Weber Céline · Nationalrat · 2025-12-10
Weber Céline · Nationalrat · Waadt · Grünliberale Fraktion · 2025-12-10
Wortprotokoll
Il en va des initiatives sur l'agriculture un peu comme de l'augmentation des primes d'assurance-maladie[NB]: elles reviennent quasiment chaque année et pas toujours pour le meilleur, quand on sait que l'initiative sur l'alimentation a réussi à faire quasiment l'unanimité contre elle en séance de commission.
Certes, la problématique abordée par l'initiative est pertinente s'agissant de l'importance de la préservation des bases agricoles, de la biodiversité et de la fertilité des sols. Il s'agit ni plus ni moins que de la base même de notre existence. Une utilisation durable et efficace des ressources naturelles, comme l'eau et la terre, doit être la base de notre système alimentaire. Or, je vous rappelle qu'en Suisse, un tiers de la nourriture parfaitement consommable est gaspillé année après année. En clair, nous gaspillons les ressources naturelles que nous devrions protéger et nous faisons travailler des hommes et des femmes pour rien, si ce n'est pour la poubelle.
En matière de pollution des eaux, la Suisse peut également faire mieux. Si, dans les cours d'eau petits à moyens, les pesticides sont en tête des micropolluants et dépassent souvent les valeurs limites, dans les cours d'eau moyens à grands, ce sont les résidus de médicaments et de cosmétiques qui prennent le dessus et dépassent les valeurs limites.
Si le groupe vert'libéral partage les préoccupations soulevées dans l'initiative, pourquoi allons-nous recommander de la rejeter[NB]? Tout simplement parce que le problème est plus complexe que ne le laisse entendre l'initiative. Garantir un taux d'auto-approvisionnement de 70 pour cent en l'espace de 10 ans est irréaliste et engendrerait des coûts conséquents de transformation de toute la filière alimentaire. De plus, de nombreux investissements réalisés ces dernières années dans l'agriculture, ainsi que dans les secteurs situés en amont et en aval du secteur agroalimentaire, ne pourraient pas être amortis. Enfin, la Suisse n'est pas une île. Même si un taux d'auto-approvisionnement le plus élevé possible peut paraître alléchant par temps de crise, je rappelle que, sans importations, l'agriculture suisse ne pourrait pas fonctionner. Nous avons donc tout intérêt à travailler en bonne intelligence avec l'étranger. Tout comme pour l'électricité, un fonctionnement insulaire de la Suisse aurait des répercussions financières importantes pour le consommateur final, ce qui ne peut pas être le but visé par l'initiative. En effet, c'est bien connu, si les denrées alimentaires deviennent trop chères en Suisse, le tourisme d'achat se frotte les mains et la nature n'a rien gagné.
Ainsi, simplement fixer un taux d'auto-approvisionnement arbitraire dans la Constitution - valeur qui n'a d'ailleurs été atteinte en Suisse que lors de la Seconde Guerre mondiale - n'a aucun sens. Penser que l'on pourra améliorer la qualité de l'eau comme par magie grâce à une simple valeur seuil et sans tenir compte de toutes les conséquences et des changements d'habitude que ce seuil impliquerait, c'est méconnaître totalement la réalité.
En conclusion, le groupe vert'libéral recommandera le rejet de l'initiative qu'il qualifie d'irréaliste, même s'il partage les préoccupations environnementales.