Kolly Nicolas · Nationalrat · 2026-03-19
Kolly Nicolas · Nationalrat · Freiburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2026-03-19
Wortprotokoll
Je prends la parole une fois pour défendre ces deux motions visant la suppression de l'obligation généralisée d'utiliser le pendillard ou, à tout le moins, la suppression de cette obligation pour les zones de montagne et les zones de collines, dites zones contiguës. Nous disons[NB]: "L'erreur est humaine, mais persévérer dans l'erreur est diabolique". Cette maxime devrait à elle seule expliquer la raison d'être de ces deux motions.
Par le passé, l'obligation du pendillard a été présentée comme la solution miracle pour diminuer les émissions d'ammoniac provenant de l'agriculture. Cette obligation s'est généralisée, notamment dans plusieurs pays de l'Union européenne. La Suisse, reprenant ce mantra, a également mis en place une telle obligation il y a quelques années. Aujourd'hui, l'expérience montre que l'obligation d'utiliser ce système présente trop d'inconvénients pour être pérennisée. Surtout, de nouvelles études démontrent son inefficacité, à tel point que les obligations prononcées tendent à disparaître, comme ce fut le cas l'année passée dans diverses régions d'Allemagne, notamment en Bavière. Les pays qui ont généralisé l'obligation d'utilisation du pendillard constatent que celui-ci n'a pas eu les effets escomptés, et cela est confirmé dans différentes études.
Prenons l'exemple du Danemark, qui a mis en place une obligation d'utilisation du pendillard dans les années 1990. Une étude du ministère de l'environnement danois démontre que l'épandage du lisier au moyen de pendillards émet des émissions qui varient considérablement selon le moment de la saison de croissance où l'épandage a lieu. Mais le Danemark n'est pas la Suisse en termes géographiques et si le pendillard ne fonctionne pas bien au Danemark, qui est un pays plat, imaginez son utilisation dans notre pays avec une géographie et une topographie montagneuses et accidentées. Une autre étude plus récente, et même une étude faite en Suisse, arrive aux mêmes conclusions. Il s'agit d'une étude de l'ETH Zurich de juin 2025 sur les émissions d'ammoniac après l'application de digestats et de lisiers de bovins avec un pendillard. Cette étude arrive à la conclusion que même avec l'utilisation d'un pendillard, les pertes d'ammoniac restent très importantes puisqu'elles sont d'environ 30 à 40 pour cent.
En d'autres termes, le pendillard ne fournit pas les résultats escomptés. Alors, faut-il pour autant supprimer cette obligation[NB]? C'est ce que je vous demande de faire. L'utilisation du lisier de ferme a permis d'améliorer la production agricole afin de nourrir une population toujours plus importante. L'engrais de ferme est donc indispensable pour maintenir une production agricole qu'il faudra d'ailleurs toujours étendre[NB]; notre pays demeurera un pays d'élevage bovin. Alors, pourquoi l'obligation d'utilisation du pendillard n'est-elle plus opportune[NB]? Parce que nos offices fédéraux, qui ont repris aveuglément le mantra selon lequel l'utilisation du pendillard est la seule solution, n'ont jamais réellement évalué le retour d'expérience de la base paysanne qui est confrontée à cette utilisation quotidienne.
Si les avantages de l'utilisation sont, études à l'appui, faibles, voire inexistants, les désavantages sont très nombreux.
Premièrement, l'utilisation du pendillard nécessite des machines beaucoup plus lourdes et des tracteurs plus gros, ce qui a un impact négatif sur le tassement du sol. Deuxièmement, la qualité de distribution du pendillard est inappropriée dans les régions de pente et les régions de montagne. Troisièmement, l'utilisation du pendillard nécessite toute une série de travaux préalables de préparation du lisier particulièrement fastidieux. Mais si cela n'est pas fait de manière très minutieuse, tous les tuyaux se bouchent et il est très compliqué d'étendre le lisier avec ces machines.
Face à toutes ces complications et à la situation financière critique des entreprises agricoles, nos familles paysannes n'ont pas les moyens d'investir pour des systèmes propres et font donc appel à des entreprises. C'est cela, la réalité du terrain. Ces entreprises sont très fortement sollicitées durant les périodes lors desquelles peut et doit se faire l'épandage du lisier. Ce qui a une conséquence très négative et souvent sous-estimée, c'est la mise en place de très grandes quantités de lisier dans des périodes très courtes et dans les mêmes régions, puisque ces entreprises vont d'une ferme à l'autre et vident les fosses. Les agriculteurs ne travaillent plus de la même manière que par le passé, en étendant le lisier petit à petit où cela a du sens. En d'autres termes, nos agriculteurs vident leurs fosses massivement, mais n'optimisent plus, comme c'était le cas par le passé, l'utilisation de ces engrais naturels. Le système mis en place, avec la possibilité de dérogations pour l'utilisation du pendillard, confine même [PAGE 604] à l'absurde. En effet, lorsqu'il y a des pentes de plus de 18 pour cent, les paysans peuvent demander des dérogations. Cela a comme conséquence la mise en place, par les administrations cantonales, de cartes comprenant des zones exemptées de l'utilisation du pendillard et d'autres où l'utilisation demeure obligatoire. Ainsi, des zones inaccessibles, mais peu pentues, demeurent soumises à l'obligation d'utilisation du pendillard, même si celui-ci ne peut y avoir accès. J'ai demandé une fois à un contrôleur si le pendillard devait être acheminé par hélicoptère pour aller puriner une zone[NB]; il m'a dit que c'était la loi, qu'il ne pouvait rien y faire. Que font alors les agriculteurs dans ces zones peu accessibles, mais où l'utilisation du pendillard demeure obligatoire[NB]? Ils étendent de l'engrais chimique, ce qui a pour conséquence un effet environnemental sans doute très contre-productif.
Enfin, l'utilisation du pendillard crée des bandes de lisier très importantes, ce qui fait que le lisier reste dans l'herbe, selon l'expérience des agriculteurs, puis dans le fourrage, ce qui augmente grandement la fermentation butyrique et crée des effets indésirables sur la qualité du lait et par conséquent sur la qualité de la production des fromages essentielle à nos terroirs et à l'agriculture suisse.
Pour toutes ces raisons, je vous prie d'accepter ma motion visant à la suppression générale de l'obligation d'utiliser un pendillard, car les effets généraux sont moindres et les désavantages trop importants.
Dans tous les cas, il faut absolument aujourd'hui supprimer l'obligation pour les zones de montagne et contiguës, où l'utilisation du pendillard est tout simplement impossible, ou en tout cas beaucoup trop compliquée. Elle crée en effet, comme je l'ai expliqué, toute une série de contre-effets indésirables.
Enfin, n'oubliez pas que nos exploitations agricoles, avec un prix du lait au plus bas, n'ont pas les moyens d'investir dans ces systèmes d'épandage qui sont très coûteux - plusieurs dizaines de milliers de francs - et ont ainsi recours à des entreprises agricoles, ce qui les oblige à dépenser chaque année, pour étendre le lisier, plusieurs dizaines de milliers de francs pour un système, comme je l'ai dit, très peu efficace par rapport aux objectifs d'émissions d'ammoniac voulus[NB]à[NB]la[NB]base.[NB]Comme je l'ai dit, je crois que la Confédération a fait une erreur en généralisant cette obligation partout en Suisse.
L'erreur est humaine, mais je vous prie de la corriger en acceptant ces deux motions.