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Kolly Nicolas · Nationalrat · 2026-03-04

Kolly Nicolas · Nationalrat · Freiburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2026-03-04

Wortprotokoll

La Suisse est un pays neutre et sa neutralité est perpétuelle, elle est autodéterminée et elle est armée. La neutralité suisse est l'un des piliers du particularisme helvétique. Elle est le positionnement politique le plus à même de nous protéger des affres de la guerre. Déjà au XVe siècle, Saint Nicolas de Flüe exhortait les Confédérés à préserver l'unité intérieure et à éviter les querelles extérieures. Son message était simple[NB]: "ne vous mêlez pas des affaires extérieures". Quelques décennies plus tard, après la défaite de Marignan, la paix perpétuelle de Fribourg fut conclue en 1516 entre la Confédération suisse et la France. Elle ouvrit alors une longue période de stabilité et de protection pour les treize cantons qui formaient la Confédération d'alors et pour les cantons qui rejoignirent la Confédération ensuite. Finalement, la neutralité de la Confédération suisse a été reconnue internationalement en 1815 et à la demande de la Suisse elle-même par l'acte final du Congrès de Vienne.

Cette reconnaissance internationale de la neutralité suisse permit de garantir l'inviolabilité du territoire helvétique. La neutralité suisse était un principe politique si fort que le commentaire de la Constitution fédérale de 1874 l'érigeait en une "obligation de droit constitutionnel coutumier". La Suisse ne pouvait renoncer à la neutralité permanente que sur la base d'une modification constitutionnelle votée par la majorité du peuple et des cantons.

La neutralité signifie la non-participation aux guerres d'autres États. Elle impose des devoirs stricts, à savoir ne pas mettre [PAGE 153] son territoire ou ses troupes à disposition de belligérants, mais également ne pas prendre parti, d'une quelconque manière, pour l'un ou pour l'autre des belligérants. La neutralité nous confère aussi des droits. Le premier est celui de nous défendre. C'est la raison pour laquelle notre neutralité doit s'accompagner d'une armée forte. Le corollaire de cette neutralité, de notre neutralité suisse totale, est notre faculté à pouvoir, et je dirais même à devoir, offrir nos bons offices par notre diplomatie, afin de permettre, dans le monde, des médiations pour résoudre les conflits par la paix. C'est la seule issue qui doit prévaloir pour éviter les destructions de pays et les massacres de populations, car la guerre est toujours une défaite pour l'humanité.

Cependant, ces dernières années, à cause de pressions très fortes, tant intérieures qu'extérieures, visant à nous forcer à prendre parti pour certains belligérants, dans les terribles guerres qui noircissent notre époque, notre neutralité a été mise à mal, notre neutralité a été malmenée, notre neutralité a été bafouée. Trop de personnes, et parfois même jusqu'au Conseil fédéral, ont visiblement oublié que la neutralité suisse n'était pas un mot vide de sens, malléable à souhait. L'initiative populaire "Sauvegarder la neutralité suisse" vise à inscrire noir sur blanc, dans la Constitution, le principe qui existe, je l'ai dit, depuis des siècles, d'une neutralité perpétuelle et armée.

Le corollaire de cette dernière est l'interdiction d'adhérer à une alliance militaire et le fait de limiter strictement la coopération militaire, tout en excluant les sanctions autonomes contre des États belligérants, sauf évidemment en cas d'obligation de l'ONU. Dans un monde marqué par la montée des tensions géopolitiques, les guerres et l'érosion du droit international, la neutralité n'est pas un luxe historique[NB]: elle est simplement une ligne de protection efficace, mais bien sûr aussi exigeante.

Inscrire explicitement dans la Constitution le principe de la neutralité perpétuelle et armée, ce qui est le but de l'initiative, ce n'est pas s'isoler, mais plutôt prolonger une tradition séculaire, qui a permis de protéger notre pays et notre population. C'est affirmer que, pour la Suisse, l'indépendance et la paix ne sont simplement pas négociables. C'est affirmer que - non - la Suisse ne prend pas part aux guerres qui ravagent notre monde, mais restera toujours du côté de la paix, que nous devons prôner par notre diplomatie partout et toujours.

C'est pourquoi il faut recommander d'accepter cette initiative[NB]; c'est pourquoi la neutralité suisse doit être inscrite dans notre Constitution fédérale.

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