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Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2005-12-08

Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2005-12-08

Wortprotokoll

J'aimerais tout d'abord dire à Monsieur Rime que, bien que venant d'un canton à dominante catholique, je me sens tout à fait à l'aise pour parler de ce sujet aujourd'hui, car chez nous l'Immaculée Conception n'est pas un jour férié. Il est vrai que nous en avons d'autres, en particulier le 1er mai.

Je pense que pour comprendre les enjeux de cette affaire, il faut revenir sur la votation du 27 novembre dernier. Les partisans d'une ouverture de tous les magasins situés dans les gares et les aéroports l'ont certes emporté. Mais leur victoire n'a tenu qu'à un fil, 23 000 voix, de sorte que nous sommes pratiquement en présence d'un pat. En effet, il aurait suffi que 12 000 citoyennes et citoyens changent d'avis pour que le résultat soit inversé.

L'excellent résultat des opposants à ce projet s'explique bien sûr par l'engagement des syndicats et de la gauche dans la campagne. Mais les adversaires de ce projet se sont recrutés également dans des cercles beaucoup plus larges que l'électorat de la gauche. J'en veux notamment pour preuve que les cantons à dominante catholique, qui sont autant de fiefs du Parti démocrate-chrétien, ont massivement voté contre cette extension du travail dominical. Cela montre de manière incontestable que les Eglises ont pesé d'un poids certain dans ce résultat.

Pour ne prendre qu'un exemple, la gauche jurassienne représente grosso modo un tiers de l'électorat de mon canton. Or, ce sont près de 80 pour cent des Jurassiens et des Jurassiennes qui ont voté non le 27 novembre dernier, résultat dont je suis spécialement fier. Il s'est même trouvé une commune d'Ajoie, Damvant, dont les 100 pour cent des votants ont rejeté ce projet. Or, dans cette commune, les socialistes se comptent sur les doigts des deux mains.

Tous ces exemples montrent que, pour une partie très importante de l'électorat, et bien au-delà de la gauche, le dimanche doit rester un jour différent, réservé à la famille, à la méditation, aux loisirs, au sport et à la culture.

Ce constat est d'autant plus intéressant que la défense du dimanche s'est manifestée sur un projet qui concernait le travail du dimanche dans un périmètre très limité, celui des grandes gares et des aéroports. Autant dire que ce réflexe se manifesterait de manière encore plus accentuée face à une généralisation du travail du dimanche, ce qui est une première raison de rejeter la motion qui nous est proposée.

Mais cette généralisation de l'ouverture dominicale doit aussi être rejetée parce qu'elle ne correspond à aucun besoin, ni économique, ni social, et qu'il n'y a aucune revendication de la part de la branche concernée. Les petits commerçants s'y opposent catégoriquement; Coop ne pense pas à une ouverture généralisée le dimanche; Migros a certes soutenu la loi soumise au vote le 27 novembre dernier, mais rien que cela. De l'autre côté de la barrière, si l'on peut dire, les consommateurs ne souhaitent pas non plus une ouverture généralisée le dimanche, comme en témoigne notamment une lettre qui vous a été adressée par la Fédération romande des consommateurs.

Je pense aussi que, par rapport à ce qu'ont dit les rapporteurs, il faut être nuancé dans l'analyse du vote du 27 novembre dernier. Il est vrai qu'il y a une opposition entre les grands centres, les grandes agglomérations et les régions rurales ou semi-urbaines, mais je crois que l'analyse doit aussi être beaucoup plus fine, car on constate des différences à l'intérieur même de ces zones, entre celles qui sont plus riches et celles qui le sont moins. Cela confirme ce que l'on savait déjà par les sondages avant la votation: plus le revenu est faible, plus l'opposition à ce projet a été importante.

Dès lors, en raison du oui si étriqué du 27 novembre; en raison aussi du fait qu'une ouverture généralisée des magasins ne répond à aucun besoin, ni pour les commerçants, ni pour les consommateurs; et en raison enfin du fait qu'une telle généralisation porterait atteinte à la vie sociale et à la santé, la minorité vous recommande de rejeter cette motion du Conseil des Etats (CER-CE).