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Sormanni Daniel · Nationalrat · 2025-12-11

Sormanni Daniel · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2025-12-11

Wortprotokoll

L'initiative vise à limiter fortement l'usage des feux d'artifice dans notre pays. À première vue, l'idée peut sembler séduisante. Elle invoque la tranquillité, la protection des animaux, ou encore la réduction de la pollution[NB]; des préoccupations légitimes, bien sûr. Néanmoins, lorsqu'on analyse de près les mesures proposées, on réalise que cette initiative va beaucoup trop loin[NB]: c'est la fin des feux d'artifice. Elle s'attaque à un élément profondément ancré dans notre culture sans résoudre réellement les problèmes qu'elle prétend corriger.

Les feux d'artifice font partie de notre paysage culturel depuis des générations. Ils marquent les grands moments[NB]: le 1er août, Nouvel An, les fêtes communales, les événements sportifs, les événements festifs aussi. Ils rassemblent, ils créent des souvenirs. Derrière l'étincelle qui illumine le ciel, il y a un symbole[NB]: celui de la joie collective, du vivre-ensemble, de la célébration. Limiter drastiquement les feux d'artifice, c'est toucher à cette dimension communautaire qui nous unit.

Surtout, il faut rappeler que les feux d'artifice sont déjà encadrés. La législation fédérale prévoit des règles strictes concernant la vente, l'utilisation et les horaires. Les communes disposent d'un large pouvoir et d'une marge de manoeuvre pour imposer des restrictions supplémentaires adaptées à leurs réalités locales. Là où il existe une sensibilité particulière - zones rurales avec du bétail, proximité d'infrastructures sensibles -, les autorités peuvent déjà intervenir. Alors, pourquoi créer une nouvelle couche législative et imposer une solution nationale complètement rigide à un problème qui peut être résolu de manière ciblée, locale et proportionnée[NB]?

En vérité, cette initiative ne s'attaque pas au coeur du problème. Les nuisances liées aux feux d'artifice sont, pour la plupart, ponctuelles et concentrées sur quelques dates bien précises. Elles sont donc parfaitement gérables avec des mesures plus fines[NB]: limiter les heures, instaurer des zones adaptées, renforcer l'information sur les comportements responsables. Il n'y a pas besoin d'une interdiction de principe. Les communes font déjà ce travail.

Il est aussi essentiel de parler de l'économie. Le secteur des feux d'artifice, en Suisse, ce sont des PME familiales, des emplois saisonniers, des événements locaux qui dépendent de ces spectacles pour attirer du public. C'est aussi une tradition artisanale, un savoir-faire que nous risquerions de voir disparaître si l'initiative venait à passer. Lorsque l'on retire un pan d'activité économique, on retire derrière lui des emplois, un tissu social, une contribution aux finances locales. Cela ne doit pas être pris à la légère.

Au-delà de l'économie et de la culture, il y a un principe fondamental[NB]: celui de la liberté individuelle. Les Suissesses et les Suisses ont toujours su user de leurs libertés avec responsabilité. La vaste majorité des personnes utilise les feux d'artifice avec précaution, dans les limites de la loi. Faut-il punir l'ensemble d'une population pour les excès de quelques-uns - excès éventuels[NB]? Faut-il renoncer à une pratique largement appréciée parce qu'une minorité ne respecte pas les règles[NB]? Je ne le crois pas.

Cette initiative ouvre une porte qu'il sera difficile de refermer, car si l'on commence à restreindre certaines activités sous prétexte qu'elles entraînent des nuisances momentanées, où s'arrêtera-t-on[NB]? À chaque fête, à chaque événement, à chaque spontanéité joyeuse[NB]? Il n'y a plus de limites. Ce n'est pas ainsi que l'on construit un pays dynamique, confiant et ouvert. On veut nous mettre sous une cloche et je pense que ce n'est pas une bonne chose.

Proposer le rejet de cette initiative, ce n'est pas nier les préoccupations qu'elle soulève. C'est affirmer que ces préoccupations méritent une réponse intelligente, ciblée, proportionnée, et pas une mesure excessive et rigide inscrite dans la Constitution - ce n'est pas raisonnable. C'est défendre une tradition qui nous rassemble. C'est soutenir un tissu économique. C'est préserver nos libertés tout en promouvant le respect et la responsabilité.

Pour toutes ces raisons, je vous invite à proposer le rejet de l'initiative "pour une limitation des feux d'artifice" ainsi que de rejeter le contre-projet indirect, qui va dans le même sens. Ensemble, continuons de célébrer notre culture, avec respect, intelligence et équilibre.