Maury Pasquier Liliane · Nationalrat · 2000-06-07
Maury Pasquier Liliane · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2000-06-07
Wortprotokoll
Vous avez certainement entendu, et ce n'est pas un conseiller fédéral issu des rangs démocrates-chrétiens qui me contredira, l'adage "Hors de l'église, pas de salut". J'ai personnellement des doutes sur la véracité de cette affirmation. Je suis, en revanche, persuadée que la paraphrase "hors de l'Europe, pas de salut" se vérifiera pour la Suisse. Et ce n'est là affaire ni de conviction, ni de foi. En effet, que l'on considère les choses sous l'angle de l'histoire, de la géographie, de la politique intérieure ou extérieure ou de l'économie, de nombreux arguments plaident en faveur d'une intégration de la Suisse à la maison Europe. La Suisse est située au coeur du continent européen. Elle est, tant du point de vue géographique que constitutionnel, un carrefour de langues et de cultures qu'elle a en partage et en commun avec les pays de l'Union européenne qui nous entourent. La Suisse s'est construite, au fil des siècles, par l'adhésion successive de petits pays, qu'on appelle maintenant cantons, qui ont compris où était leur intérêt et qui ont pris le risque de l'intégration, car toute modification est une aventure. En agissant de la sorte, ces cantons ont réussi à développer leur identité propre et non pas à la voir se diluer dans un magma informe. Ils ont pu ajouter une appartenance supplémentaire à leur essence, un blason à leur histoire, un gène à leur patrimoine.
A l'heure actuelle, et même si le rythme en est plus rapide, c'est exactement au même processus qu'est confronté le continent européen et il est évident que l'expérience suisse en la matière ne peut être que profitable à cette construction européenne.
Maintenant, notre avenir nous appartient. Il est heureusement encore devant nous, mais le temps presse. Nous ne sommes plus à l'époque où les processus prennent des siècles et, quand on voit l'évolution qu'a connue notre planète ces dernières décennies, l'on doit se rendre compte que si la Suisse veut pouvoir faire valoir les avantages qui sont les siens et conclure, avec la dot qui est la sienne, un mariage de raison, certes, mais un beau mariage, il faut qu'elle le fasse pendant que son partenaire est encore sensible à ses charmes et prêt à faire les concessions nécessaires à toute union équitable. Si nous laissons passer trop de temps, ce n'est plus le mariage, dont le synonyme est la bien nommée union, que nous nous verrons proposer, mais une place de femme de ménage - pardon, de technicienne de surface - de la maison Europe. Seul notre goût légendaire pour la propreté s'en trouverait satisfait. Pour réaliser une union harmonieuse, il faut comprendre et accepter l'imperfection de son conjoint et la sienne propre. L'Union européenne, et cela a été largement développé au cours de ce débat, est loin d'être parfaite.
Elle a beaucoup de chemin à faire pour être sociale, démocratique, écologique et solidaire.
Dès lors, deux voies s'offrent à nous: celle de la participation à l'aventure, avec la possibilité, qui est celle de la réelle souveraineté, de faire entendre notre voix, de faire valoir notre point de vue, ou celle de l'"Alleingang" qui revient paradoxalement à renoncer à notre indépendance et à nous laisser imposer, par les acteurs de la politique mondiale - comme, par exemple, le gendarme américain, l'économie libéralisée aux tendances dictatoriales - notre conduite et nos décisions, l'adaptation obligatoire de nos normes techniques ou de nos lois. Le choix est vite fait: c'est vers l'adhésion qu'il faut aller. Maintenant! Huit ans se sont écoulés entre le refus de l'adhésion à l'Espace économique européen et l'entrée en vigueur des accords bilatéraux sectoriels. Un certain nombre d'années seront nécessaires à la négociation de conditions favorables d'adhésion et à la nécessaire adaptation de notre législation, à la conduite d'un large débat au sein de la population et à l'inlassable travail d'information qu'il nécessitera.
Le 21 mai, nous avons entrouvert nos fenêtres et laissé entrer de l'air frais. Ne les refermons pas aussitôt, au risque [PAGE 572] d'étouffer par manque d'oxygène. Que nous le voulions ou non, Européens nous sommes. Européenne je suis. Et je vous invite, pour permettre le vaste débat populaire que le sujet mérite, loin de toute politique politicienne et de tout arrangement alambiqué, à soutenir à la fois l'initiative "Oui à l'Europe!", qui permet au souverain tant de fois invoqué aujourd'hui de se prononcer, et un contre-projet qui ne soit pas de la poudre de perlimpinpin et qui contienne un réel calendrier.