Zisyadis Josef · Nationalrat · 2003-12-10
Zisyadis Josef · Nationalrat · Waadt · Fraktionslos · 2003-12-10
Wortprotokoll
La formule magique est une formule tragique pour la population. Le petit groupe que nous sommes, "A gauche toute!", conteste la procédure du vote pour l'élection du Conseil fédéral. A quoi la population va-t-elle assister dans quelques minutes? A un vote fondamentalement antidémocratique: nous allons voter à bulletin secret, sans aucune transparence, ce qui va favoriser toutes les manoeuvres de bas étage, comme si le peuple qui avait voté loyalement avait droit à cette loterie indigne! Nous allons voter pour des personnes les unes après les autres au nom de l'ancienneté, tout en faisant fi des programmes et des objectifs. Nous allons voter en plus à la place du peuple, le pouvoir lui étant ainsi confisqué par des grands électeurs, alors que cette élection devrait être celle du peuple directement.
L'extrême droite et la droite du Parlement qui a été élu le 19 octobre dernier détiennent 69 pour cent des sièges du Parlement. La population du pays a donc élu la gauche la plus faible d'Europe et l'extrême droite la plus forte d'Europe. Cette droite néolibérale a donc largement les mains libres pour mener une politique antisociale, de casse du service public et de durcissement sécuritaire contre les immigrés. Cette droite a déjà la majorité au Conseil fédéral, elle comprend l'UDC, mais aussi les radicaux et le PDC. Disons les choses clairement, cette politique néolibérale, elle l'applique déjà sous la pression de l'UDC, sans que les ministres socialistes rompent la collégialité à aucun moment. Au contraire, les ministres socialistes collaborent depuis des années avec l'UDC au gouvernement. Plus même, ils ont été les stewards de la politique néolibérale, que ce soit en privatisant les services publics, en permettant une augmentation de l'âge de la retraite des femmes ou en combattant l'initiative populaire pour des primes d'assurance-maladie en fonction du revenu. C'est cela et rien d'autre qui a fait le lit du populisme d'extrême droite et qui a vu les milieux populaires délaisser la gauche dans ce pays.
Nous le disons aujourd'hui devant tout le pays: il n'y a pas d'autre politique cohérente pour la gauche que d'opposer un front du refus à la politique blochérienne. Le milliardaire Blocher a joué son rôle de poisson pilote de la politique des forces bourgeoises. Il entend aujourd'hui en récolter les dividendes politiques et financiers.
L'essentiel des partis gouvernementaux, vous venez de l'entendre, accepte, au nom de la concordance et de l'arithmétique, le principe d'un deuxième siège pour la droite populiste de l'UDC. Au fond, vous, les représentants des partis gouvernementaux, êtes en train de vous quereller sur des questions de personnes - un Conseil fédéral avec ou sans Blocher -, ou sur qui doit perdre le siège qu'il faudrait livrer à l'UDC. Tout cela ne fait pas une politique conséquente pour le pays. Dans n'importe quel pays démocratique du monde, la majorité gagnante des élections aurait le droit et le pouvoir de former un gouvernement, une coalition gouvernementale, et de la soumettre au verdict du parlement. Tout cela n'est pas possible ici parce que la Suisse cultive le discours du silence, celui de l'addition de sept personnes au pouvoir, sans programme politique aucun et sans aucune chance de résoudre les blocages qui sont sortis des urnes. Tout cela confine à l'absurde. Pourtant, toutes les forces politiques y trouvent leur parcelle de pouvoir, et cela les arrange bien. Comme cela, elles pourront continuer à nommer leurs fonctionnaires, leurs juges fédéraux, leurs collaborateurs, bref, à détenir une parcelle de clientèle. Et même les Verts aujourd'hui sont attirés par tout cela.
Le groupe "A gauche toute!" demande au Parti socialiste de tirer les conséquences des élections et de quitter le gouvernement fédéral. Les milieux populaires ont besoin plus que jamais, d'une opposition de gauche dans le pays, qui soit résolue à se battre contre la politique néolibérale: par exemple, contre la politique de démantèlement social, qui fait que nous avons une des pauvretés les plus fortes du monde dans le pays le plus riche du monde; contre la baisse des salaires; contre la spoliation des retraités et des locataires; contre un durcissement du droit des étrangers et du droit d'asile. Contre cette politique qui est le fruit du Conseil fédéral actuel, largement inspiré par l'UDC, l'opposition de gauche a gagné des batailles référendaires. Je pense notamment à la bataille contre la privatisation du marché de l'électricité. Eh bien, nous pouvons en gagner d'autres!
Pourtant, aujourd'hui, au Parti socialiste et chez les Verts, le mot d'ordre dominant est de barrer la route du Conseil [PAGE 2151] fédéral à Christoph Blocher en élisant, au nom du moindre mal, les candidats du PDC, voire du Parti radical-démocratique. Tout cela n'est pas sérieux! Présentée comme une victoire contre la ligne blochérienne, l'élection des candidats d'autres partis bourgeois est une illusion. Tout le monde sait bien que ces candidats ont collaboré à la mise en oeuvre du programme des milieux économiques dominants qui soutiennent ouvertement Blocher aujourd'hui et qui ont engendré les conditions sociales propices au renforcement de l'UDC.
Nous avons besoin de réformes profondes et notre responsabilité de gauche d'opposition est de dire clairement au pays: la politique de concordance et le consensus sont une véritable arnaque pour les milieux populaires.