Berli Rudi · Nationalrat · 2026-03-19
Berli Rudi · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2026-03-19
Wortprotokoll
Le rapport sur la politique économique extérieure 2025 dresse un bilan réaliste de l'état du monde. Il souligne avec justesse les grands défis, et ils sont nombreux, auxquels notre pays fait face. Il rend compte d'un état des lieux de nos engagements en faveur du multilatéralisme, du développement durable et de la protection des droits humains. Bien documenté, ce rapport est des plus sérieux.
Cependant, il demeure incomplet, car il repose sur un unique postulat[NB]: une croyance religieuse dans le libre-échange, la dérégulation et la libéralisation de tous les secteurs économiques. Une croyance aveugle dans cette main invisible du marché censée apporter coopération, paix, progrès et prospérité partagée.
Mesdames, Messieurs, le chapitre 1.1 nous décrit une réalité tout autre. Le commerce est devenu un terrain d'affrontement sans merci, où chaque bloc, États-Unis, Chine, Russie, tente de préserver ses intérêts au détriment de ses concurrents. Finalement, ce sont les peuples qui payent la facture, jamais les élites économiques et politiques. [PAGE 563]
Dans ce tumulte, le groupe des Verts salue l'avancée vers la ratification du paquet des Bilatérales III avec l'Union européenne. L'UE demeure notre espace économique de confiance, celui avec qui nous entretenons non seulement l'écrasante majorité de nos relations économiques, mais avec qui nous partageons des valeurs et des objectifs communs.
Pourtant, ne soyons pas dupes, ce rapport reste largement insatisfaisant. Notre maison brûle, et nous continuons de regarder ailleurs. Le dogme du libre-échange, exposé au chapitre 1.3, prétend que la solution à un monde qui se referme serait d'ouvrir encore plus grand les portes de notre économie. Cette logique ignore le besoin vital de renforcer notre souveraineté énergétique, digitale, industrielle et alimentaire. Nous refusons de mettre les travailleuses et les travailleurs suisses en concurrence frontale avec le reste du monde au nom d'une croissance sans conscience.
L'accord avec le Mercosur, détaillé au chapitre 3, est à cet égard des plus préoccupants pour nos agriculteurs. Encore une fois, on veut sacrifier ceux qui façonnent nos territoires[NB]; j'ai nommé les paysannes et les paysans. Même si les garanties environnementales sont mentionnées, nous savons qu'en pratique il n'y a aucune vérification effective des conditions de production. Nous accentuons la mise en concurrence de notre paysannerie au profit de notre place financière et industrielle. De la même manière, les accords avec la Malaisie ou l'Inde encouragent un modèle où des produits font le tour du monde au nom d'un manque criant d'imagination politique. Ce manque de boussole morale est flagrant dans nos relations avec les grandes puissances.
La Suisse est une économie forte, avec plus de 1340 milliards de francs d'investissements directs à l'étranger. Pourtant, nous nous couchons devant les Américains, après avoir subi une humiliante augmentation de nos tarifs à hauteur de 39 pour cent, et nous poursuivons nos cycles de négociation avec la Chine sans jamais aborder le dumping économique ou le sort des minorités ethniques et religieuses, les Tibétains et les Ouïgours. La responsabilité des entreprises reste quant à elle le parent pauvre de cette stratégie.
Le Conseil fédéral choisit de s'opposer à l'initiative pour des entreprises responsables en lui préférant un contre-projet indirect minimaliste, par crainte d'imposer des mécanismes contraignants. Or, nos entreprises ont un devoir moral[NB]: s'assurer que les droits de l'homme et l'environnement soient respectés.
Enfin, s'agissant de la coopération internationale, le rapport illustre un décalage insupportable. Nous saluons l'engagement de 1,5 milliard de francs en faveur de la reconstruction de l'Ukraine. Cet engagement ne doit pas masquer une réalité plus sombre[NB]: la réduction de 16 pour cent en termes réels de la coopération internationale et l'érosion de l'objectif de réduction de la pauvreté, pourtant soulignée comme une priorité par l'OCDE. Les faits démontrent que, pour notre gouvernement, la solidarité internationale est devenue une simple variable d'ajustement budgétaire.
Mesdames et messieurs, il est grand temps de sortir d'une approche dogmatique de notre politique économique extérieure. Le libre-échange débridé entraîne l'effondrement de tous nos équilibres sociaux et environnementaux. Nous avons besoin d'une politique économique qui remette de la morale, de la créativité et de la justice au coeur de la stratégie de notre pays.
Par ailleurs, et pour terminer, nous vous demandons de suivre la minorité Molina à l'article 1 lettre e de l'arrêté fédéral portant approbation de mesures tarifaires[NB]; de suivre également la minorité Molina à l'arrêté fédéral portant approbation de mesures tarifaires avec les États-Unis, minorité demandant de suspendre son approbation jusqu'à la conclusion de l'accord commercial avec les États-Unis.