AB 50383
Calmy-Rey Micheline · Bundesrat · Genf · 2004-03-09
Wortprotokoll
Autant dire que je ne partage pas l'opinion qui a été donnée par Monsieur Schlüer, qui veut réduire les crédits à disposition de l'aide au développement.
L'aide au développement est un instrument essentiel de notre politique étrangère. Elle n'est pas à dissocier des buts de notre politique étrangère, qui sont d'assurer plus de sécurité et plus de prospérité aux Suissesses et aux Suisses. En travaillant de cette manière, en aidant les pays qui sont moins bien lotis que nous à avoir un développement durable, à permettre que les citoyennes et les citoyens puissent rester dans ces pays-là, puissent y vivre et avoir un avenir, nous défendons ainsi nos propres intérêts. Au surplus, la Suisse s'est engagée sur le plan international et je pense qu'il n'est pas opportun aujourd'hui de remettre en cause des engagements internationaux, c'est-à-dire la participation de la Suisse à l'effort global de lutte contre la pauvreté et pour le développement des autres pays.
Maintenant, j'en reviens au thème prioritaire de cette motion. Pour réaliser sa "Stratégie 2010", la Direction du développement et de la coopération (DDC) dispose de deux instruments stratégiques complémentaires: l'aide bilatérale, qui représente 70 pour cent des ressources financières, et l'aide multilatérale, qui en représente 30 pour cent.
Au cours de ces dernières années, le besoin de coopération au niveau multilatéral a progressé de pair avec la prise de conscience des défis mondiaux, dont l'un est assurément la protection des forêts tropicales et des forêts en général.
En ce qui concerne l'aide bilatérale, la DDC n'a pas de programme dans des pays qui ont des surfaces importantes de forêt tropicale comme le Brésil, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, l'Indonésie ou la Malaisie, ceci en particulier pour des raisons historiques. La DDC poursuit une politique de concentration, et de priorités, sur un nombre restreint d'endroits, et ces pays ne sont pas du nombre.
Par contre, nous sommes directement opérationnels dans une série de pays où la protection et l'utilisation durable des forêts est un élément central. Par exemple, des programmes bilatéraux ont été développés en Amérique centrale, au Costa Rica, au Nicaragua, au Guatemala et au Honduras. On peut citer également les programmes concernant la gestion des forêts andines, notamment en Equateur, au Pérou et en Bolivie. Ces programmes sont toujours menés avec la participation des populations locales qui apportent leurs compétences et leurs expertises dans la gestion de la forêt. En Asie, des projets appuyant des organisations locales sont en cours au Népal, au Bhoutan, au Vietnam et en Inde.
Dans la réalisation opérationnelle concernée, l'accès juste aux ressources naturelles et le droit à l'utilisation de ces ressources sont prioritaires. Le transfert des expériences acquises aux autres acteurs dans la région est aussi une des préoccupations importantes de tous nos programmes. Avec ces programmes bilatéraux, la Suisse n'envisage pas uniquement des effets positifs au niveau local ou régional, mais participe au développement des modèles et expériences qui contribuent à une politique de gestion des ressources forestières internationales améliorée, fondée sur les intérêts des populations locales.
Les défis environnementaux sont de telle envergure que seule une intervention coordonnée de tous les acteurs est effective. C'est pourquoi la Suisse apporte son soutien et une participation active aux initiatives et conventions internationales, touchant notamment la biodiversité, ainsi qu'à divers processus internationaux qui ont pour but de développer des conditions-cadres pour une gestion durable de ces écosystèmes, que sont par exemple les forêts tropicales.
La demande de la motion Eggly, que la Suisse prenne en compte, dans la formulation de ses positions de politique de développement, la situation des populations dépendant de forêts ainsi que l'état des forêts elles-mêmes, est légitime. Par contre, les demandes plus concrètes pour des projets ciblés ne sont pas appropriées, puisque la Suisse entreprend sa coopération au développement dans le cadre de programmes par pays.
Par conséquent, la transformation en postulat est la réponse adéquate à cette motion. La transformation n'a pas de conséquences financières ou sur le plan du personnel additionnelles. L'élaboration d'un rapport n'est pas prévue. Le Conseil fédéral pourra en revanche, dans le cadre de son rapport régulier et en temps voulu, rapporter dans quelle mesure la problématique a pu être prise en considération.
Je vous remercie d'accepter la transformation de cette motion en postulat.