Béguelin Michel · Ständerat · 2004-03-08
Béguelin Michel · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2004-03-08
Wortprotokoll
Les collègues opposés à l'initiative populaire qui viennent de s'exprimer ont insisté sur les points qui avaient déjà été réalisés dans le sens de l'initiative. J'aimerais mettre en évidence les points qui justifient encore et toujours l'initiative.
Premier élément, la stratégie de la Poste est contradictoire dans la mesure où elle dispose d'un réseau dense, performant, présent partout, qu'elle a déjà rationalisé en supprimant 800 et quelques bureaux. D'autre part, elle pratique une politique de concentration exactement comme ses concurrents, et là je fais allusion à ses intentions concernant Postfinance. Et surtout, ce que le conseil d'administration et la direction répètent, c'est ce leitmotiv des 500 clients qui représentent 50 pour cent du chiffre d'affaires. Le but d'un service public n'est pas de se concentrer sur 500 clients; ce n'est pas l'entreprise qu'on peut rêver comme service public. Il y a une idée derrière l'initiative: c'est précisément de valoriser et de dynamiser la structure décentralisée de la Poste face à la centralisation qui découle automatiquement de la libéralisation et de la privatisation.
Le deuxième élément concerne le financement. Notre collègue Maissen vient de parler du déficit de la Poste. Il faut rappeler que la Poste ne fait pas de déficit: les 500 millions de francs, dont on parle sans arrêt, que coûte le réseau postal, c'est de la comptabilité interne. La Poste fait du bénéfice! Si vous prenez les derniers chiffres connus, ceux de 2002, vous voyez que le bénéfice cumulé atteint près de 1 milliard de francs, plus 349 millions de réserve pour des mesures de rationalisation. Quelle est l'entreprise privée qui peut offrir de telles choses? Il faut quand même avoir ça à l'esprit en matière de financement. Ce n'est donc ni immédiatement ni demain qu'on aura besoin de l'argent de la Confédération pour donner éventuellement un coup de main.
Le troisième élément qui est contenu dans l'initiative, et qui est absolument nécessaire, est la question du dialogue avec les communes. Parce que les expériences que nous vivons sur le terrain - et je les ai vécues avec l'Union des communes vaudoises - sont catastrophiques, je peux vous le garantir! La Poste a une arrogance à l'égard des communes qui est vraiment inadmissible.
Le dernier exemple en date est le suivant. Vous savez que la Poste a imposé dans de nombreuses communes la levée de la boîte aux lettres à 8 heures du matin pour que le courrier A soit distribué le lendemain. Chaque fois que les communes réagissent, la réponse de la Poste est la suivante: "Cela ne vous regarde pas, c'est de la logistique." Cette attitude est parfaitement intolérable. Pour les mesures de rationalisation, pour les mesures de remplacement dans les communes, c'est la même chose: il ne s'agit finalement que de dialogue alibi, et vous voyez souvent que la solution qui est [PAGE 56] proposée à la commune est simplement imposée, et puis, six mois après, la Poste, sans préavis, du jour au lendemain, change de méthode. Avec cette façon de faire, la Poste n'est vraiment pas crédible à l'égard des communes, et ça, c'est grave. Heureusement que l'initiative reprend ce thème de la nécessité d'un dialogue constructif avec les communes.
Tout à l'heure, Monsieur Pfisterer a évoqué le "service au public". J'aimerais quand même rappeler ce qui s'est passé durant les fêtes de fin d'année: le chaos dans les centres de distribution du courrier a fait que la distribution de millions de lettres a eu jusqu'à vingt jours de retard. J'aimerais aussi rappeler que simultanément, le management de la Poste choisit cette date de pointe de trafic pour augmenter les tarifs, ce qui montre une méconnaissance curieuse du marché. Je rappelle les queues dans les villes, etc. Monsieur Gygi lui-même reconnaît ces manquements et qu'il y a des mesures à prendre. Je pense que c'est à mettre à son crédit en tout cas.
L'initiative populaire va dans la bonne direction. Comme l'a si bien dit Monsieur Epiney, elle montre également aux populations des régions périphériques qu'elles ne sont pas abandonnées par la Confédération, et c'est un signe extrêmement fort. Et finalement, connaître l'avis du peuple, c'est toujours une bonne chose: il n'y a pas de raison d'en avoir peur.
C'est pour cela que je vous propose de soutenir l'initiative populaire "Services postaux pour tous".