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Ory Gisèle · Ständerat · 2005-12-15

Ory Gisèle · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2005-12-15

Wortprotokoll

Une chose est claire pour moi: je veux qu'à terme, les musées suisses puissent entrer dans le troisième cercle et acquérir une certaine indépendance. Je suis donc favorable à la création d'une fondation Musée national suisse. Cela aura certes bien des avantages qu'il ne faut pas négliger: indépendance, souplesse, adaptation au marché, possibilité de mettre à contribution davantage de fonds privés que jusqu'à maintenant.

Cependant, avant que nous n'en arrivions à une telle issue, le chemin à parcourir est encore long et un certain nombre de défauts graves sont à corriger. Si l'on veut faire une véritable politique des musées suisses, il faut reprendre le dossier à la base, poser tous les problèmes sur la table et les résoudre. La commission en a identifié plusieurs: les principaux touchent la cohérence, les finances, l'organisation et la gestion. Si nous créons la fondation sans avoir résolu ces problèmes, nous ne ferons que les aggraver. Je n'en relèverai ici que quelques-uns qui me semblent déterminants.

Le premier, c'est l'incohérence des différents musées soutenus par la Confédération. Cette incohérence est historique: les musées ont souvent été créés par des personnes privées et ensuite légués à la Confédération qui a accepté ces dons souvent prestigieux et qui doit aujourd'hui les gérer comme un ensemble disparate par les sujets, la taille, le style, les départements et les offices concernés. La Confédération gère quinze musées dont seulement huit font partie du Musée national suisse. Elle contribue en outre régulièrement aux frais de huit autres musées. On ne peut pas parler pour le moment d'un concept muséologique cohérent. Cette répartition doit être intégrée dans une stratégie fédérale claire en matière de musées.

Le deuxième problème, c'est le financement des musées, qui est très lourd. L'argent manque souvent aux collectivités publiques pour assumer l'entretien, la mise en valeur des collections et les expositions. Nous ne pouvons pas tout faire, il faut optimiser l'utilisation des contributions fédérales en fixant des priorités claires.

Le troisième problème, c'est que les contributions de la Confédération sont très inégalement réparties entre les régions linguistiques: la Suisse alémanique se taille la part du lion. Cette inégalité de traitement doit faire l'objet d'une évaluation et d'une correction.

Créer une fondation dans les conditions dans lesquelles nous sommes aujourd'hui est donc prématuré. Bien sûr, le processus sera un peu retardé, cependant le Conseil fédéral nous a promis de nous soumettre un nouveau message jusqu'en mars 2007. Ce message devra tenir compte de l'ensemble des quinze musées soutenus aujourd'hui par les différents départements de la Confédération, et non plus seulement des huit musées qui sont actuellement membres du Musée national suisse.

Je comprends le souci du Musée national de Zurich, qui craint d'être freiné dans son agrandissement, dans son développement, par de nouveaux atermoiements et qui aimerait que l'on crée la fondation immédiatement. En fait, cette [PAGE 1211] crainte me paraît injustifiée. Le dossier de l'agrandissement du musée de Zurich ne dépend pas directement de la création de la fondation. Actuellement, ce dossier est déposé et fait l'objet d'une évaluation du Conseil d'Etat zurichois, Madame Amgwerd l'a évoqué tout à l'heure. Dès que cette procédure sera réglée, il faudra encore trouver l'argent nécessaire à cette transformation et là, avec ou sans fondation, ce sera très difficile, car la somme est faramineuse. Même si l'extension du musée de Zurich est souhaitable et que l'on peut dire que c'est un bon projet, il faudra là relever un véritable défi.

Je me pose encore une autre question: la fondation devrait-elle vraiment avoir son siège à Zurich? J'ai été active dans diverses fondations et j'ai fait l'expérience qu'un siège à Zurich est un réel désavantage pour une fondation dont la portée est nationale. Il est difficile de trouver des Romands pour siéger dans les organes dirigeants et l'équilibre fédéral ne peut pas toujours être assuré. Tôt ou tard, cela mène à des incompréhensions et des conflits, malgré toute la bonne volonté que l'on veut y mettre. Les difficultés actuelles et certaines prises de position que nous avons eues ces derniers temps en témoignent clairement.

Je vous prie donc de renvoyer le message du 22 novembre 2002 au Conseil fédéral pour un nouvel examen et la mise en place d'une politique des musées suisses sur la base du rapport du DFI.