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Amaudruz Céline · Nationalrat · 2026-03-04

Amaudruz Céline · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2026-03-04

Wortprotokoll

Dans un monde où chacun choisit son camp, la Suisse a choisi une autre voie[NB]: parler à tous pour pouvoir aider. C'est cela, la neutralité suisse. Elle n'est pas née d'un confort. Elle est née d'une nécessité. En 1815, au Congrès de Vienne, les puissances européennes reconnaissent la neutralité perpétuelle de la Suisse. Elles veulent, au coeur de l'Europe, un espace stable dans un continent agité par les rivalités. Cependant, très vite, cela est devenu bien plus qu'un arrangement diplomatique. C'est devenu une vocation. Une vocation simple[NB]: protéger notre population et rester capable d'atténuer les malheurs du monde lorsque nous le pouvons.

Le 1er février 1871, près de 90[NB]000 soldats français, l'armée du général Bourbaki, franchissent la frontière suisse. Ils sont épuisés, blessés et affamés. La Suisse les accueille, les interne et les soigne. Pourquoi cela a-t-il été possible[NB]? Parce que les belligérants savaient une chose[NB]: la Suisse, neutre, tiendra parole. C'est à ce moment que la Croix-Rouge, fondée quelques années plus tôt par le Genevois Henry Dunant, intervient pour la première fois à grande échelle. Cet épisode nous rappelle une vérité simple[NB]: la neutralité n'est pas l'égoïsme.

C'est la capacité d'aider sans choisir son camp. Ce n'est pas un hasard si la Croix-Rouge est née en Suisse et y a établi son siège. Comme l'écrit l'historien Sosthène Bounda, "la neutralité est un principe dont la finalité est l'action". Sans neutralité, les portes des prisons ne s'ouvrent pas et les convois humanitaires n'entrent pas dans les zones de guerre. La neutralité n'est pas l'inaction[NB]; elle est ce qui rend l'action possible.

Pourtant, paradoxe[NB]: la neutralité est souvent mal comprise. Certains y voient une faiblesse, d'autres la jugent dépassée. Ce doute existe également en Suisse. Pendant longtemps, notre diplomatie a pratiqué la discrétion. La Suisse organisait des rencontres entre adversaires sans chercher les projecteurs. Le résultat comptait plus que la lumière.

Aujourd'hui, certains estiment que la Suisse devrait s'aligner davantage et participer aux grandes coalitions politiques. C'est un choix possible, mais alors il faut avoir l'honnêteté de le dire clairement[NB]: on renonce à la neutralité. La neutralité n'est pas un concept à géométrie variable. On ne la calcule pas en pour cent. Elle est entière ou elle disparaît. Contrairement à ce que certains pensent, la neutralité n'exige pas moins de courage, elle en exige davantage, car il faut parfois maintenir le dialogue avec ceux que tout le monde refuse d'écouter.

C'est une tâche difficile, parfois ingrate, mais c'est celle que l'Histoire nous a confiée.

La neutralité suisse n'a jamais été synonyme de faiblesse. Elle repose sur deux piliers, une défense crédible et une diplomatie digne de confiance. Sans défense, la neutralité n'est qu'un voeu pieux, mais sans neutralité crédible, la Suisse perd ce qui fait sa voix dans le monde. Aujourd'hui, le monde est de nouveau en guerre. Dans un monde qui se polarise, [PAGE 155] les espaces de dialogue disparaissent. C'est précisément dans ces moments que les pays capables de parler à tous deviennent indispensables. La Suisse est l'un de ces pays, mais seulement si sa neutralité reste claire et crédible. Nous sommes un petit pays. Notre rôle n'a jamais été de hurler avec la meute. Notre rôle est de garder une porte ouverte quand toutes les autres se ferment. C'est cela que la Suisse représente depuis plus de deux siècles. C'est pour préserver cette capacité que l'initiative sur la neutralité existe.

Je vous invite donc à la soutenir. La neutralité suisse, au fond, c'est une promesse, celle que tant que la Suisse restera neutre, il restera quelque part un pays capable de parler à tout le monde.