Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · 2005-06-16
Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2005-06-16
Wortprotokoll
Je parle au nom d'une forte minorité du groupe socialiste.
Vous avez certainement entendu parler du petit Valentin, né en France en 2000 grâce au diagnostic préimplantatoire, après trois enfants mort-nés. Dans notre pays, c'est notamment pour éviter la tragédie humaine vécue par les parents de ce petit garçon que la loi autorise la procréation médicalement assistée dans les cas où "le risque de transmission d'une maladie grave et incurable aux descendants ne peut être écarté d'une autre manière" (art. 5 al. 1 let. b LPMA).
En revanche, après des débats houleux et grâce à de très faibles majorités, le diagnostic préimplantatoire continue d'être interdit, d'où une situation qui est loin d'être satisfaisante. Imaginez un couple qui se saurait porteur d'une maladie héréditaire grave et qui souhaiterait avoir recours à la procréation médicalement assistée, afin de minimiser les risques de transmission de la maladie. On expliquera aux futurs parents qu'ils ont le droit de procéder à une fécondation in vitro, mais que cela ne leur servira à rien, puisqu'il est interdit de prélever les cellules sur les embryons à des fins d'analyse avant de les implanter dans l'utérus. A la découverte de ce paradoxe, notre couple sera placé devant un choix pour le moins cornélien. Première alternative: faire un enfant de façon naturelle, se soumettre à un diagnostic prénatal - qui, lui, est autorisé - et le cas échéant se résoudre à une interruption de grossesse. Seconde alternative: opter pour l'illégalité ou, si le couple en a les moyens, se rendre dans un des nombreux pays d'Europe qui autorisent le diagnostic préimplantatoire, parfois par défaut, en l'absence de conditions légales spécifiques, avec tous les dangers que cela implique.
On pourra toujours tenter d'apaiser les futurs parents en leur expliquant que la loi suisse autorise les analyses génétiques sur le foetus, mais les interdit à un stade de développement antérieur, ce qui, du point de vue éthique, dont se réclament souvent les adversaires du DPI, semble pour le moins contestable. Ces mêmes adversaires craignent surtout que le DPI n'ouvre toute grande la porte à l'eugénisme, en permettant de fabriquer des enfants sur mesure, dont on commanderait le sexe ou la couleur des yeux. Mais la loi suisse limite précisément la procréation médicalement assistée aux cas de risques graves. Il serait donc impossible d'étendre le DPI à la sélection de caractéristiques personnelles.
Certains et certaines craignent aussi que cette technique ne renforce l'intolérance envers les personnes handicapées. Rappelons que le DPI ne pourrait s'appliquer qu'en cas de risques connus de maladies à l'issue souvent fatale. Il ne sera ni possible ni souhaitable d'éliminer tous les handicaps.
De plus, la médecine est faite de deux pôles complémentaires: la thérapie et la prévention. Le DPI présente un grand intérêt sur le plan de la prévention. De telles techniques n'excluent pas, bien au contraire, le développement de moyens thérapeutiques pour faire face à ces maladies et la lutte contre l'intolérance envers toutes les formes de différences.
Il est donc doublement nécessaire d'autoriser le DPI: d'abord, parce que la situation actuelle est juridiquement absurde et intenable pour les parents en devenir qui sont porteurs de graves maladies génétiquement transmissibles; ensuite, parce que les dérives eugéniques vers l'humain parfait seront mieux contenues et limitées par une législation claire qui pose des conditions strictes.
Je vous invite à accepter la motion demandant l'autorisation du DPI en vous rappelant, comme le disait notre secrétaire d'Etat à l'éducation et à la recherche, Charles Kleiber, au lendemain de la votation sur les cellules souches, que "la population préfère des garde-fous à des interdits".