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Maury Pasquier Liliane · Nationalrat · 2000-06-21

Maury Pasquier Liliane · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2000-06-21

Wortprotokoll

Tout au long de son histoire et particulièrement ce dernier siècle, l'humanité a fait des inventions tout à fait exceptionnelles, parmi lesquelles les découvertes médicales tiennent bien évidemment le haut du pavé, elles qui ont considérablement contribué à l'augmentation de l'espérance de vie. Parmi les inventions techniques, on peut très certainement classer l'automobile, qui a ouvert l'horizon et accru la mobilité de bien des personnes. Toutefois, toute médaille ayant son revers, l'automobile, et surtout sa croissance tant en nombre qu'en rapidité et en puissance, a produit les effets négatifs que nous ne connaissons que trop bien: les trop nombreux accidents et leur lot de morts et de blessés, la pollution atmosphérique et sonore et son cortège de maladies plus ou moins invalidantes, ou encore la gloutonnerie en territoire de l'automobile pour son usage aussi bien immobile que mobile.

Mais il ne faudrait pas jeter le bébé avec l'eau du bain, ce n'est pas la voiture en tant que telle qui pose problème, mais bien son utilisation abusive. L'initiative populaire "Rues pour tous" nous permet justement de choisir, si nous voulons accorder la priorité à la sécurité et à la qualité de la vie, ou si nous préférons lâcher la bride aux fougueux chevaux qu'abritent nos moteurs, ou bien sont-ce des tigres? Je ne me souviens plus très bien avec toute cette ménagerie! Il ne s'agit pas d'interdire les déplacements automobiles, ni même de les compliquer tellement qu'ils en deviendraient impossibles. Il n'est pas question non plus de limiter l'accès des routes à certaines catégories d'utilisateurs. Il s'agit simplement, si j'ose dire, car c'est certainement là le plus difficile, de changer de comportement.

Comme le dit le Conseil fédéral au chiffre 4.1 de son message: "Les études menées en Suisse et à l'étranger montrent que, couplées à d'autres facteurs, les limitations générales de vitesse diminuent sensiblement le nombre d'accidents. D'une part, elles réduisent les écarts entre les vitesses et engendrent une homogénéisation du flux du trafic; de l'autre, elles abaissent le niveau de la vitesse, raccourcissant aussi les distances de freinage et les vitesses de collision. Ainsi, dans des conditions moyennes, la distance de freinage diminue de moitié entre 50 km/h et 30 km/h, tandis que la gravité des dommages causés tant aux personnes qu'aux objets baisse considérablement. Selon des études, un piéton, renversé à 50 km/h, a 85 pour cent de risque de décéder, ce risque tombant à 10 pour cent s'il est renversé par un véhicule roulant à 30 km/h." Ce dernier élément devrait être pour nous le plus décisif.

Bien que les accidents de la circulation causent ces dernières années moins de morts et de blessés, ce dont nous nous réjouissons tous, j'en suis sûre, bien que nombre de ces accidents interviennent hors des localités, nous ne pouvons pas accepter de rester inactifs pour ceux qui interviennent à l'intérieur des localités. Nous devons refuser de considérer ces morts et ces blessés comme inéluctables. Il n'y a pas de seuil incompressible. Les personnes victimes d'accidents ne sont pas des chiffres sur une statistique. Les piétons, les cyclistes, les enfants et les personnes âgées sont les plus fragiles des usagers de la route. Ils ont droit à plus de mesures de protection. Toute mort est une mort de trop. Tout blessé est un blessé de trop. Refuser l'initiative sous prétexte que les automobilistes ne respecteront pas la limite du 30 km/h, c'est non seulement baisser les bras, mais juger a priori que les automobilistes n'ont ni tête pour réfléchir, ni coeur pour se soucier des autres.

Ni le Conseil fédéral, ni la commission n'ont jugé utile d'opposer un contre-projet à l'initiative pour tenter de corriger ces défauts. Mais parce qu'elle laisse une marge de manoeuvre évidente dans la détermination des exceptions à la règle, parce qu'elle permet d'amorcer ce nécessaire changement de mentalité, pour une meilleure qualité de vie dans les localités, là où vivent les gens, je soutiendrai sans arrière-pensée l'initiative populaire "Rues pour tous" et vous invite à faire de même.

Non, aller de l'avant, ce n'est pas rouler toujours plus et toujours plus vite. Le progrès consiste bien plutôt à garantir à toutes et tous de bonnes conditions de vie, sans oublier qu'avant d'être un automobiliste, tout individu naît bipède, devient piéton et le restera, pour peu qu'on veuille bien lui prêter vie.

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