Amgwerd Madeleine · Ständerat · 2005-12-13
Amgwerd Madeleine · Ständerat · Jura · Christlichdemokratische Fraktion · 2005-12-13
Wortprotokoll
Le sujet qui nous occupe est très délicat. Il a trait aux valeurs, à la vie, à son respect et à sa dignité. J'aimerais insister sur trois éléments.
Premièrement, le diagnostic préimplantatoire (DPI) est intellectuellement, scientifiquement, médicalement possible, mais humainement c'est aller trop loin et trop vite. Ces dernières années, plusieurs lois ont été acceptées par les chambres et ensuite par le peuple, qui touchent au domaine de l'éthique: la loi fédérale sur la procréation médicalement assistée, entrée en vigueur en 2001; la loi fédérale relative à la recherche sur les cellules souches embryonnaires, acceptée par le peuple le 28 novembre 2004. A chaque fois, il a fallu convaincre la population que la recherche permettait d'aller jusque-là et qu'il était judicieux d'accepter le projet. Mais bien souvent la population nous disait ses doutes et son scepticisme d'aller aussi loin dans la recherche. Le "tout-à-la-science" passe de moins en moins dans la population même si chacune, chacun reconnaît que la science et la recherche médicales apportent une amélioration à la santé et des solutions pour guérir les maladies. Cela n'est pas contesté. Mais avec le DPI, on a cette fois vraiment l'impression que le médical et le scientifique priment et l'emportent sur l'humain: c'est le "tout-à-la-science" et le plus vite possible.
Vous le savez le processus de fécondation in vitro est une expérience difficile, psychologiquement très lourde à vivre, où la femme a l'impression d'être un objet médical, un cobaye. Des femmes qui l'ont vécu m'en ont parlé, et elles m'ont dit avoir éprouvé le sentiment d'être juste l'objet d'une expérimentation médicale, sans accompagnement humain, un cas parmi d'autres de technique scientifique, froide et sans âme. En plus de cette expérience où l'on se trouve seule, fragile, fragilisée par cet environnement excessivement scientifique, on voudrait encore ajouter l'expérience du DPI!
Pour la majorité de la population, tout en reconnaissant les apports très positifs de la recherche et de la médecine, il n'est pas judicieux aujourd'hui d'aller au-delà des limites qui viennent d'être fixées en 2001 par la loi sur la procréation médicalement assistée.
Deuxième point, le DPI est une offense à la dignité des personnes handicapées. Le risque d'eugénisme existe et est réel. Même si on a déclaré qu'il faudra fixer des critères stricts quant aux maladies à admettre, cela paraît extrêmement difficile: où mettre la barre? pourquoi accepter telle maladie génétique qui justifie un DPI et pas telle autre? où s'arrêtera-t-on alors?
Je sais que vivre avec un handicap est quelque chose de très lourd et de difficile à vivre pour la personne concernée et pour son entourage. Mais je sais aussi combien de parents d'enfant handicapé disent leur joie de voir leur enfant heureux et reconnaissant. Réduire la vie et sa valeur, sa dignité surtout, aux seuls critères de santé est simpliste et irrespectueux pour toutes celles et tous ceux qui souffrent d'un handicap et aussi pour toutes les personnes qui s'en occupent.
En troisième lieu, quelques mots sur le désir d'enfant: nous vivons dans une société qui veut idéalement des enfants "sains", c'est-à-dire non handicapés. Qu'est-ce que le [PAGE 1127] handicap? Il existe des handicaps visibles, physiques et mentaux, mais il existe aussi des handicaps relationnels, qui peuvent avoir des conséquences difficiles à vivre, bien plus difficiles à vivre qu'un handicap physique. Nombreuses sont les femmes et nombreux sont les couples qui ne peuvent avoir d'enfant. C'est une grande souffrance, et ils renoncent à avoir des enfants ou en adoptent. Lorsque l'on a une maladie génétiquement grave, qui risque de mettre en danger la vie d'un enfant à naître, faut-il donner la vie? Faut-il prendre ce risque? Si oui, pourquoi le prend-on? pour répondre à son besoin d'enfant? ou le fait-on vraiment seulement pour l'enfant, avec le risque de le voir lui aussi gravement malade? J'ai eu la chance et le privilège d'avoir des enfants, mais je suis persuadée que si j'avais été atteinte d'une maladie grave, je n'aurais pas pris le risque de mettre au monde un enfant à qui j'aurais transmis cette maladie.
Le désir d'enfant de l'adulte doit, de mon point de vue, être limité par le bien-être de l'enfant, pour que celui-ci ne doive pas supporter toute sa vie ce poids transmis par un parent qui voulait avant tout avoir un enfant.
Pour ces quelques éléments et d'autres qui ont été évoqués, je vous demande de rejeter la motion.