Brunschwig Graf Martine · Nationalrat · 2006-03-14
Brunschwig Graf Martine · Nationalrat · Genf · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2006-03-14
Wortprotokoll
Nous nous prononçons aujourd'hui sur un projet d'arrêté fédéral qui date du 29 novembre 2002 et je me vois contrainte, au nom de la Commission de la science, de l'éducation et de la culture unanime, de vous recommander le renvoi du projet au Conseil fédéral. Nous suivrions ainsi au Conseil national la décision du Conseil des Etats. [PAGE 207]
Contrairement aux apparences, il s'agit d'une décision raisonnable pour toutes celles et ceux qui souhaitent une véritable politique pour la Suisse en matière de musées d'importance nationale.
Le Conseil des Etats aura pris son temps pour traiter le sujet. On peut le déplorer, mais on peut saluer aussi, comme l'a fait notre commission, le fait que ce temps aura permis au Conseil fédéral - au Département fédéral de l'intérieur en l'occurrence - de préciser les grandes lignes de sa politique en la matière.
La commission a donc opté pour le renvoi, mais pas aux calendes grecques. La décision de renvoi exige aussi du gouvernement de soumettre au Parlement, d'ici la mi-2007, un message définissant une politique muséale respectueuse du patrimoine à conserver et à valoriser, d'une part, tout en étant dynamique et accessible au public, d'autre part. Ces deux aspects sont importants et le devoir de conservation, de collection, de recherche et de transmission ne doit pas être sous-estimé.
Dans le même temps, chacun sait qu'un musée sans public meurt aussi à petit feu. Des efforts d'ouverture, de communication et de modernisation dans l'approche muséographique sont donc indispensables. Les musées de la Confédération doivent faire partie du troisième cercle en termes de gestion publique. Il importe de leur donner une grande autonomie et il est aussi nécessaire de veiller à ce que la gouvernance mise en place respecte la liberté d'action et de manoeuvre des différentes entités, tout en assurant la coordination et le contrôle adéquat. Il faudra donc éviter toute bureaucratisation et bien distinguer les fonctions stratégique et opérationnelle.
Le Musée national suisse ne se réduit pas aux institutions zurichoises. Le Musée national de Prangins recèle une part importante des trésors de mémoire de notre histoire. Il doit bénéficier d'une certaine liberté de manoeuvre pour être efficace, et ce n'est pas le seul. On le voit, la gouvernance constitue un point crucial. Combien de musées doivent-ils faire partie du concept des musées de la Confédération? Seule une politique clairement définie permettra de le déterminer. Quelle est la meilleure forme juridique à adopter? Ceci dépendra essentiellement de la forme de gouvernance, mais le statut retenu devra impérativement, je l'ai dit, garantir l'autonomie du troisième cercle et favoriser aussi les contributions de tiers.
Les membres de la commission sont convaincus de la nécessité d'agir relativement rapidement, mais ils souhaitent aussi que cela se fasse dans la cohérence. La commission recommande donc le renvoi, mais elle ne s'arrête pas là: elle vous demande aussi d'adopter une motion, acceptée par 19 voix contre 4 et 1 abstention. Rien ne sert en effet de développer une politique active et efficace à l'égard du Musée national si celui-ci ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour remplir son office.
C'est la raison de la motion 06.3017, "Message spécial relatif à l'agrandissement du Musée national". Par cette motion, la CSEC-CN demande au Conseil fédéral de "soumettre au Parlement, d'ici à 2008 au plus tard, un message concernant l'agrandissement du Musée national de Zurich - y compris son aménagement - sur la base des travaux préliminaires accomplis à ce jour et du projet de construction résultant d'un concours international". La motion précise en outre que "des représentants des divers sites seront intégrés dans l'élaboration de ce message" et que "les processus seront conçus de manière à faciliter la collecte de fonds externes". Il s'agira enfin de coordonner le message en question avec le message concernant la nouvelle entité juridique.
La Confédération doit poursuivre ses efforts d'assainissement budgétaire. Elle ne peut ignorer pour autant que le fait de ne pas investir coûte parfois davantage que ce que l'on dépense. C'est sans doute ce qui se passerait si les travaux d'extension du bâtiment principal du Musée national à Zurich étaient fortement retardés dans leur réalisation. Le Conseil d'Etat zurichois a donné son soutien au projet et le tribunal administratif cantonal vient de refuser le dernier recours. Désormais, les derniers obstacles sont tombés.
Une extension du musée a pour objectif de pouvoir valoriser les collections. En créant le musée en 1898, on avait considérablement sous-estimé les besoins en locaux et la pénurie n'a fait qu'empirer. Aujourd'hui, il existe une sérieuse chance d'augmenter le nombre de visiteurs, les recettes qui en découlent et d'attirer des moyens financiers extérieurs, sans compter les contributions du canton et de la ville. Mais pour cela, il faut d'abord construire.
Monsieur Kaspar Villiger, alors président de la Confédération, avait apporté son soutien au projet d'extension, comme l'a rappelé notre collègue Müller-Hemmi tout à l'heure. Il soulignait alors la nécessité de réaliser le projet sitôt les dernières barrières juridiques levées. Aujourd'hui, c'est chose faite.
C'est pourquoi la commission vous demande à la fois de voter le renvoi du projet d'arrêté fédéral au Conseil fédéral et d'adopter la motion pour une extension du Musée national à Zurich.