Lexipedia

Darbellay Christophe · Nationalrat · 2005-06-13

Darbellay Christophe · Nationalrat · Wallis · Christlichdemokratische Fraktion · 2005-06-13

Wortprotokoll

Nous quittons la province d'Oskar Freysinger, Taïwan, pour la Chine, à savoir la République populaire de Chine. La proposition que je fais ici revient presque à enfoncer une porte ouverte. Elle consiste à autoriser les touristes chinois porteurs d'un visa Schengen, qui visitent pour la première fois la Suisse, à entrer sans visa spécifique en Suisse, hormis donc le visa Schengen. C'est un vieux "postulat" des milieux du tourisme suisse, qui le soutiennent; c'est dans le cas présent une motion cosignée par 25 parlementaires toutes tendances confondues, de la droite à la gauche.

Lorsque j'ai déposé cette motion, le contexte était un petit peu différent de celui d'aujourd'hui puisque nous venons d'adopter les accords bilatéraux d'association de la Suisse à l'Espace Schengen et à l'Espace Dublin. Ma motion ne porte pas sur l'entier de cette association, c'est un petit élément; c'est une proposition qui, même si elle est un élément isolé, nous permet de faire un premier pas dans une direction qui nous permette de développer notre marché, pour le tourisme suisse.

Cette proposition donnerait un coup de pouce bienvenu au secteur touristique, un secteur qui est cher à l'économie suisse puisqu'il représente le 4 pour cent de notre produit intérieur brut, mais qu'il va jusqu'à représenter le 80 pour cent du produit intérieur brut de certaines régions et communes de montagne. Nous étions, en 1950, la cinquième destination mondiale pour le tourisme, nous sommes aujourd'hui la vingt-deuxième et nous devons faire en sorte que, demain, nous nous rapprochions du haut du classement.

Les touristes chinois représentent un potentiel économique important. Ce sont des touristes qui dépensent plus que la moyenne; ce sont 300 millions de personnes aujourd'hui - beaucoup plus demain -, qui ont un pouvoir d'achat élevé. [PAGE 776]

Enfin, la Suisse est la destination la plus internationale des Alpes; elle est par exemple trois fois plus demandée que l'Autriche par les touristes d'outre-mer.

Pourquoi se priver de ce potentiel en maintenant des obstacles administratifs outranciers, avec ces deux visas - un visa Schengen, un visa suisse -, avec un prix de voyage qui prend l'ascenseur? Maintenir ces barrières, c'est faire en sorte que les touristes évitent la Suisse. Nous devons reprendre place dans le marché mondial du tourisme, marché qui croît de 4 pour cent par année, d'un peu moins de 2 pour cent en Suisse, mais de 8 à 10 pour cent lorsqu'il s'agit de pays comme la Chine.

Je ne demande ici rien d'autre que l'application intelligente des bases légales que nous avons, comme cela a été fait par le Conseil fédéral depuis l'an 2000, par exemple, avec l'adoption du visa Schengen pour tous les touristes en provenance de Thaïlande et du golfe Persique. Cette simple décision, qui date maintenant de cinq ans, a permis un afflux de ces touristes, qu'il s'agisse de personnes venues pour le tourisme de délassement ou pour le tourisme d'affaires.

Nous voulons aussi renforcer les effets de l'accord que nous avons, puisque la Suisse est aujourd'hui une destination approuvée par les tours opérateurs chinois. Donc je ne comprends pas très bien, dans ce contexte positif, la réponse catégorique et sans nuance du Conseil fédéral.

Nous venons d'adopter l'association aux accords de Schengen et de Dublin, et le Conseil fédéral nous disait dans sa réponse, il y a bientôt une année maintenant, que, pour des motifs de sécurité et de politique migratoire, il refusait cette motion. Il n'entrait pas en matière parce qu'il y a des triades, parce qu'il y a des passeurs, parce qu'il y aurait de la criminalité non maîtrisée si l'on acceptait cette motion.

Mais enfin, c'est un argument que l'on n'a jamais entendu de la part du Conseil fédéral pendant toute la campagne sur Schengen/Dublin. Et là, lorsqu'on parle d'un petit élément qui permettrait à un secteur qui en a bien besoin d'avancer et de progresser, il s'y oppose.

La crainte de la criminalité engendrée par des pseudo-touristes venant de Chine, comme l'a justement dit mon collègue Oskar Freysinger, n'est pas justifiée. On croit rêver en lisant la réponse du Conseil fédéral, au lendemain de l'adoption de l'association aux accords de Schengen/Dublin qu'il a pourtant fortement soutenue.

Alors je me demande ce qui s'oppose encore à l'adoption de cette motion, ne serait-ce que d'ici l'entrée en vigueur en 2008 des accords de Schengen/Dublin, et je pense qu'on peut voter sans arrière-pensée ce genre de proposition, qu'on soit pour ou contre Schengen. Si on est contre Schengen, il y a évidemment, d'un côté, l'argument de l'autonomie, de la souveraineté d'un pays qui décide ce qu'il veut et ce qu'il ne veut pas et, de l'autre, la constatation qui revient à dire pourquoi se priver du premier pas en direction d'un accord que le peuple a de toute manière accepté.

Je vous invite - même si c'est pour le baroud d'honneur - à accepter cette motion, puisque à mon sens aucun élément fondamental ne s'y oppose.