Poggia Mauro · Ständerat · 2025-12-15
Poggia Mauro · Ständerat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2025-12-15
Wortprotokoll
Vous l'avez vu dans les médias[NB]: la Poste élargit son site informatique à Lisbonne et engage désormais davantage d'informaticiens au Portugal.
On nous explique du côté du Conseil fédéral, mais je devrais dire plutôt du côté de la Poste, que le souci de cette dernière est de rester compétitive et qu'il n'y aurait pas de transfert d'emplois[NB]; tout simplement, lorsque des emplois arriveraient à terme en Suisse, on ne les renouvellerait pas et ces postes seraient ouverts au Portugal. On nous explique qu'il n'y a pas de dommage pour la Suisse, puisque finalement, ces postes sont supprimés par le cours naturel du temps - j'imagine, parce que des personnes arrivent à la retraite -, et que le fait que l'on n'engage pas des informaticiens en Suisse, mais au Portugal ne serait pas préjudiciable à notre pays et serait bon pour la compétitivité de la Poste. Ce seraient des objectifs stratégiques pour renforcer précisément la compétitivité et l'innovation - et l'innovation. J'estime que des personnes actives dans ce domaine pourraient se sentir insultées par cette explication.
Vous savez que l'on a mis des moyens pour que nos écoles forment davantage d'informaticiens[NB]; ces jeunes qui sortent de nos écoles avec un diplôme se retrouvent malheureusement de plus en plus souvent au chômage, et on vient leur dire qu'ils n'auraient pas le niveau, puisque l'innovation dont a besoin la Poste, elle devrait aller la chercher auprès du Swisspost IT Lisbon Campus. C'est faux, chères et chers collègues[NB]: il suffit d'aller sur le site de ce campus pour se rendre compte que le niveau de formation qui est recherché par la Poste n'a rien à voir avec celui des génies de l'informatique. C'est un niveau basique dont a besoin la Poste[NB]; un niveau qui est largement fourni ici, en Suisse.
Mais il y a plus grave[NB]: dans le rapport du SECO de juillet 2025 - donc de cette année -, on constate que 6038 personnes actives dans le domaine de l'informatique sont au chômage. Ce nombre de personnes a augmenté de 190 en un mois et de 923 en une année. C'est donc dire si nous sommes dans une tendance d'augmentation du chômage dans le secteur de l'informatique en Suisse. Malgré cela, la Poste décide d'engager des informaticiens au Portugal au point que, comme l'a dit un jeune d'origine portugaise double-national que j'ai rencontré[NB]: "moi je vais retourner au Portugal, comme ça je serai engagé par la Poste". Vous admettrez qu'il y a quelque chose d'absurde dans ce raisonnement.
En réalité, ce n'est pas la compétitivité et l'innovation que cherche la Poste. Son seul but est de diminuer les salaires. On peut payer largement un tiers voire moitié moins un informaticien au Portugal qu'on ne le paye ici en Suisse. Cette délocalisation, qui est travestie en un besoin de compétences, n'a donc qu'une finalité de rentabilité. Si la Confédération [PAGE 1329] n'est pas capable elle-même de montrer l'exemple dans ce domaine pour soutenir nos demandeurs d'emploi en Suisse, qui va le faire[NB]? Est-ce que l'économie suisse va le faire[NB]? Certainement pas.
C'est la raison pour laquelle la réponse qui a été donnée par le Conseil fédéral, qui considère que c'est de la politique d'entreprise et que la Poste gère ses besoins de rentabilité comme elle le souhaite, ne me satisfait pas. Notre collègue Marco Chiesa a déposé une motion qui, la semaine dernière, a été transmise en commission. J'espère qu'on lui fera bon accueil, car de toute évidence, il y a ici des vis à serrer, si j'ose dire, parce qu'on laisse la bride sur le cou de la Poste, et - j'y reviendrai tout à l'heure - aussi de Swisscom.