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Ruey Claude · Nationalrat · 2000-06-06

Ruey Claude · Nationalrat · Waadt · Liberale Fraktion · 2000-06-06

Wortprotokoll

Vous venez d'entendre les représentants de la minorité de la commission et du groupe écologiste qui proposent de refuser 1 million de francs pour poursuivre les études et la recherche de Swissmetro. Cela me paraît un peu surréaliste et le groupe libéral n'est pas véritablement d'accord avec cette manière de concevoir les choses.

Swissmetro est un projet de longue haleine, un projet porteur d'avenir encore en phase de développement, qui nécessite non seulement l'appui des milieux économiques, mais aussi des pouvoirs publics, dans un domaine où l'on est en phase, en effet, de recherche et de développement. Je vous rappelle que ce projet est relativement jeune. L'idée date de 1974. C'est l'ingénieur Rodolphe Nieth qui en a été le père. Puis, c'est seulement en 1981 que l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et l'ensemble de ses professeurs ont commencé une première étude de faisabilité, qui a abouti en 1988 à une confirmation de faisabilité. C'est à ce moment-là seulement que le Département fédéral des transports, des communications et de l'énergie de l'époque s'est intéressé à ce projet, c'était en 1989. En 1992 s'est créée la société Swissmetro et en 1993, une nouvelle étude préliminaire venait compléter les précédentes études pour étudier la faisabilité de ce dossier. C'est ainsi que l'étude principale a été mise en oeuvre en 1994 et qu'il y a un peu moins d'une année, l'étude principale a démontré qu'en effet, ce projet était porteur.

Il s'agit de passer maintenant à un développement plus élevé. L'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne développe actuellement une maquette de 250 mètres, dont on a d'ailleurs quelques éléments dans la rubrique "Sciences et multimédias" du "Temps" d'aujourd'hui, où l'on trouve précisément l'analyse de cette maquette. Il s'agit aussi d'avoir un tronçon pilote et, à cet égard, rien n'est décidé puisque si les cantons de Vaud et de Genève ont demandé une concession pour Lausanne-Genève, il est aussi question d'un tracé aéroports Zurich-Kloten-Bâle-Mulhouse, voire d'un tracé Genève-Lyon. Des études sont aussi en cours à ce sujet. Ce n'est donc pas, à la suite de cet immense travail, le moment de retirer l'appui à ce projet d'avenir.

Pourquoi projet d'avenir? Parce que notre pays a une forte densité de population; c'est un pays montagneux; l'évolution sociale en matière de protection de l'environnement interdit sans doute que l'on multiplie en surface de nouvelles voies de communication, et il convient de trouver des options nouvelles et modernes aux besoins de transports qui continueront à se développer dans notre pays. Il ne s'agit pas de voir à cinq ans, mais à vingt, trente ou cinquante ans, et il s'agit de permettre de construire un réseau qui ne vient pas en contradiction avec les nouvelles lignes transversales alpines, mais qui les complète.

Rappelons quelques-uns des avantages de ce projet: les vitesses obtenues sont très grandes. Elles permettraient de relier par exemple Genève à Zurich en 57 minutes. Grâce à différentes technologies, dont la sustentation magnétique, et non plus la liaison rail-roue, et l'existence de moteurs linéaires et de vide d'air, ceci a peu de consommation d'énergie. Je signale en passant que les études montrent qu'un Swissmetro consommerait 35 pour cent d'énergie en moins qu'un Intercity et 85 pour cent d'énergie en moins qu'un TGV.

Son implantation en sous-sol permet d'éviter les difficultés des aménagements de surface, donc l'encombrement de notre pays. Le fait de développer des technologies modernes a des retombées positives pour l'ensemble de la communauté des chercheurs et pour l'économie de ce pays, ce qui permet à la Suisse, et à la Suisse romande en particulier - puisque c'est là qu'a démarré le projet - de se profiler comme un centre de compétence.

Le fait de pouvoir relier entre elles les agglomérations suisses mieux qu'aujourd'hui - et dans un avenir qui nécessitera plus de transports publics et moins de transports individuels, puisqu'il y a transfert sur des transports en commun -, le fait de permettre à ces agglomérations de bénéficier de flux économiques et culturels d'importance contribuera à renforcer la cohésion de notre pays, ainsi qu'à l'inscrire en Europe. En effet, ce mode de transport collectif à haute performance doit prendre une dimension plus large qui dépasse le cadre national, c'est-à-dire qu'il devra être connecté au réseau ferroviaire européen à grande vitesse. On sait que la situation topographique et environnementale ne nous permet pas, à nous, de créer des réseaux en surface. C'est un moyen d'y obvier que de suivre le projet Swissmetro. Par ailleurs, n'est-ce pas M. Ogi, conseiller fédéral, qui avait lancé en 1990 l'idée d'Eurometro? Cette idée, qui date de dix ans, est en [PAGE 534] voie de se réaliser, ou en tout cas de se développer plus sérieusement, puisqu'un Eurometro est actuellement étudié dans le cadre de Swissmetro entre l'aéroport de Lyon-Satolas et l'aéroport de Genève-Cointrin.

Je conçois qu'il convient de poursuivre l'étude technologique de Swissmetro, un projet développé en Suisse romande mais qui profite à toute la Suisse, en particulier grâce à l'appui de l'EPFL et de l'EPF de Zurich, et qu'il s'impose maintenant, devant la confirmation de sa faisabilité, d'en arriver à la réalisation d'un tronçon pilote. Pour cela, Swissmetro doit pouvoir disposer des moyens nécessaires. Ceux-ci passent par ce crédit supplémentaire de 1 million de francs pour l'année en cours, et de 1 million de francs supplémentaire pour l'année prochaine. Bien sûr, direz-vous, ce ne sont pas des sommes importantes: c'est le cas, parce que le privé et d'autres pouvoirs publics ont déjà engagé des sommes dans le projet par le passé, et sont prêts à le faire pour la suite. Je reconnais volontiers que ce projet à eu de la peine à se rentabiliser, c'est le fait de tout projet pionnier. Mais c'est un projet d'avenir qui, sans aucun doute, contribuera à encourager la croissance économique de la Suisse, à développer un produit attractif aussi sur le plan international, à permettre à l'industrie d'acquérir de nouvelles connaissances dans des technologies d'avenir, à alléger le transport en surface et en particulier le réseau routier en diminuant les charges de l'environnement, et à créer en Suisse un rapprochement des populations des différentes régions du pays avec des perspectives d'ouverture vers nos voisins, ce qui n'est pas négligeable.

J'ai entendu tout à l'heure un plaidoyer qui semblait dire que ce projet était très dangereux: j'avais l'impression d'entendre un discours tenu au XIXe siècle, lorsqu'on implantait les chemins de fer dans ce pays. Je fais appel au même esprit pionnier que celui des constructeurs des grands axes de communication de notre pays, et qui ont passé, à leur époque, pour des originaux ou des iconoclastes.

Nous pouvons accorder ce montant de 1 million de francs. C'est ce que le groupe libéral vous propose de faire.