Lexipedia

Dandrès Christian · Nationalrat · 2026-06-18

Dandrès Christian · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2026-06-18

Wortprotokoll

Les chiffres de fermeture des offices de la Poste depuis les vingt dernières années sont vraiment impressionnants[NB]: ce sont 900 offices entre 2005 et 2015, 600 offices entre 2015 et 2020, et 170 de plus dès 2024. Chaque fois, c'est toujours le même mantra qui est servi pour fermer ces offices[NB]: moderniser, stabiliser. Concrètement, cela se traduit par le fait de remplacer les offices par des guichets dans des commerces privés. Est-ce vraiment cela, la modernité[NB]? Je pense qu'on peut en douter.

Et comme on doit donner une sorte de vernis de légitimité à ces fermetures, ce sabrage dans le service public, on joue toujours à peu près la même pièce de théâtre[NB]: on va réduire la disponibilité des offices avec des horaires qui sont inadaptés pour la population - parce que la Poste a la liberté d'adapter son offre de service au moment où elle le souhaite - puis on va ensuite vers les usagères et usagers et les communes en invoquant des considérations de nature entrepreneuriale, en disant que la demande est insuffisante. On présente donc la disparition de l'office comme tout à fait inéluctable, et on fait comme si le consommateur aurait tranché sans appel.

Le Conseil fédéral accompagne ces démarches en posant dans l'ordonnance des critères d'accessibilité en matière de distance et de temps qui laissent une marge de manoeuvre vraiment considérable, à tel point d'ailleurs, que l'on peut se demander s'il est encore possible de maintenir des offices dans ces conditions. Ce que dit l'ordonnance, c'est que 90 pour cent de la population doit pouvoir accéder à pied ou en transport public à un point d'accès dans un délai de vingt minutes. On ajoute un critère[NB]: la nécessité qu'il y ait un point d'accès pour 15 000 habitants. Mais évidemment, le point d'accès peut très bien être un office ou une agence. J'insiste[NB]: théoriquement, on voit mal ce qui pourrait empêcher de supprimer ce qu'il reste d'offices, pour les transformer en Coop, Migros, kiosques, etc.

Je dis bien Migros, parce que le partenaire, la plupart du temps, c'est la Migros. Pourquoi la Migros[NB]? J'ai posé la question au Conseil fédéral, et la Poste dit qu'elle n'a pas de comptes à rendre au Parlement sur ce point. Y a-t-il eu un appel d'offres pour choisir la Migros plutôt qu'un autre commerce[NB]? Non, rien de tel. Quelle rémunération ou quelle contrepartie est demandée à la Migros par la Poste[NB]? Il n'y a aucune contrepartie, malgré le fait que la Poste va contraindre des milliers de personnes à fréquenter des centres commerciaux Migros pour retirer des envois. Bien sûr, une fois que vous êtes à la Migros pour retirer votre courrier ou votre colis, vous allez rester et faire vos courses. C'est évidemment un avantage concurrentiel très sérieux pour la Migros.

Cela ne va pas, de fonctionner ainsi, car on foule aux pieds un certain nombre de principes. On doit corriger cela, parce qu'à minima, si on parle de partenariat, il faut que les deux parties aient quelque chose à gagner. Qu'a-t-on ici[NB]? On a un deal qui est excellent pour le mastodonte du commerce de détail, la Migros, mais qui se fait au détriment de beaucoup de personnes, parce qu'il y a des perdants dans ce deal. Qui sont les perdants[NB]? D'abord, ce sont les salariés de la Poste, qui sont remplacés par des travailleurs de commerce de détail. La Poste multipliera des suppressions d'emplois malgré le fait qu'elle fasse des bénéfices de 300 millions de francs. Ensuite, ce sont aussi les salariés de la Migros qui devront faire le travail dont sont privés les salariés de la Poste qui ont été licenciés. Ils le feront évidemment pour des salaires qui n'ont strictement rien à voir. C'est donc une forme de sous-enchère qui est soutenue par la Confédération, parce que les salariés de la Poste sont couverts par des conventions collectives de travail. Ce sont des conventions collectives de travail qui sont spécifiquement négociées pour tenir compte de la réalité du travail sur ce terrain-là. Les différences de salaire s'élèvent presque à 1000 francs par mois. Ce ne sont pas des bricoles. Il y a évidemment la collectivité publique qui pâtit de ce système, parce que les offices postaux, comme l'a indiqué Mme Tuosto tout à l'heure, jouent un rôle structurant sur le territoire pour développer d'autres infrastructures qui sont nécessaires. Quand on supprime un office postal, il n'y a pas que la Poste qui s'en va[NB]; souvent, d'autres services sont obligés de partir également.

Alors, quitte à fermer des offices, on aurait trouvé souhaitable que, plutôt que la Migros bétonne ce monopole déjà monstrueux dans ce pays, on essaie de créer des synergies avec des administrations communales, cantonales ou, par exemple, avec des centres de soins, pour garder des espaces vivants dans des localités. On peut penser à des partages de locaux qui permettraient de diminuer des coûts et de faciliter l'installation de cabinets médicaux. Il y a des endroits qui sont presque des déserts médicaux dans certaines communes. Dès lors, c'est cela qu'il faudrait faire, c'est cela qu'on doit essayer de construire avec un service public, et non pas ce jeu de dupe où on prend les gens très peu au sérieux.

C'est pour cela que je vous soumets aujourd'hui cette proposition, en rappelant que ces fermetures ne relèvent pas d'une nécessité économique, car la Poste dégage des bénéfices de 300 millions de francs par année.