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Zisyadis Josef · Nationalrat · 2004-06-17

Zisyadis Josef · Nationalrat · Waadt · Fraktionslos · 2004-06-17

Wortprotokoll

C'est très bien de vouloir combattre ce que certains appellent "un grave et préjudiciable problème représentant une menace pour la protection des travailleurs". Il y a là, semble-t-il, une belle unanimité qui cache un fait fondamental: dans toute lutte contre le travail au noir, c'est d'abord la partie la plus faible qui subit les premières conséquences, soit le travailleur au noir, précarisé et saigné à blanc par un patron qui l'a bien engagé pour profiter de sa force de travail. Il ne peut pas y avoir de bonne loi contre le travail au noir sans une sortie de la précarité et de la zone noire ou grise de tous les travailleurs engagés au mépris des lois sociales, qui sont déjà si maigrichonnes dans ce pays. Sinon, c'est de la poudre aux yeux pour se donner bonne conscience et faire semblant.

Soyons clairs: la précarité croissante du travail n'est pas un phénomène météo. C'est une lame de fond de ce système capitaliste; c'est étroitement lié à la mondialisation. Cela prend plusieurs visages: le travail intérimaire, le travail à la carte, le travail temporaire, la liberté de licencier toujours plus et la précarité des salaires. Le travail au noir se développe partout, dans toute l'OCDE et dans tout le monde en général. Ce travail privé de toute règle est surtout totalement privé de tout droit. Cela ne concerne pas seulement - comme on veut le faire croire - les travaux les plus pénibles, les activités saisonnières, comme dans l'agriculture, l'hôtellerie, la restauration, ou les services domestiques, mais aussi de plus en plus les secteurs de l'informatique, de la haute finance, et aussi certains secteurs de la santé.

C'est là le paradoxe de votre système économique, que majoritairement vous défendez: plus le patronat flexibilise, plus le patronat précarise, et plus il déréglemente et fait toujours plus recours au travail au noir. Les économistes officiels ont tout faux! L'économie souterraine ne se nourrit pas de la rigidité de l'économie officielle ou de l'excès des charges sociales, comme aiment à le dire certains. Nous vivons justement une période où les rares garanties que le monde du travail a conquises depuis la Deuxième Guerre mondiale sont en train d'être détruites année après année par des politiques néolibérales. Au lieu de voir le travail au noir disparaître, puisqu'on libéralise, eh bien le travail au noir ne cesse d'augmenter.

Donc, la vérité est ailleurs. Cela signifie que plus le travail se flexibilise, plus il se précarise, plus le travail au noir se développera. Alors, lutter contre le travail au noir tout en "cassant" les protections sociales et les réglementations protégeant les travailleurs est une absurdité totale. C'est pour cela que cette loi est de la poudre aux yeux pour se donner bonne conscience. Il est parfaitement vraisemblable que les premiers êtres humains qui en feront les frais ne seront pas les patrons négriers, mais les sans-droits, corvéables à merci, qui ont toujours été considérés comme forces de réserve et bien utiles pour les yoyos de la production. C'est pour cela que, pour notre groupe "A gauche toute!", il ne peut pas y avoir d'autre levier essentiel contre le travail au noir que de redonner une dignité pleine et entière à tous ces hommes et à toutes ces femmes surexploités et sans garanties quant à leur emploi.

A notre avis, il faut donc accomplir un acte de régularisation collective, afin de mettre les compteurs à zéro et sortir ainsi de la zone grise et noire 10 pour cent de l'économie du pays. Sans cette cautèle, la loi ne remplira jamais son rôle. Certes, un certain patronat sera ou pourra être sanctionné, mais si peu et de manière si superficielle! Par contre, il est parfaitement vraisemblable qu'une partie des travailleurs aujourd'hui en zone grise vont même passer en zone noire, là aussi pressurés par un patronat sans scrupules, et ils seront à ce moment-là les seules vraies victimes de cette opération.

Notre groupe "A gauche toute!" vous demande, pour ces raisons de fond, de renvoyer ce projet au Conseil fédéral afin qu'il ait un mandat clair d'inclure dans la loi une régularisation collective des travailleurs en situation irrégulière, engagés de manière irrégulière par un certain patronat.