Maillard Pierre-Yves · Ständerat · 2026-06-09
Maillard Pierre-Yves · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-06-09
Wortprotokoll
On est là dans une des propositions qui s'attaquent au dimanche, une de plus, c'est pourquoi je vais vous dire quelques mots un peu fondamentaux sur ce débat. Nous savons tous que, depuis des siècles, avant même l'invention des syndicats et de la sécurité sociale, avant même la loi sur le travail qui a été créée à la fin du XIXe siècle dans notre pays, ce sont les Églises qui ont imposé un jour de repos à notre société. Un jour pour les rites religieux, mais aussi un jour pour la vie de famille, pour la vie en société, pour que la société s'organise dans un rythme où on alterne un tout petit peu repos et temps de travail. Pendant ces siècles, on a admis que seul le travail indispensable pouvait être fait le dimanche. Même les paysans n'osaient pas faire les foins le dimanche ou devaient requérir parfois une autorisation du curé pour aller faire les foins quand l'orage menaçait. C'est dire à quel point cette tradition du dimanche était ancrée, même chez les indépendants, même chez les travailleurs de la terre[NB]: l'idée qu'il y ait un jour pour se reposer, vivre en famille, vivre en société.
Le XXe siècle a inventé un autre demi-jour de repos ou d'alternance, le samedi. On le doit plutôt au progrès social, qui a fait que le samedi est devenu une sorte de demi-dimanche. Bien sûr, on y fait les courses de la semaine, mais c'est aussi le moment du foot des enfants, des fêtes de villages, des fêtes des sociétés locales, de la culture, etc. Ce sont des étapes du progrès de la société. Les vendeuses, elles, ne profitent pas du samedi, parce que c'est justement le jour des courses, mais, au moins, jusqu'à ce qu'on commence à attaquer aussi le dimanche, elles profitaient du dimanche. Par contre, on le sait, dans les soins, dans les transports publics, dans l'hôtellerie et la restauration, là où il est indispensable de fournir cette prestation, on travaille sept jours sur sept. Malgré ces grandes exceptions, notre société a pu connaître un rythme social qui s'imposait au plus grand nombre.
Seulement, le commerce n'aime pas que quelque chose lui échappe, et le commerce est devenu la nouvelle religion de notre société. Depuis que le commerce est devenu la nouvelle religion de notre société, il s'attaque régulièrement au temps de repos, au malheureux dimanche, qui reste, pour une partie importante de la société, un moment de répit. Le commerce revient à la charge régulièrement pour s'attaquer à ce dimanche, même quand les populations, à plusieurs reprises, disent non au travail du dimanche.
Si un ambulancier ou un policier ne travaille pas le dimanche, il est vrai que la société court un risque. On peut perdre des vies humaines si on n'a pas d'ambulanciers disponibles le dimanche, mais, si la Migros est fermée le dimanche, personne ne court un risque, personne ne va mourir de faim parce qu'une grande surface est fermée le dimanche. Je n'ai jamais vu une chose pareille. Le travail du dimanche des vendeuses n'est pas indispensable à la société, comme notre travail n'est pas indispensable sept jours sur sept. Nous, au Parlement, par exemple, cela ne nous viendrait pas l'idée de travailler le dimanche, parce qu'on peut bien faire les lois du lundi au vendredi.
Alors, ma question est la suivante[NB]: si on veut imposer le travail du dimanche aux vendeuses, pourquoi ne l'impose-t-on pas à nous-mêmes[NB]? Après tout, cela simplifierait bien quelques planifications de commission. Pourquoi ne l'imposerait-on pas non plus aux fonctionnaires de l'État[NB]? Pourquoi ne l'imposerait-on pas aux banques ou aux assurances[NB]? Après tout, si les vendeuses ne sont pas indispensables pour travailler le dimanche, pourquoi ne pas laisser travailler tout le monde le dimanche[NB]? Quand on aura fait ça, on aura perdu le rythme que, depuis des siècles, notre société a pu développer, entre temps de travail et temps de repos.
Chères et chers collègues, je vous invite à refuser d'entrer en matière sur ce projet. Ce projet n'est qu'un projet à l'avantage des grandes surfaces. Il enlève le seul avantage économique que les petits commerces familiaux ont encore face aux grandes surfaces. Les petits commerces familiaux qui n'engagent pas du personnel peuvent ouvrir le dimanche. Presque leur seul argument, leur seule chance de survie face aux grandes surfaces, c'est qu'ils ont cette flexibilité. En fait, ces propositions donnent lieu toujours au même match entre les grandes surfaces et le petit commerce. Les grandes surfaces veulent prendre plus de parts de marché au petit commerce. C'est pour ça qu'elles poussent cela.
Qu'on ne vienne pas nous dire que le commerce en ligne est un danger pour les grandes surfaces. Ce sont les grandes surfaces elles-mêmes qui ont créé le commerce en ligne. C'est la Migros qui fait du commerce en ligne. Elles se concurrencent elles-mêmes. Alors, qu'on ne vienne pas nous dire maintenant que le commerce en ligne est un problème pour les grandes surfaces. Qu'elles se débrouillent et qu'elles arrêtent de se faire concurrence à elles-mêmes.
Enfin, comme l'a très bien dit Carlo Sommaruga, cette proposition fait passer pour la vente le travail du dimanche d'une activité extraordinaire à une activité ordinaire et donc attaque également le supplément salarial des vendeuses qui travaillent le dimanche.
Pour toutes ces raisons, je vous invite à refuser d'entrer en matière.