Lexipedia

Weber Céline · Nationalrat · 2026-03-05

Weber Céline · Nationalrat · Waadt · Grünliberale Fraktion · 2026-03-05

Wortprotokoll

"La neutralité est un moyen en vue d'un but[NB]; elle est une mesure politique qui apparaît comme bien adaptée à la défense de l'indépendance de la Suisse." Cette citation n'est pas de moi, elle est tirée du procès-verbal de la Diète fédérale chargée d'élaborer la Constitution de 1848. La Suisse n'a depuis jamais abandonné sa neutralité. Ce qui était vrai pour nos ancêtres de 1848 l'est toujours actuellement. Notre neutralité ne peut pas être un but en soi, c'est bien plus un instrument destiné au maintien de notre indépendance.

D'ailleurs, je ne vous apprendrai rien en vous disant qu'à côté du droit de la neutralité, tel que défini par les conventions de La Haye, il y a la politique de neutralité, une politique que la Suisse a toujours su appliquer en usant de la marge de manoeuvre disponible tout au cours du XXe siècle, par exemple. Parfois, nous avons repris des sanctions économiques, parfois non, toujours en fonction de nos intérêts.

La neutralité est un instrument de politique de sécurité et de politique étrangère qui a été bien utilisé par la Suisse jusqu'à présent et qui nous permet aujourd'hui encore de vivre dans un pays en paix. C'est la raison pour laquelle je peine à comprendre l'agacement qu'il y a eu chez certains lorsque la Suisse a repris les sanctions non militaires de l'UE au début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, agacement qui a mené au dépôt de l'initiative sur laquelle nous débattons aujourd'hui. Je peine cependant tout autant à comprendre ceux qui estiment que, parce que certains pays veulent maintenant déjà reconnaître l'État de Palestine, la Suisse devrait le faire aussi. Être neutre, ce n'est justement pas suivre automatiquement ce que font les autres, mais le faire uniquement si c'est dans notre intérêt et, ou, si cela nous permet de promouvoir la paix en accueillant des pourparlers.

Aujourd'hui plus que jamais au cours des dernières décennies, nous devons poursuivre la ligne que nous avons toujours suivie, c'est-à-dire mener une politique de neutralité qui soit à notre service, mais qui permette également de rester crédible au niveau international pour proposer nos services de promotion de la paix entre États belligérants. En effet, et on tend à l'oublier, il ne suffit pas de nous auto-déclarer neutres pour accueillir des pourparlers de paix. Il faut également que les autres pays nous perçoivent comme tels. Alors, quand j'entends parler de modernisation ou de flexibilisation de la neutralité, je m'interroge. La neutralité, ce n'est pas de la "fast fashion". Ce n'est pas un machin qu'on change au gré des saisons et de l'évolution géopolitique, et encore moins par les temps qui courent où les tensions géopolitiques s'accentuent de jour en jour.

Qui sait qui seront nos partenaires géopolitiques dans les dix ans, ou même dans les cinq ans à venir[NB]? Quel intérêt aurions-nous aujourd'hui à prendre fait et cause pour un camp plutôt que pour un autre[NB]? Et je dis bien pour "un autre" et non pour "l'autre", car le monde d'aujourd'hui, ce n'est plus juste l'Est contre l'Ouest. D'un autre côté, comme on l'a vu dans l'histoire de la Suisse, rester neutre, ce n'est pas être indifférent à ce qui se passe. On peut rester neutre tout en reprenant des sanctions, c'est la raison pour laquelle l'initiative manque sa cible.

Je recommanderai donc le rejet de l'initiative. Se pose alors la question du contre-projet. Tous les sondages le montrent[NB]: les Suisses sont attachées à notre neutralité. L'histoire montre aussi que le Conseil fédéral a, de mon point de vue en tout cas, toujours su correctement appliquer la politique de neutralité dans notre intérêt. Je m'interroge dès lors sur les interventions de plus en plus nombreuses qui semblent vouloir remettre en cause notre neutralité, c'est la raison pour laquelle je pourrais entrer en matière sur un contre-projet raisonnable.