Mahaim Raphaël · Nationalrat · 2026-03-05
Mahaim Raphaël · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2026-03-05
Wortprotokoll
Chères et chers collègues du groupe UDC, résolument, nous ne vivons pas dans le même monde. Est-ce qu'il vous arrive d'ouvrir la fenêtre, d'observer ce qu'il se passe en dehors, ce qu'il se passe au-delà de nos frontières[NB]? Parfois, j'ai le sentiment que ce n'est pas le cas. Vous voulez une Suisse enfermée sur elle-même, une Suisse sans amis, sans relations, toute nue, seule au milieu du monde. Est-ce que c'est vraiment cela qui va nous aider, qui va faire de notre pays une nation forte, une nation consciente de sa valeur dans les temps troublés que nous vivons actuellement[NB]? Certainement pas. À vrai dire, c'est vrai, vous faites des exceptions à la neutralité quand cela vous arrange. Vous ne ratez pas une seule occasion de soutenir, plus ou moins explicitement, Vladimir Poutine ou ses amis. Vous ne ratez pas une occasion de soutenir, plus [PAGE 182] ou moins explicitement, Benjamin Netanyahou et ses amis. Vous n'avez, à vrai dire, pas beaucoup de problèmes à soutenir l'exportation des armes, même lorsqu'elles terminent dans des pays en conflit, ou des fameux biens à double usage. Donc, pour tout cela, la neutralité, vous n'y accordez pas beaucoup d'importance. Mais quand on se pose la question de la vraie posture de la Suisse sur la scène internationale, et d'une posture intelligente, d'une posture flexible, agile, qui soit capable de s'adapter aux défis du monde, alors là, il n'y a plus personne. Si on avait cette posture sur la scène internationale, autant vous dire que la Suisse deviendrait une toute petite nation rabougrie, qui n'aurait plus rien pour elle et plus de capacité à s'adapter à ce qui se passe aujourd'hui.
D'abord, concernant les conséquences graves de l'initiative, j'aimerais dire un mot sur la possibilité de coopérer avec nos voisins européens ou avec l'Union européenne. Alors, on sait très bien que, dans cet hémicycle, le mot Union européenne donne des boutons aux collègues UDC auteurs de l'initiative. Mais, chères et chers collègues, permettez-moi de le dire très simplement[NB]: si un jour, un Vladimir Poutine ou un Vladimir Poutine bis, décidait de pousser ses intentions impérialistes au-delà de l'Ukraine, et que cela commençait à chauffer pour nous, en Suisse, vers qui pourrait-on se tourner, si ce n'est vers nos pays voisins, vers l'Union européenne[NB]? Est-ce que vous pensez réellement que, si on passe notre temps à faire des bras d'honneur à l'Union européenne, le jour où il y a une guerre sur le territoire européen, nous pourrons facilement aller toquer à leur porte et demander du soutien, peut-être même pas militaire, mais économique, du soutien diplomatique ou que sais-je, pour faire face à une situation de ce type[NB]? L'initiative telle qu'elle est proposée revient à figer les choses de façon tellement rigide que nous ne pourrions même plus envisager ce genre de coopération. C'est d'ailleurs un point dont nous allons parler durant cette session, la coopération avec l'Union européenne en matière de sécurité.
Le deuxième enjeu, plusieurs orateurs et oratrices avant moi l'ont mentionné[NB]: la définition que vous voulez faire de la neutralité est tellement rigide, et elle serait dans la Constitution, que probablement on devrait réviser la Constitution à chaque fois qu'on se poserait une question nouvelle en matière de politique extérieure. Donc, on est dans une situation où on devrait, typiquement - je caricature à peine -, pour organiser un sommet tel celui du Bürgenstock pour l'Ukraine, réviser la Constitution. Vous rendez-vous compte du type d'absurdité auquel cela conduirait[NB]? C'est tout simplement impensable. Et puis, bien sûr, le point central, c'est la question des sanctions. Si nous voulons faire notre travail sur la scène internationale, notamment par rapport aux États qui violent les règles du droit international, il arrive que nous devions prendre des sanctions[NB]; qu'elles soient d'ailleurs reprises de l'Union européenne ou qu'elles soient autonomes, ça c'est un autre débat. Mais si nous ne pouvons pas faire cela, alors nous nous mettons au banc des nations. Bien sûr, on a vu dans cet hémicycle que vous ne vouliez pas des sanctions contre la Russie de Vladimir Poutine. On a vu aussi que vous ne vouliez pas des sanctions contre les colons israéliens. Encore une fois, ce deux poids deux mesures est tout de même assez étonnant. Vous n'avez pas de problème à interdire le Hamas - je faisais d'ailleurs partie des personnes favorables à l'interdiction du Hamas -, mais quand il s'agit des sanctions contre les colons israéliens, alors là, il n'y a plus[NB]personne.[NB]Donc,[NB]pour[NB]cette possibilité de prononcer des sanctions, c'est aussi indispensable de ne pas soutenir cette initiative.
Chères et chers collègues, ni l'initiative ni le contre-projet ne doivent être soutenus. La Suisse est forte quand elle est sûre de ses valeurs, quand elle sait évoluer avec le monde autour d'elle et non pas quand elle reste figée et enfermée sur elle-même. Il faut refuser avec la dernière énergie cette initiative. Je vous remercie.