Lexipedia

Michaud Gigon Sophie · Nationalrat · 2026-06-09

Michaud Gigon Sophie · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2026-06-09

Wortprotokoll

Le constat de notre dépendance aux énergies fossiles ne date pas d'aujourd'hui, mais il devient plus patent dans le contexte actuel. D'une part, les effets du dérèglement climatique sont de plus en plus tangibles, chez nous aussi, en Suisse[NB]; d'autre part, la situation géopolitique au Moyen-Orient rend l'approvisionnement en énergies fossiles incertain et tributaire de situations qui ne sont pas sous contrôle. Il est donc tout naturel que nous nous posions la question de l'après-énergies fossiles et que nous débattions ensemble des manières de mettre fin à une dépendance néfaste qui entame notre souveraineté autant qu'elle endommage notre environnement. Malheureusement, le chemin choisi par les initiants et par le Conseil fédéral, par le biais de son contre-projet, n'est pas le bon. On ne résout pas les défis du XXIe siècle avec les déchets du XXe. Quant à notre souveraineté, elle n'en serait pas spécifiquement renforcée, les combustibles provenant d'une poignée de pays se trouvant pour la plupart dans des situations politiques plus qu'instables, comme l'uranium, qui est extrait en Russie et au Kazakhstan.

Les énergies renouvelables - hydraulique, solaire, éolienne restent le meilleur espoir pour une production d'énergie indigène et décarbonée. Ce ne sont pas des problèmes, ce sont des opportunités, ce sont des potentiels à développer, cher collègue Kamerzin. Ces sources d'énergie sont disponibles toute l'année, sans dépendance à des puissances étrangères et avec des technologies éprouvées. Le potentiel de l'énergie solaire n'est d'ailleurs pas exploité. Sur les toits suisses, il dépasserait largement la consommation annuelle d'électricité de notre pays. Le stockage d'électricité nécessaire pour pallier l'intermittence de certaines sources d'énergie renouvelable est lui aussi en plein essor. Le pompage-turbinage peut encore se développer, y compris sur des installations à petite échelle. Idem pour l'accumulation par batterie, que les progrès technologiques rendent toujours plus efficiente et bon marché. Ce mode de stockage a même l'avantage de pouvoir se faire de manière décentralisée en s'intégrant à l'infrastructure existante, ce qui offre une alternative de développement pouvant être stimulée par des incitatifs financiers. Nous ne sommes ici qu'au milieu du chemin et, vu leurs avantages, nous ne pouvons pas freiner leur expansion. C'est un réel enjeu dans ce débat. Les ressources financières exigées par un éventuel nouveau développement du nucléaire seraient telles qu'elles concurrenceraient les nécessaires investissements pour la production renouvelable et les capacités de stockage. Chaque franc investi dans un nouveau mirage nucléaire serait un franc qui manquerait au renouvelable, aux techniques de stockage et à notre indépendance énergétique. Les solutions renouvelables existantes ne traînent pas, avec elles, des problèmes sécuritaires et sanitaires insolubles. Les compétences et l'acceptation majoritaires dans la population suisse sont présentes, elles permettent une production décarbonée, décentralisée et à l'épreuve des conflits géopolitiques.

Accompagnons mieux ce développement plutôt que de revenir à des solutions que même les acteurs de la branche tiennent pour irréalistes. Ne rouvrons pas la porte à une technologie que personne ne veut financer, mais investissons massivement dans les solutions renouvelables que nous avons déjà entre nos mains. Dans ce sens, suivons ce qui est aussi la position des cantons. La Conférence des directeurs cantonaux de l'énergie ne recommande pas seulement le rejet de l'initiative, elle rejette aussi le contre-projet et veut continuer le travail pour un avenir durable et renouvelable.