Aellen Cyril · Nationalrat · 2026-06-17
Aellen Cyril · Nationalrat · Genf · FDP-Liberale Fraktion · 2026-06-17
Wortprotokoll
Il y a des compromis qui rapprochent les positions, mais il y a aussi des compromis qui contribuent à les figer. Le compromis sorti de la conférence de conciliation du 10 juin 2026 appartient malheureusement à cette seconde catégorie. On nous présente une solution prétendument équilibrée, avec un peu de TVA - 0,4 point - et un peu de cotisations salariales - 0,2 pour cent. En réalité, ce n'est rien d'autre qu'une double ponction[NB]: une ponction sur la consommation et une ponction sur le travail, une ponction sur la classe moyenne et une ponction sur les PME. En substance, c'est une solution qui prétend sauver l'AVS, en affaiblissant ceux qui la financent.
Il n'est pas question de remettre en cause la volonté populaire. Celle-ci doit être respectée. La 13e rente AVS a été acceptée et doit être versée. Elle le sera. Mais respecter le peuple, ce n'est pas seulement verser la 13e rente. C'est aussi avoir l'honnêteté de dire comment la financer dans la durée et en explorant toutes les sources de financement, y compris celles qui proviendraient d'une réforme structurelle. Le groupe libéral-radical est d'avis qu'on ne peut pas se contenter d'une augmentation brute des tarifs, sans réforme suffisante et surtout sans tenir compte de celles et ceux qui travaillent déjà, payent déjà, supportent déjà la hausse des primes, des loyers et du coût de la vie.
Aujourd'hui, la proposition qui nous est soumise prévoit une hausse de la TVA et des retenues salariales supplémentaires, soit une augmentation de l'addition. Le problème n'est pas que la 13e rente soit versée. Le problème est que certains veulent transformer chaque nouvelle dépense sociale en hausse automatique des impôts, des taxes ou des cotisations. C'est une méthode, mais ce n'est pas une politique. Une politique responsable consiste à regarder l'AVS en face et à reconnaître que le défi n'est pas seulement la 13e rente, mais aussi l'augmentation de l'espérance de vie et la nécessité de payer des rentes sur une durée plus importante désormais. On nous dit que 0,2 pour cent sur les salaires, ce n'est pas grand-chose. Mais c'est toujours ainsi que les charges augmentent. Un dixième par-ci, un deuxième dixième par-là, un point de TVA ou deux ailleurs. Chaque prélèvement paraît modeste lorsqu'on le présente séparément. Mais pour les ménages et pour les entreprises, c'est le total qui compte. Aujourd'hui, pour le total, la facture est beaucoup trop lourde. Le salaire ne doit pas être la variable d'ajustement budgétaire de toutes les nouvelles dépenses, qu'elles soient sociales ou non. Financer l'AVS par des retenues salariales supplémentaires, c'est pénaliser le travail au moment même où nous devrions l'encourager. C'est demander à la population active de payer davantage aujourd'hui sans lui garantir que le système sera stabilisé demain. Le groupe libéral-radical ne refuse pas la responsabilité du financement. Il refuse la facilité. Nous ne disons pas qu'il ne faudra jamais adapter les paramètres de l'AVS. Nous disons qu'on ne peut pas commencer par prélever davantage sur les salaires, sur les PME et sur la population active, sans mécanisme durable, sans frein à l'endettement, sans réforme structurelle. Nous ne soutenons aucun projet qui mise unilatéralement et seulement sur des recettes supplémentaires.
Cela signifie évidemment avoir le courage d'affronter la réalité et parler des vrais paramètres du système, y compris d'un ajustement modéré de l'âge de référence, lorsque l'équilibre du premier pilier l'exige. C'est cela la responsabilité. La responsabilité, ce n'est pas voter une prestation complémentaire en prétendant que la Suisse est assez riche, puis, mine de rien, glisser une facture complémentaire dans la poche des actifs et des PME. Le débat ne doit pas être caricaturé. Il n'oppose pas ceux qui seraient pour les retraités ou pour les bénéficiaires de l'AVS et ceux qui seraient contre. Cette simplification est commode, mais elle est fausse. Le groupe libéral-radical est contre l'idée que chaque promesse nouvelle puisse être financée par une nouvelle ponction sur les salaires et sur la classe moyenne. Nous sommes contre une politique qui distribue aujourd'hui et qui facture demain. La réforme ne peut plus attendre. Si nous voulons préserver l'AVS, il faut cesser de confondre financement et prélèvements supplémentaires. Il faut cesser de croire qu'un système devient durable simplement parce qu'on augmente ses recettes. Il faut enfin accepter que la durabilité exige des règles, des priorités, des mécanismes de stabilisation et du courage politique. Le compromis de la conférence de conciliation n'apporte pas ce courage.
Pour toutes ces raisons, le groupe libéral-radical rejette la proposition de la conférence de conciliation et vous invite à suivre la minorité.