Chollet Clarence · Nationalrat · 2026-03-18
Chollet Clarence · Nationalrat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2026-03-18
Wortprotokoll
Cela fait plus de 40 ans que la Suisse interdit le gavage, 40 ans que notre pays a pris une décision claire[NB]: celle de refuser une pratique qui inflige des souffrances importantes aux animaux et qui n'est pas compatible avec la notion de dignité animale inscrite dans notre Constitution. Pourtant, aujourd'hui, nous continuons à importer massivement du foie gras. Il s'agit d'une contradiction profonde. Quelle cohérence y a-t-il à interdire une pratique chez nous tout en profitant de cette même pratique à l'étranger[NB]?
La dignité animale ne s'arrête pas à la douane. Il faut avoir le courage de dire les choses telles qu'elles sont[NB]: le gavage n'est pas une tradition inoffensive. Le gavage consiste à introduire un tube dans l'oesophage des canards et des oies afin d'y injecter une bouillie de maïs 2 à 3 fois par jour pendant environ 10 à 15 jours. À chaque séance, l'animal reçoit 200 à 400 grammes de nourriture, soit bien plus que son alimentation naturelle, pour un total de plusieurs kilos en quelques jours. Cette pratique entraîne de graves conséquences[NB]: une dilatation extrême du foie pouvant atteindre jusqu'à 10 fois sa taille normale, des lésions de l'oesophage, des blessures et parfois des infections et des difficultés respiratoires dues à la compression des organes. Les animaux présentent également une mobilité fortement réduite et subissent un stress intense lié aux manipulations répétées.
Ce que nous appelons foie gras est en réalité le produit d'une maladie. Le gavage entraîne une accumulation massive de graisse dans le foie, appelée stéatose hépatique, qui correspond à un état pathologique et non à un processus naturel. Le foie augmente alors de manière anormale jusqu'à plusieurs fois sa taille normale avec des fonctions altérées. Autrement dit, le foie gras n'est pas un produit issu d'un développement physiologique, mais le résultat direct d'un dérèglement forcé de l'organisme de l'animal. Il faut être très clair sur un élément[NB]: il n'existe pas de foie gras naturel issu d'animaux non gavés, car, pour que les éleveuses et éleveurs puissent appeler leur produit foie gras, ils doivent forcément gaver les animaux.
Derrière cette pratique, il y a des chiffres que l'on ne peut pas ignorer. En France, chaque année, environ 30 millions de canards et 200[NB]000 oies sont élevés, gavés et tués pour produire du foie gras. À cela s'ajoute une réalité encore moins visible. Environ 15 millions de canetons femelles sont broyés vivants dès le premier jour de leur vie, parce que seuls les mâles sont utilisés pour le gavage. La Suisse participe à ce système. Chaque année, nous importons l'équivalent d'environ 400[NB]000 canards et 12[NB]000 oies. La Suisse a pourtant fait un choix éthique il y a des décennies, mais aujourd'hui, nous contournons ce choix.
Cette situation est profondément injuste pour les producteurs suisses. Nous leur imposons à juste titre des standards élevés en matière de bien-être animal, tout en autorisant l'importation de produits qui ne respectent pas ces mêmes standards. C'est une distorsion de concurrence. Faire perdurer la souffrance animale pour une tradition est-ce tolérable[NB]? Les habitudes évoluent, notamment en lien avec la violence contre les humains ou les animaux. Aujourd'hui, des alternatives existent[NB]: des produits d'origine végétale et des innovations culinaires permettent de proposer des mets festifs sans souffrance animale.
Vous l'aurez compris[NB]: il est important de soutenir l'interdiction de l'importation du foie gras et donc de recommander l'acceptation de l'initiative populaire. Le contre-projet, oui, constitue un pas dans la bonne direction, mais il ne va pas assez loin et, surtout, il ne permet pas d'agir avec la rapidité nécessaire.
Les chiffres sont parlants[NB]: aujourd'hui, nous importons près de 200 tonnes de foie gras par année. Or, dans le cadre de l'accord agricole avec l'Union européenne, une concession tarifaire est accordée pour une quantité annuelle de 20 tonnes. Cela signifie que nous importons 10 fois plus de foie gras que la quantité fixée dans l'accord. La marge de manoeuvre est énorme. Nous devons agir fortement et rapidement et donc suivre la minorité Baumann.
Concernant les relations avec l'Union européenne, il est reconnu qu'un État peut introduire des restrictions à l'importation pour respecter ses propres normes, notamment en matière de bien-être animal. Nous avons donc les moyens d'agir.
La question est simple[NB]: voulons-nous être cohérents avec nos valeurs? Voulons-nous accepter que des millions d'animaux souffrent pour un produit que nous avons jugé inacceptable chez nous[NB]? Nous avons interdit le gavage en Suisse. Il est temps d'arrêter d'importer des produits qui en sont issus.
Je vous invite donc à recommander l'acceptation de cette initiative.