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Epiney Simon · Ständerat · 2005-03-15

Epiney Simon · Ständerat · Wallis · Christlichdemokratische Fraktion · 2005-03-15

Wortprotokoll

Le paysage agricole suisse charme nos hôtes et ses habitants par la diversité de ses exploitations et de ses cultures. Chaque région a en effet développé des structures à plein temps ou à temps partiel. On cultive tantôt des céréales, tantôt des fruits; on pratique l'élevage. Avec raison, la Confédération soutient par des paiements directs cette diversité et a toujours refusé de fixer un seuil d'entrée trop élevé pour pouvoir bénéficier des paiements directs.

Vouloir relever artificiellement le seuil d'entrée ou fixer un montant minimum par exploitation reviendrait à toucher à l'essence même de la multifonctionnalité. Les paysans de montagne, les petits exploitants pratiquant la production intégrée, déjà pénalisés par le peu de rendement, la topographie, l'aridité du sol, le morcellement des terres ou l'absence d'accès, seraient les premières victimes de ce changement de cap. De manière générale, le tourisme serait également le grand perdant de ce désengagement de la Confédération, puisqu'on assisterait à une avance encore plus grande des friches, à un abandon du jardinage, avec pour conséquence une désolation d'un paysage devenu uniforme.

La motion Schwaller exige certes, à juste titre, une réduction des contraintes sur le plan de l'environnement, des mesures vétérinaires ou du domaine de l'aménagement du territoire. Elle évoque avec raison les pertes liées à l'OMC, mais elle se trompe de cible. Le vrai problème de l'agriculture, c'est que les prix à la production ont baissé de 20 pour cent en dix ans, tandis que les prix à la consommation ont augmenté de 10 pour cent.

La motion est une bombe à retardement pouvant mener à une guerre de tranchées entre les branches de production, entre la plaine et la montagne, entre le Plateau et l'Arc alpin. Elle est contraire à l'objectif constitutionnel de l'agriculture, car incompatible avec le principe de la multifonctionnalité. Elle est contraire également au principe de la diversification de l'agriculture - souhaitée par la politique agricole actuelle. Elle est aussi ambiguë, car elle réclame des exploitations bien organisées, satisfaisant aux exigences de productivité, mais en même temps elle sous-entend la mise en place d'une nouvelle bureaucratie. Elle est enfin contraire au principe du découplage des prix et des revenus - adopté également par l'Union européenne.

La motion exige de lier les paiements directs à une exigence de productivité, ce qui est contraire au principe même de l'OMC. C'est en fait un retour à l'ancienne politique agricole, qui a coûté si cher et qui a abouti aux montagnes de beurre, de viande ou de fromage.

En d'autres termes, cette motion s'en prend aux petites exploitations qui, à force de diversification, d'ingéniosité, d'engagement ou de labeur, ont réussi à assurer l'entretien du territoire, le jardinage du paysage, à garantir un habitat décentralisé, et à offrir aussi une activité économique importante, complémentaire au tourisme. Sacrifier dès lors les petites exploitations ne sauvera pas les grandes, qui ne seront jamais totalement compétitives face aux importations, surtout avec l'ouverture aux pays de l'Est.

Il est donc contradictoire et déraisonnable de vouloir en même temps relever la limite des unités de main-d'oeuvre standard et encourager le développement d'activités accessoires pour l'agriculture, telles que l'agrotourisme, la transformation des bâtis, la mise en commun des travaux.

Bref, je suis sûr que cette motion, même si elle soulève des problèmes réels, sera retirée par Monsieur Schwaller, dans sa sagesse.