Beck Serge · Nationalrat · 2000-06-07
Beck Serge · Nationalrat · Waadt · Liberale Fraktion · 2000-06-07
Wortprotokoll
Je viens plaider la nécessité d'un contre-projet que le groupe libéral unanime appelle de ses voeux. Je suis d'autant plus à l'aise pour le faire, puisque je reste, contrairement à mes collègues de parti, opposé à une adhésion à l'Union européenne. Tout au moins à cette Union européenne trop centralisée, trop administrative, trop handicapée par les stigmates des deux conflits qui ont marqué la première moitié du XXe siècle. Cette Union dont les perspectives d'évolution sont entravées par la prépondérance [PAGE 575] encore excessive de l'axe Paris-Bonn ou Paris-Berlin aujourd'hui.
Mais la Suisse fait partie de l'Europe, géographiquement, économiquement, politiquement, nous le savons tous. Elle est condamnée, mais plus encore, elle a des intérêts vitaux à s'intégrer davantage dans la structure continentale qui se met en place.
L'Europe change, et son élargissement en négociations lui impose une dynamique de changement de ses structures. Des perspectives plus fédéralistes s'ouvrent enfin, et nous sommes attentifs aux propos de M. Fischer, ministre allemand des affaires étrangères, pour la construction d'une Europe dotée de structures politiques démocratiques et basée sur un fédéralisme de subsidiarité. Europe qui, par ailleurs, conservera leur place indispensable aux Etats nations.
Laissons à leur rêve ceux qui pensent que l'adhésion immédiate de notre pays pourrait avoir un rôle déterminant dans cette construction. Nous avons vu récemment ce qu'il en est de l'influence d'un petit pays et de sa liberté de manoeuvre au sein de la Communauté européenne, même pour ses affaires intérieures.
La Suisse aussi change. Elle a parcouru au plan économique et législatif, et parallèlement aux négociations bilatérales, un chemin essentiel d'adaptation de ses structures économiques qu'une adhésion idéaliste à l'EEE lui aurait fait subir frontalement et violemment, entraînant un traumatisme socioéconomique dont nous ne serions peut-être pas encore remis. Rappelez-moi quelles étaient les mesures d'accompagnement dans le domaine de l'EEE, mettez-les en perspective avec le travail qui a été fait dans le cadre des négociations bilatérales.
Face au dynamisme bienvenu dans l'évolution des perspectives qui s'offrent à notre continent, il convient que notre pays demeure ouvert et attentif extérieurement et intérieurement. Que le dialogue soit maintenu entre les différentes composantes sociales, économiques et politiques de la Suisse, et que nous ne laissions pas le fossé entre adhérents idéalistes et partisans de l'"Insel Schweiz" se creuser davantage et bloquer un dialogue constructif sur les avantages et les inconvénients d'un rapprochement supplémentaire, le cas échéant d'une intégration, non pas, Monsieur Schlüer, à l'Europe d'aujourd'hui, mais à l'Europe en devenir.
Il est malheureux que les initiants n'aient pas retiré leur initiative, compte tenu de l'évolution des relations Suisse/Union européenne depuis son dépôt. Un contre-projet est indispensable, non pas dans l'espoir d'un retrait de cette initiative, mais parce qu'il est le moyen, lors de la votation non souhaitable, d'éviter le partage stérile des citoyens de ce pays en deux camps sans nuances. Un contre-projet non soumis au référendum, prévoyant l'indispensable poursuite du processus de rapprochement sans préjuger d'une décision de fond quant à l'adhésion qui restera, à l'achèvement des négociations, du ressort du peuple, c'est la possibilité offerte à la majorité des citoyens, partisans d'une politique réaliste et progressive, de ne pas se ranger derrière les extrémistes, tels M. Schlüer qui veut se retirer de l'Europe comme l'ermite se retire du monde ou M. Suter et les initiants qui, tels des assoiffés au milieu du désert, veulent embrasser un rêve idéaliste sans se préoccuper de ses conséquences au quotidien.
Il est essentiel de donner au peuple la possibilité de se prononcer sur la suite du rapprochement avec l'Union européenne dans un climat propre à la réflexion plutôt qu'à l'émotion, et c'est dans ce sens qu'un contre-projet est indispensable et qu'il faut rejeter les propositions de minorité Schlüer et l'initiative populaire elle-même.