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Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 1999-12-20

Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 1999-12-20

Wortprotokoll

Les affaires Adtranz et Alusuisse ne sont que la pointe de l'iceberg, les opérations les plus spectaculaires de démantèlement de la place industrielle suisse. Ailleurs, d'autres travailleurs sont en train de payer pour les erreurs d'un patronat qui n'a pas assez investi dans la recherche et dans l'innovation, pour le manque de responsabilité sociale de dirigeants d'entreprise qui ne pensent qu'à des gains boursiers rapides et importants, ou encore pour l'absence d'une véritable politique industrielle.

La semaine dernière, Monsieur le Conseiller fédéral, vous avez déclaré que la transition d'une économie majoritairement industrielle vers une économie axée avant tout sur le tertiaire était une tendance lourde, qu'une politique de maintien des branches en difficulté se révélait contreproductive et que la tertiairisation de l'économie se traduisait par une création nette d'emplois. Cette analyse n'est pas complètement fausse, et je n'ai jamais prétendu qu'il fallait maintenir à tout prix des secteurs au bord du gouffre, comme d'autres pays l'ont fait avec les mines ou la sidérurgie. Néanmoins, votre analyse doit être corrigée sur trois points:

1. La tertiairisation de l'économie ne doit pas conduire à un abandon du secteur industriel. Une telle attitude serait suicidaire non seulement pour l'industrie, mais aussi pour les services, qui ne peuvent pas vivre sans base industrielle. Un largage de l'industrie se traduirait par la disparition d'un savoir-faire qui a contribué à la renommée de la Suisse dans le monde.

2. Un abandon de l'industrie accroîtrait la concentration des richesses dans les grandes agglomérations. Or, les régions périphériques ne pourront jamais rivaliser avec Zurich, Bâle ou Berne dans le tertiaire haut de gamme, celui qui est le plus productif. Pour ces régions-là, le maintien ou non d'un secteur industriel dynamique est une question de vie ou de mort.

3. Je vous pose ici une devinette, Monsieur le Conseiller fédéral: quel est le pays qui, depuis deux ans, commence à résorber sérieusement un chômage important? Quel est le pays qui flirte avec une croissance économique de 3 pour cent et qui pourra atteindre 3,5 pour cent en 2000, alors que nous en sommes à 1,8 pour cent? Quel est le pays où ont été créés deux tiers des emplois qui ont vu le jour ces deux dernières années en Europe? Eh bien, ce pays, c'est la France, c'est-à-dire le pays dirigé par notre camarade et ami Lionel Jospin, c'est-à-dire le pays qui pratique la politique la plus volontariste de toute l'Europe occidentale au service de la croissance et de l'emploi.

Monsieur le Conseiller fédéral, je ne vous demande pas d'imiter cette politique de A jusqu'à Z; je vous demande d'admettre que, dans certaines circonstances, l'Etat peut jouer un rôle pour contribuer au maintien de l'emploi. C'est le cas de l'affaire Adtranz, puisque le matériel roulant produit par cette firme est pour l'essentiel vendu à des entreprises à caractère public. En l'espèce, les autorités de ce pays ont non seulement l'obligation morale, mais encore la possibilité concrète de déclencher un processus capable de sauver Adtranz et ses 710 emplois, et cela, d'autant plus qu'une entreprise de transport ne change pas de train inclinable ou de voitures comme on change de marque de chaussettes ou de producteur de fendant.

Enfin, comme bien d'autres, le cas Adtranz montre que la protection contre les licenciements est insuffisante dans notre pays; le même raisonnement s'applique au droit de participation des travailleurs. Car il est évident que si les [PAGE 2573] dirigeants d'Adtranz ont décidé de supprimer les sites de Pratteln et d'Oerlikon alors qu'ils sont rentables, c'est parce qu'il est plus facile de licencier en Suisse que dans la plupart des autres pays européens. Ils l'ont d'ailleurs admis eux-mêmes, comme l'avaient fait les dirigeants de Compaq lorsque ceux-ci avaient racheté puis transféré Digital de Genève à Munich. Il convient donc d'adapter le droit suisse aux directives de l'Union européenne sur les licenciements collectifs, les rachats et les transferts d'entreprises et de renforcer les droits de participation des salariés en cas de suppressions de sites de production et de délocalisations.

Sur ce point, Monsieur le Conseiller fédéral, je note tout de même avec satisfaction que, dans votre réponse écrite, vous faites un pas en direction de l'initiative parlementaire 99.422 que j'ai déposée s'agissant du renforcement de la participation dans les cas de suppressions de sites et de délocalisations. Mais, pour que ce soit véritablement un cadeau de Noël, il faudra encore que ces déclarations se traduisent par des actes.