Bugnon André · Nationalrat · 2005-03-14
Bugnon André · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2005-03-14
Wortprotokoll
On a entendu toutes sortes d'argumentation pour défendre l'acquisition de ces deux avions. On a parlé de places de travail; on a dit que si l'on faisait l'acquisition de ces avions - qui ne seront pas construits en Suisse, je le rappelle, mais en Espagne - on aura certainement des "contre-affaires" pour l'industrie helvétique.
Mais ce genre d'argumentation ne tient pas la route dans un parlement. Si l'on veut créer des places de travail en dépensant de l'argent, on peut dépenser des centaines de millions de francs, et cela procurera automatiquement des places de travail. Ce n'est pas l'objectif de l'armée; ce n'est pas le rôle de ce Parlement, quand même!
Après on s'étonne que la Confédération ait un déficit structurel, voilà à quoi mène ce genre de raisonnement. Ce n'est pas le but principal de cette acquisition, même s'il est vrai qu'en l'occurrence, lorsqu'on achète du matériel - dont on pense que notre armée a besoin -, cela produit un certain volume de travail. Mais on prend cette décision en ayant d'abord une vision politique! L'acquisition proposée est nécessaire à notre pays ou elle ne l'est pas; on ne doit pas avoir une argumentation prétendant que l'on doit acquérir du matériel uniquement parce que cela est bon pour les places de travail.
On a dit aussi - mais c'est une question de tactique de vote - que si l'on n'acceptait pas l'achat de ces deux avions, on mettrait en danger tout le programme d'armement. Mais ce n'est pas le but de la majorité des membres du groupe UDC. Nous ne voulons tout simplement pas de ces deux [PAGE 309] avions, parce que leur utilisation ne correspond pas, pour nous, à une utilisation normale, attendue de l'armée. Si, comme nous le souhaitons, l'achat de ces deux avions est refusé, le reste du crédit, qui a été discuté au mois de décembre 2004, sera soutenu par notre groupe lorsqu'il sera soumis au frein aux dépenses.
D'autre part, je rappelle ici que notre pays est intervenu pendant des siècles en matière humanitaire, de maintien de la paix, en offrant ses bons offices en avançant la notion de neutralité qui permettait véritablement de ne pas prendre parti, ou de n'avoir jamais pris parti pour qui que ce soit. Donc on peut se prévaloir d'une situation totalement neutre pour faire avancer ces bons offices. Si nous utilisons du matériel militaire pour intervenir de plus en plus souvent à l'étranger, cette notion de neutralité se perdra. On sera impliqué automatiquement, un jour ou l'autre, réellement dans un conflit avec du matériel militaire, et c'est ce que l'UDC ne veut pas. Nous voulons maintenir notre neutralité; nous voulons maintenir, pour ce pays, la possibilité d'offrir ces bons offices grâce à cette neutralité. Et ce n'est pas à l'armée de faire ces missions à l'étranger; cela doit se faire avec des moyens civils.
Je vous remercie de refuser l'acquisition de ces deux avions.