Crevoisier Crelier Mathilde · Ständerat · 2026-03-03
Crevoisier Crelier Mathilde · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-03-03
Wortprotokoll
Vous l'avez entendu à l'audition du rapport de commission, cette dernière s'est montrée intéressée par la question, elle a reconnu l'importance du soin qui est apporté à sauver les abeilles et elle a prêté une oreille attentive à ces revendications. Je vous propose de donner suite à cette initiative de mon canton pour plusieurs raisons. Que le canton du Jura vienne avec cette initiative concernant les abeilles revêt une portée symbolique, puisque mon canton a été le premier touché par le frelon asiatique, en 2017. C'est là que les premières populations de frelons ont été vues en Suisse. Actuellement, le frelon est bien présent dans au moins la moitié du pays. La progression a donc été fulgurante ces dernières années. À la difficulté du frelon viennent s'amonceler d'autres nombreuses difficultés pour les apiculteurs et apicultrices, notamment le varroa, qui cause des ravages, et, plus généralement, les conditions climatiques et météorologiques qui prévalent au printemps. Or, c'est précisément l'objet de cette initiative.
Cette initiative part d'un constat simple[NB]: si le temps est défavorable au printemps, les abeilles doivent être nourries artificiellement aux frais des apiculteurs et apicultrices très tôt dans la saison. On parlait avant de l'été, mais, désormais, c'est plutôt dès le printemps. Sinon, les abeilles ne trouvent rien à manger en l'absence de fleurs et elles meurent. L'initiative pointe du doigt un état de fait[NB]: les abeilles sont considérées comme des animaux de rente, mais à l'inverse de la plupart des autres animaux de rente, elles ne donnent lieu à aucun paiement direct ni aucune subvention.
Quel est le problème[NB]? Le problème est que l'activité des apiculteurs et apicultrices joue un rôle prépondérant. En préservant les abeilles, on préserve la fonction de pollinisation de la nature, qui est menacée. Tous les rapports sur la biodiversité le pointent du doigt. Le Conseil fédéral, d'ailleurs, dans les nombreuses interventions qui ont concerné les[NB]abeilles[NB]ces[NB]dernières[NB]années, l'a également reconnu. La biodiversité et, partant, les populations d'abeilles sont en danger.
Que reproche-t-on à cette initiative et quelles sont les motivations pour la rejeter[NB]? Le premier reproche est qu'elle est trop spécifique. En traitant simplement le subventionnement du sucre que l'on sert pour nourrir les abeilles, on ne traiterait pas les autres problèmes qui coûtent plus cher, que sont, notamment, la lutte contre le frelon asiatique ou celle contre les maladies. Cela étant, on a déjà essayé, par de nombreuses interventions dans ce Parlement, de débloquer des subventionnements supplémentaires, de demander des plans d'action et des éléments spécifiques. À chaque fois, elles sont rejetées. Le Conseil fédéral a proposé de rejeter de nombreux objets du Parlement. La motion Hegglin Peter 23.4028 a été acceptée en 2024, mais toujours contre l'avis du Conseil fédéral. À l'heure actuelle, la lutte du Conseil fédéral en faveur des abeilles s'inscrit dans le cadre très global du plan d'action biodiversité, qui ne propose aucune mesure spécifique en faveur des abeilles. Les objectifs mentionnés par ce plan d'action sont, par exemple, que l'apiculture démontre, par des projets pilotes, l'efficacité des mesures. Un plan d'action fédéral qui se base sur l'apiculture pour démontrer l'efficacité des mesures manque non seulement d'ambition, mais, en plus, faillira à réaliser ses objectifs. L'approche globale a déjà été demandée. Toutes les mesures demandées par le biais de la motion Hegglin Peter sont importantes.
Cela dit, accepter cette mesure en particulier, qui permet un soutien ponctuel aux apiculteurs et apicultrices, n'irait pas du tout à l'encontre des objectifs de la motion. Au contraire, elle permettrait de débloquer plus rapidement une aide demandée depuis des années. Avant-hier, les milieux de l'apiculture ont annoncé le lancement d'une initiative populaire, car ils se sentent, à juste titre, ignorés de la Confédération, puisqu'aucun soutien financier ne leur est accordé. [PAGE 44]
Un mot encore sur le deuxième argument en défaveur de cette initiative, c'est-à-dire que ces subventions iraient subventionner des amateurs et pas seulement des professionnels[NB]; 95 pour cent des 18[NB]000 apiculteurs et apicultrices en Suisse exercent à titre amateur et non professionnel.
Cela étant, acheter du sucre occasionne des coûts effectifs. En regard du service particulier en faveur de la nature que ces apiculteurs exercent, certes à titre de hobby, et de cette lutte impérative pour maintenir la pollinisation de notre environnement, il est juste que nous compensions à minima les coûts qui sont occasionnés. Le rapporteur l'a dit[NB]: il nous a été dit en commission que cela représentait 80 francs par colonie. Un apiculteur ou une apicultrice ayant en moyenne peut-être 10 ou 20 colonies, cela équivaut à des coûts de plusieurs centaines, voire milliers de francs par année.
Pour conclure, nous nous trouvons un peu dans une situation ubuesque[NB]: nous reconnaissons tous les dangers qui guettent les abeilles, nous connaissons les moyens d'agir, nous constatons malheureusement que le Conseil fédéral peine à débloquer des moyens, notamment financiers, pour agir, mais nous refusons tout de même de donner suite à cette petite initiative, qui permettrait de donner un petit coup de pouce aux apiculteurs et apicultrices.
Je vous demande donc, à l'inverse, de lui donner sa chance, et d'y donner suite en suivant ma minorité.