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Garbani Valérie · Nationalrat · 2000-06-07

Garbani Valérie · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2000-06-07

Wortprotokoll

J'aimerais qu'on se livre à un petit examen rétrospectif. Quelles ont été, en fait, les conséquences, pour la Suisse, de l'"Alleingang", de la voie solitaire, dans les années nonante, en particulier pour les Suissesses et les Suisses travailleurs et salariés? La récession a été plus longue et plus forte en Suisse qu'au sein de l'Union européenne. Le produit intérieur brut de la Suisse a augmenté en moyenne de 0,7 pour cent par année, alors qu'il s'est accru de 2 pour cent au sein de l'Union européenne. Calculé sur dix ans, cela aboutit à une proportion de 7 contre 20 pour cent, soit une croissance, au sein de l'Union européenne, trois fois supérieure à celle de la Suisse. Je suis d'accord que faire un total parallèle entre l'isolement et la faible croissance est légèrement hasardeux, tant il est vrai que la politique de la Banque nationale suisse n'est pas étrangère à ce faible taux, et tant il est également vrai que le chômage n'a pas épargné l'Europe.

Je tiens cependant à souligner que les employeurs en Suisse ont tiré les enseignements, eux, du rejet de l'adhésion à l'Espace économique européen en 1992. Ils ont comblé les conséquences de l'isolement de la Suisse et, par là même, les difficultés d'exporter leurs produits au sein de l'Union européenne en raison de complications techniques et administratives, en agissant sur les gains des travailleuses et des travailleurs. Les salaires en Suisse ont augmenté dans les années nonante de 0,15 pour cent par année, alors qu'ils l'ont été de 1,4 pour cent au sein de l'Union européenne, soit à nouveau, sur une période de dix ans, une hausse des salaires de 1,5 pour cent en Suisse et de 14 pour cent pour l'Union européenne.

Je suis convaincue que les travailleuses et les travailleurs souffrent bien davantage de l'absence d'adhésion que de l'"Alleingang". Les employeurs ont bloqué la hausse des salaires, sous le prétexte que l'isolement de la Suisse entravait sa compétitivité. Les salariés, sur la tête desquels pesaient l'épée de Damoclès du chômage, se sont laissé berner par ces arguments et le patronat dur compte bien qu'ils continuent à se laisser berner à l'avenir, en alléguant qu'ils ont tout à perdre en cas d'adhésion et qu'il faut donc en rester aux accords bilatéraux, alors que c'est l'inverse qui est vrai.

Les premières victimes de l'isolement seront donc les travailleurs. Les opposants à l'adhésion instrumentalisent le débat sur l'Europe en pratiquant le "Rosinenpicken", soit en retirant ce qui est bon pour le capital, c'est-à-dire en disant oui aux accords bilatéraux et non à l'adhésion.

Ils pratiquent le "Rosinenpicken" en plaidant en faveur d'un rapprochement avec l'Union européenne lorsqu'il s'agit d'aller dans le sens d'une libéralisation effrénée des anciens monopoles du service public, lorsqu'il s'agit de plébisciter le règne du "tout privatiser".

En tant que socialiste, je suis favorable à une adhésion rapide à l'Union européenne, car je vois la reprise rapide des négociations d'adhésion comme un levier en faveur d'une Europe sociale. Et il appartiendra à la gauche d'exiger de la fermeté dans le cadre des négociations, en particulier pour le maintien d'un service public performant, tel que le connaît aujourd'hui la Suisse, ainsi que pour le développement des droits populaires, tout comme la droite, en cas de négociations, s'attachera à préserver le secret bancaire. L'assurance-maternité, des primes d'assurance-maladie calculées en fonction du revenu font partie des éléments de politique sociale des membres de l'Union européenne.

L'argument du porte-monnaie, c'est-à-dire l'argument de la hausse de la TVA, est pervers et fallacieux. Les bas et les moyens revenus, soit la majorité de la population suisse, ont tout à gagner à une adhésion de la Suisse à l'Union européenne, mais en revanche ont tout à perdre, et ils seront les perdants, s'ils cèdent aux sirènes de l'isolationnisme, en raison de l'augmentation de la fiscalité indirecte. En effet, des primes d'assurance-maladie calculées en fonction du revenu et de la fortune déchargent bien davantage les budgets des familles à bas et moyen revenus qu'une baisse des impôts.

On l'a dit et répété, l'Europe n'est pas l'Eldorado, ce n'est pas davantage l'Atlantide. Mais moi, je ne souhaite pas que la Suisse devienne comme les îles Cayman ou comme les îles Bahamas.

C'est la raison pour laquelle, dans le respect des classes défavorisées de ce pays, je vous invite à recommander au peuple et aux cantons de dire oui à cette initiative populaire et de dire oui à un contre-projet qui fixe un calendrier clair.

Je voulais encore répondre à M. Fehr Hans: moi, je fais partie des 33 pour cent des votants du 21 mai 2000 qui ont effectivement besoin d'air, et je souhaite une autre perspective d'avenir pour ma génération et les générations qui vont suivre que d'être figée comme un nain de jardin, enracinée dans la tradition et le conservatisme. Si la Suisse devait ne pas se rapprocher rapidement de l'Union européenne, je pense que plusieurs Suisses émigreront au sein de l'Union européenne, et j'espère que celle-ci ne modifiera pas sa législation sur la nationalité.

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