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Saudan Françoise · Ständerat · 2000-06-07

Saudan Françoise · Ständerat · Genf · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2000-06-07

Wortprotokoll

Je reprendrai les quatre points soulevés par M. Studer. Il est vrai, et c'est incontesté, que les médicaments sont en moyenne plus chers en Suisse qu'à l'étranger. A cela, les contre-arguments sont connus. On peut prendre un autre exemple, Monsieur Studer. On sait pertinemment que si nous voulons acheter une voiture allemande en Suisse, nous la payerons plus cher que si nous allons l'acheter en Espagne et que nous l'importons. Je vous donne cet exemple concret pour vous montrer qu'il y a un lien très étroit entre le niveau de vie d'un pays et les prix exigés en matière de biens et de services.

Un de vos exemples m'a troublée et m'a rappelé une étude que je viens de lire. Il est tout a fait exact que les Suisses consomment en moyenne 30 emballages de médicaments par personne et par année, ce qui veut dire que certains doivent en consommer 60 ou 90, puisque j'en consomme très peu pour ma part. C'est une moyenne inquiétante. Mais je me souviens d'une autre étude que j'ai lue, faite aux Etats-Unis et totalement fiable, qui montre que 47 pour cent des médicaments prescrits ne sont pas consommés. Cette étude tout à fait sérieuse m'a interpellée parce qu'elle a été faite sous l'égide d'une organisation américaine. L'argument est néanmoins vrai, nous l'avons reconnu en commission, et nous soutenons en particulier l'action de l'Office fédéral des assurances sociales et les contacts avec l'industrie pharmaceutique pour arriver, dans notre pays, à une modération dans ce domaine-là, mais sans mettre en danger ladite industrie.

L'initiative, vous l'avez dit très justement avec sa formule "sonnante et trébuchante", peut avoir beaucoup d'attrait pour les citoyens. Mais je me demande si, dans un domaine qui est totalement personnel et irrationnel, cet élément serait vraiment déterminant. En effet, l'initiative intervient quand même, et aussi le contre-projet qui est beaucoup plus modéré, dans un domaine où, comme l'a dit Mme Dreifuss, conseillère fédérale, et je le répète parce que c'est un [PAGE 293] argument qui me semble essentiel, c'est la relation de confiance entre le praticien et son patient qui prime.

J'enchaîne sur votre troisième argument. Vous nous dites qu'il faut remplacer les préparations originales par des médicaments équivalents. Je n'en suis pas sûr, Monsieur Studer, parce que seul le médecin connaît exactement l'état de santé de son patient. C'est donc au médecin ou par d'autres moyens qu'il faut arriver à une prise de conscience. D'ailleurs, certains médecins se sont exprimés et ont dit que la force de l'habitude est très souvent un frein à la prescription, soit de génériques, soit de médicaments meilleur marché. Pour des raisons de sécurité et parce que je pense que si nous arrivions à renforcer la relation de confiance entre le médecin et le patient, c'est à ce niveau-là et en rendant les médecins conscients des enjeux à terme pour notre système de santé qu'on pourrait certainement obtenir une action plus efficace.

Concernant votre dernier argument, les chances de succès de l'initiative, j'ai moins d'inquiétude que vous pour les raisons que je viens d'indiquer, mais je ne peux pas rejeter votre argument, parce qu'il y a un risque potentiel. Dans ce domaine, vous le savez, il y a une espèce de croyance populaire qui dit que plus c'est cher mieux c'est, et que le dernier médicament est infiniment plus efficace que les anciens médicaments.

Ce qui me gêne, c'est qu'avec ce type de mesures il y a un effet pervers, en ce sens que les gens qui ont les moyens de s'offrir les dernières spécialités à n'importe quel prix diront: "Moi, que ce soit remboursé ou pas, je veux ce médicament." Ce qui pourrait avoir des conséquences potentielles qui peuvent amener à ce que je crains énormément: une médecine à deux vitesses.

Personnellement, je suis assez contente que le Conseil fédéral se rallie à notre position. Je comprends vos soucis parce que nous les partageons tous. Mais dans ce domaine-là, ce dont nous avons absolument besoin, et Mme Dreifuss, conseillère fédérale, va peut-être dire que je me répète, c'est d'une stratégie globale en matière de maîtrise des coûts de la santé, et non pas de mesures ponctuelles dont on attend monts et merveilles et qui, en définitive, j'en suis persuadée, ne porteront pas les fruits que nous attendons d'elles.