Lexipedia

Gaillard Benoît · Nationalrat · 2026-06-11

Gaillard Benoît · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-06-11

Wortprotokoll

Depuis 1999, la Suisse participe à la KFOR, mission de paix au Kosovo via la Swisscoy, avec des militaires volontaires, parmi lesquels on trouve 15 à 20 pour cent de femmes, ce qui est bien au-dessus de la moyenne dans l'armée suisse. Leur rôle, cela a été souligné, est logistique, humanitaire, défensif. Ils ne participent évidemment pas à des opérations offensives. Ce mandat, conforme à la neutralité suisse, a déjà été renouvelé plusieurs fois par le Parlement.

Malgré des progrès, le Kosovo reste évidemment fragile sur le plan de sa situation économique, sur le plan de sa stabilité démocratique - vous avez pu le lire dans les médias récemment -, mais évidemment aussi sur le plan de sa situation sécuritaire, avec d'importantes tensions qui persistent, notamment dans les territoires frontaliers avec la Serbie.

Au nom du groupe socialiste, je vous invite à entrer en matière et à soutenir la prolongation de ce mandat jusqu'en 2029. Ce mandat est, à nos yeux, représentatif de ce que la Suisse peut, avec une position neutre, mais pas indifférente, amener aux équilibres du monde. Jouer un rôle pour la paix et la stabilité, et le faire notamment par le déploiement de nos forces armées sous l'égide de l'ONU, c'est l'expression même de l'identité de notre pays sur la scène internationale. Nous agissons aussi - je ne suis pas le premier à le souligner - dans notre propre intérêt. La sécurité ne se construit pas seulement avec des bunkers, des missiles et des avions[NB]; elle se construit en prévenant les crises. Un éventuel retrait prématuré de la Suisse, comme le demande aujourd'hui une minorité, serait un très mauvais signal et une véritable prise de risque sur le terrain, en particulier au moment où d'autres partenaires de la KFOR, et on peut le comprendre, concentrent leurs forces sur des menaces concrètes à leurs frontières - c'est notamment le cas de la Pologne. La situation appelle les pays comme le nôtre, qui ne sont pas directement menacés à leurs frontières, à rester et même à compenser - c'est la proposition de la commission -, par une hausse légère de leur propre contingent, ces retraits ou ces diminutions de la part d'autres pays.

Enfin, ce n'est quand même pas complètement inutile pour notre armée de rassembler quelques expériences sur le terrain dans les domaines où nous sommes actifs au Kosovo[NB]: le renseignement, la logistique, le transport. On a beaucoup parlé aujourd'hui de logistique et de transport, en se demandant s'il n'y avait pas des gens sur place qui pouvaient s'en occuper à la place de l'armée suisse. J'aimerais dire aussi que l'armée suisse est active dans le domaine, par exemple, du renseignement de proximité, qui jouera dans les guerres et les conflits futurs un rôle de premier plan. Ne méprisons pas les différentes dimensions de l'engagement de l'armée suisse sur le terrain.

S'agissant des minorités, nous les rejetons toutes. D'abord, à l'article 1, la minorité I (Tuena) qui veut décréter qu'il s'agit là de notre toute dernière prolongation. C'est absurde. Ce n'est pas dans l'intérêt de notre Parlement de limiter sa marge de manoeuvre à venir. Il faudra analyser, comme nous l'avons fait par le passé, par étapes, le moment venu, ce qu'il y a lieu de faire lorsque cet engagement arrivera à son terme.

Ensuite à l'article 2, nous rejetons la minorité I (Tuena) qui vise à démarrer le retrait échelonné des troupes suisses de la Swisscoy. Encore une fois - pour rester peut-être cette fois dans le vocabulaire militaire -, ce serait lancer une retraite en rase campagne et ce serait indigne de notre pays de dire que, maintenant, nous démarrons un retrait de la Swisscoy du Kosovo, alors que, je le répète, d'autres pays qui, eux, sont directement menacés par les crises sécuritaires qui touchent l'Europe, ont entamé une réduction de leur effectif qui est compréhensible. C'est notre honneur, en tant que Suisses, de rester sur place et de tenir la ligne, et de permettre à la KFOR de poursuivre son mandat. À l'article 2 lettre c, nous vous invitons à soutenir la majorité, qui propose d'augmenter un peu la marge de manoeuvre du Conseil fédéral pour le contingent sur place. C'est particulièrement important pour préserver le fonctionnement opérationnel de la KFOR, alors que, encore une fois, d'autres puissances se retirent partiellement en raison de menaces directes qui les concernent.

Enfin, sur le sujet de la soumission de ce projet au référendum, alors qu'il s'agit d'un arrêté fédéral simple, je crois que tout le monde l'a compris[NB]: la manoeuvre est facile, la manoeuvre est grossière. Il est souhaitable, sur ce sujet, d'être de véritables amis de la Constitution, si vous me passez l'expression, et donc de rejeter la minorité Tuena à l'article 5, qui vise une sorte de référendum sui generis sur cet objet qui n'en a pas besoin.