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Revaz Estelle · Nationalrat · 2026-06-10

Revaz Estelle · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-06-10

Wortprotokoll

Avant même de parler d'intelligence artificielle, il faut regarder la réalité du marché du travail en Suisse, aujourd'hui. Cette réalité, qu'on le veuille ou non, reste profondément marquée par les inégalités entre les femmes et les hommes. Aujourd'hui, une femme gagne en moyenne 1364 francs de moins par mois qu'un homme. Plus préoccupant encore, selon les derniers chiffres du Conseil fédéral, près de la moitié de cet écart reste inexpliquée. L'autre moitié s'explique "entre autres" par des réalités que nous connaissons toutes et tous[NB]: les femmes travaillent beaucoup plus souvent à temps partiel que les hommes. Les chiffres de l'EPFZ sont éloquents. Près de 60 pour cent des femmes travaillent à temps partiel contre moins de 20 pour cent des hommes. Pourquoi[NB]? Non pas parce qu'elles sont fainéantes, mais parce qu'elles continuent d'assumer l'essentiel du travail non rémunéré[NB]; les enfants, les proches, le ménage, la logistique familiale.

Selon l'Office fédéral de la statistique, les femmes consacrent chaque semaine environ 10 heures de plus que les hommes à ce travail indispensable au bon fonctionnement de notre société. L'intelligence artificielle arrive donc sur un terrain qui est très loin d'être neutre. Elle arrive sur un marché du travail qui est déjà profondément inégalitaire. Quand on parle de métiers féminisés, on parle de professions dans lesquelles les femmes représentent plus de 75 pour cent des effectifs. On pense aux métiers du soin, de l'accompagnement, de l'éducation, de l'accueil, mais aussi à de nombreuses professions administratives, de secrétariat, de support ou de service. Or, les premiers signaux d'alerte apparaissent. Une étude de Goldman Sachs publiée en 2023 estimait qu'aux États-Unis près de 8 femmes sur 10 exercent une profession susceptible d'être affectée par l'intelligence artificielle. Je répète, 8 femmes sur[NB]10. C'est environ 20 pour cent de plus que pour les hommes.

Aujourd'hui, nous ne savons pas si ces chiffres sont transposables à la Suisse et c'est précisément le problème. Nous manquons de données, nous manquons d'analyses. Nous ne sommes donc pas en mesure de savoir quels métiers sont les plus exposés, quelles compétences doivent être développées ou quelles mesures d'accompagnement sont nécessaires. Et ce n'est pas le rapport généraliste que promet le Conseil fédéral qui pourra nous aider. Nous savons en revanche une chose[NB]: les grandes transitions économiques ne corrigent pas spontanément les inégalités existantes. Si nous voulons que l'intelligence artificielle soit un facteur de progrès plutôt qu'un facteur d'aggravation des inégalités, nous devons anticiper. Cependant, en discutant avec vous, chères et chers collègues, je me suis rendu compte que la formulation de ce postulat ne permettait pas d'obtenir une majorité. Le sujet étant vraiment fondamental, je retire ce postulat. Je vais réfléchir à une autre formulation, plus susceptible de faire consensus dans cet hémicycle.