Freysinger Oskar · Nationalrat · 2004-12-09
Freysinger Oskar · Nationalrat · Wallis · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2004-12-09
Wortprotokoll
Quelques chiffres au préalable qui devraient nous laisser songeurs: le taux de chômage en Suisse est de 3,4 pour cent, dans l'Union européenne il est de 9 pour cent, en Slovaquie il monte à 16,6 pour cent et en Pologne à 18,9 pour cent; le salaire minimal en Pologne est de 240 francs par mois et en Slovaquie de 150 francs seulement.
Après ça, qu'on vienne m'expliquer comment les travailleurs de ces pays pourraient ne pas affluer en grand nombre chez nous, soumettant ainsi notre marché du travail à une forte pression. Evidemment, l'économie suisse a besoin de bras. Mais à quel prix?
La gauche, rappelée à l'ordre par ses syndicats, s'est soudain rendu compte qu'elle sacrifiait les ouvriers sur l'autel de son internationalisme dogmatique. Se ravisant, elle a profité de la situation pour proposer toute une série de mesures d'accompagnement. Fort bien! Ainsi on ouvre la porte pour la refermer aussitôt. Et on vante le vent qu'on a produit en l'appelant "ouverture": pour moi, ce n'est qu'un courant d'air. Mais il pourrait se transformer en tempête pour tous ceux qui croient que l'extension du libre passage des personnes ne portera sur ses ailes que des philanthropes soucieux de ne pas créer de soucis aux forces de travail indigènes. J'aimerais citer ici ces chers Marx et Engels, qu'on ne peut accuser d'être au service du capital, sauf évidemment par leur plume. Commentant la forte immigration d'ouvriers irlandais en Angleterre à la fin du XIXe siècle, ils écrivirent: "Les travailleurs britanniques ont besoin de plus d'argent pour leur minimum vital que les immigrés irlandais, qui mangent des patates et dorment dans des porcheries. Les Irlandais provoquent donc un effondrement des salaires et du degré de civilisation des travailleurs anglais qui finiront eux aussi dans le caniveau." Oh! Que c'est politiquement incorrect de dire de telles choses! Mais puisque c'est de Marx, tout est pardonné. Et puis c'est si vrai; tellement vrai, d'ailleurs, que c'est parfaitement applicable à ce que nous vivons aujourd'hui en Europe, d'autant plus que les patates chaudes existent toujours et l'hypocrisie encore aussi.
Ainsi donc le scénario de cette journée parlementaire mémorable est-il écrit. Poussés par leur "adhésionite" aiguë et béate, les partis centristes vont accorder à la gauche toutes les mesures d'accompagnement nécessaires pour enlever au marché suisse du travail l'un de ses seuls avantages: sa flexibilité. Pour se rapprocher de l'adhésion tant désirée, ils n'hésiteront pas à sacrifier les ouvriers suisses. Car il ne faut pas se leurrer: si les conditions de production se dégradent en Suisse, les entreprises iront ailleurs. La place de travail ira vers la main-d'oeuvre bon marché et il n'y aura plus grand chose de nouveau à l'Ouest. Regardez l'Allemagne avec son marché surréglementé: elle est au bord de la faillite et voit ses emplois s'envoler vers d'autres cieux. A force de vouloir l'argent et l'argent du beurre, il ne restera plus rien aux Suisses à se mettre sur les tartines! C'est peut-être bon pour le taux de cholestérol, mais viendra le moment où la ceinture serrée d'un cran ne permettra plus de boucler les fins de mois.
Qu'importe! car à ce moment précis, lorsqu'on aura plongé le bon peuple dans un cul-de-basse-fosse, on lui fera voir des étoiles jaunes sur un beau fond bleu nourri d'espoir, on lui dira qu'il lui suffit d'adhérer à l'Union européenne, celle des Douze, des Quinze, des Vingt-Cinq, et aux Balkans, et à la Roumanie et à la Bulgarie, la Turquie - et le Maghreb, tiens, puisqu'on y est! Bref, on lui proposera la boulimie universelle pour lui faire oublier sa propre maigreur. Les estomacs et les poches seront de plus en plus vides, mais les yeux seront pleins d'espoir, comme ceux des enfants devant leur sapin de Noël!
C'est beau, le rêve, mais ça ne nourrit plus les imbéciles lorsque ça devient un cauchemar: car la deuxième partie du scénario, celle qui suit toujours les grandes envolées lyriques des bonnes consciences, s'appelle "dumping salarial", "chômage", "retraite forcée", "abus sociaux", "baisse du niveau de vie". Malgré toutes les mesures d'accompagnement du monde et malgré les délais de transition prévus pour éviter une perception trop nette de la dégradation générale, il sera impossible de combattre efficacement les faux indépendants, le travail au noir, les malades imaginaires suçant la moelle de nos caisses-maladie et les invités de la dernière heure avant la retraite, désireux d'obtenir le droit aux prestations complémentaires, comme les Suisses ayant cotisé pendant 40 ans. Car il n'y aura plus de Suisses, plus d'Allemands, plus de Polonais, plus de Turcs, plus rien de tout ça: sur les débris de la préférence nationale, tous seront devenus égaux dans la pauvreté et danseront la gigue des miséreux. Que voilà une belle solidarité et une belle égalité! Puisqu'on aura été incapable de répartir les richesses, on répartira la pauvreté. C'est si simple! Et puis les commissions tripartites veilleront au grain, afin que personne ne soit roulé dans la farine sans que son voisin ne le soit aussi!
Afin d'éviter à mon pays ce triste destin, et convaincu qu'il est plus sûr d'attendre les effets des Bilatérales I avant de s'étaler sur l'autre moitié de l'incontinence continentale, je voterai non à l'extension de la libre circulation du dumping salarial et du chômage et vous invite à faire de même.