Amoos Emmanuel · Nationalrat · 2026-06-09
Amoos Emmanuel · Nationalrat · Wallis · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-06-09
Wortprotokoll
Nous débattons aujourd'hui d'une initiative intitulée "De l'électricité pour tous en tout temps (Stop au blackout)". Derrière ce slogan alarmiste se cache en réalité une tentative claire[NB]: rouvrir la porte au nucléaire dans notre pays. Avec le groupe socialiste, nous recommandons le rejet de cette initiative, tout comme du contre-projet indirect du Conseil fédéral. Pourquoi[NB]?
Parce que cette proposition nous détourne de la voie que la population suisse a choisie à plusieurs reprises de manière démocratique et parfaitement claire. Après la catastrophe de Fukushima, notre pays a décidé de sortir progressivement du nucléaire. Cette décision a été confirmée par le peuple en 2017, lors de l'adoption de la stratégie énergétique 2050. Elle a ensuite été renforcée en 2023, avec l'acceptation de la loi sur le climat et l'innovation, puis en 2024, avec la loi sur l'approvisionnement en électricité. Chaque fois, les Suissesses et les Suisses ont choisi la même direction[NB]: davantage d'énergies renouvelables, davantage d'efficacité énergétique et davantage d'indépendance énergétique.
Aujourd'hui, certains veulent pourtant revenir en arrière. On nous présente cette initiative comme une réponse au risque de pénurie d'électricité. Mais une question simple mérite ici d'être posée[NB]: à quel problème concret répond-elle[NB]? La Suisse doit renforcer sa sécurité d'approvisionnement rapidement. Or, aucune nouvelle centrale nucléaire ne sera en service avant 2050, et encore. Nous débattons aujourd'hui d'un projet qui ne produira pas un seul kilowattheure lorsque nous en aurons réellement besoin. La vérité est simple[NB]: si l'objectif est la sécurité d'approvisionnement, alors les solutions existent déjà. Elles s'appellent[NB]: solaire, hydraulique, éolien, stockage, efficacité énergétique et modernisation du réseau. C'est là que se joue notre sécurité énergétique.
Dans une période où chaque franc public compte, notre priorité doit être d'investir là où chaque franc produit rapidement de l'électricité, réduit les émissions et renforce surtout notre indépendance. À entendre les pronucléaires, construire de nouvelles centrales nucléaires permettrait à la Suisse de gagner en autonomie, mais cette affirmation ne résiste absolument pas à l'examen des faits. Une centrale nucléaire ne fonctionne pas avec une ressource suisse, mais avec de l'uranium importé. Et d'où vient cet uranium[NB]? Une part importante de la production mondiale est extraite au Kazakhstan, au Niger ou encore aux États-Unis. Surtout, les étapes essentielles de transformation et d'enrichissement de l'uranium restent fortement concentrées dans quelques pays, notamment la Russie. Autrement dit, le nucléaire ne nous libère pas d'une dépendance étrangère, il nous rend dépendants d'une chaîne d'approvisionnement mondiale sur laquelle nous n'avons pratiquement aucun contrôle.
Avons-nous déjà oublié ce qui s'est passé au début de la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine[NB]? Toute l'Europe a découvert à quel point il était dangereux de dépendre de régimes autoritaires pour son approvisionnement énergétique. Pendant des années, certains ont affirmé que le gaz russe était une garantie de sécurité et de stabilité. Nous avons vu le résultat[NB]: explosion des prix, tensions géopolitiques et vulnérabilité stratégique.
Allons-nous reproduire les mêmes erreurs[NB]? Allons-nous volontairement investir des dizaines de milliards de francs dans une technologie dont le fonctionnement dépend d'une matière première importée des États-Unis, par exemple, et dont une partie de la chaîne de valeur demeure liée à la Russie[NB]? La véritable souveraineté énergétique ne consiste pas à remplacer une dépendance par une autre. La véritable souveraineté énergétique consiste à produire de l'énergie là où elle est consommée. Chaque panneau solaire installé sur un toit suisse, chaque centrale hydraulique modernisée, chaque projet éolien réalisé sur notre territoire réduit notre dépendance aux importations et renforce notre liberté d'action.
Le soleil qui brille sur nos toits n'appartient à aucun autocrate. L'eau qui alimente nos barrages n'est soumise à aucun chantage géopolitique. Voilà ce que signifie une véritable indépendance énergétique. Le nucléaire nous rend dépendants de l'uranium des autres. Les énergies renouvelables nous permettent de compter sur nos propres ressources. Au lieu de regarder vers les technologies du passé, concentrons nos efforts sur les solutions d'avenir.
Pour toutes ces raisons, je vous invite à recommander clairement le rejet de l'initiative populaire ainsi que du contre-projet indirect.