les algorithmes vont largement nous orienter vers des opinions qui sont celles que nous avons exprimées, de défendre le débat. Défendre ce débat public par l'intermédiaire précisément de commentaires qui sont une bonne chose. Le porte-parole de la minorité a indiqué que, parfois, on ferme les commentaires parce qu'on ne peut plus rien maîtriser, c'est triste.
C'est triste de devoir empêcher le débat, parce que le débat ne porte pas ses fruits.
La motion que je soumets modestement à notre conseil aurait pour but de faire un pas dans la bonne direction. Je vous demande de l'adopter.