Vanek Pierre · Nationalrat · 2006-03-23
Vanek Pierre · Nationalrat · Genf · Fraktionslos · 2006-03-23
Wortprotokoll
Les enjeux à long terme de la catastrophe climatique en marche sont énormes. Ils mettent en jeu la nature et les conditions d'existence non pas seulement en Suisse, mais pour toute l'humanité. Ceux et celles qui en paieront en premier le prix sont les populations les plus pauvres du Sud dont les conditions de vie - ou de survie, devrais-je dire - sont déjà aggravées chaque jour par le "business as usual" du capitalisme mondialisé et prédateur.
Vous le savez, selon l'IPCC, une réduction de 60 pour cent au moins des émissions de gaz à effet de serre est nécessaire d'ici 2050 afin d'empêcher un dérèglement climatique majeur aux conséquences incalculables, et on n'en prend pas le chemin. Ces changements climatiques menacent de soumettre, dans les années à venir, des centaines de millions d'êtres humains aux périls découlant de la montée du niveau des mers, de l'extension de certaines maladies, de la baisse de la productivité agricole dans de nombreuses régions, du déclin de la biodiversité et du manque de ressources en eau. On peut prévoir jusqu'à 3 milliards de victimes en 2100 sans politique climatique volontariste.
Dans cette situation, nous pensons que les objectifs mêmes du Protocole de Kyoto sont tout à fait insuffisants pour faire face au danger, d'autant que ces objectifs sont encore amoindris par le refus d'entrer en matière des USA ainsi que par les mécanismes dits de "flexibilité". Ceux-ci risquent d'avoir en plus des effets pervers, tant sur le droit au développement des peuples que sur la biodiversité. Du fait de sa non-ratification par les Etats-Unis et l'Australie, le Protocole de Kyoto, même intégralement respecté par les signataires, aboutirait seulement à réduire les émissions de 1,7 pour cent par an par rapport à l'année de référence pour les pays industrialisés dans leur ensemble.
Par ailleurs, le marché des droits d'émission est une solution à nos yeux particulièrement absurde puisqu'elle va permettre aux pays riches d'acheter aux pays pauvres des droits de polluer et de faire ainsi l'inverse de ce qu'il faudrait faire, soit de donner les moyens aux pays pauvres de se développer sans trop polluer. La redistribution devrait donc aller en sens inverse. Nous sommes convaincus que le monde n'est pas une marchandise, comme le disent les altermondialistes, et que ce n'est pas l'extension sans rivages du marché qui apportera la solution.
Pour être efficaces, les mesures à prendre devraient toucher d'emblée à l'organisation même de la production. Réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre implique une réorganisation du secteur de l'énergie mais aussi de celui des transports, et donc du commerce mondial, et donc de l'agriculture - plus paysanne et moins industrielle -, et donc de la politique urbaine et de l'aménagement du territoire. Il ne s'agit pas ici de l'enchaînement d'une litanie maximaliste. On ne modifiera pas radicalement la consommation d'énergie, dans le sens exigé, sans s'attaquer conjointement à la question des transports - des marchandises, des personnes entre logement et lieu de travail -, donc à la localisation de la production et au mode de consommation avec la révolution culturelle qui devrait l'accompagner.
Ces mesures d'urgence, qui seraient nécessaires, s'inscrivent dans une logique en rupture avec celle du capitalisme dominant. C'est l'une des particularités de la question climatique, liée à son caractère global, de mettre à nu cette contradiction-là. Il fallait que ce soit dit ici.
Pour en revenir à la décision que nous devons prendre, "A gauche toute!/Links!", comme l'ensemble des organisations de défense de l'environnement, soutient, quelles qu'en soient à nos yeux les limites, qui n'en feront évidemment pas "la" solution, l'entrée en vigueur immédiate de la taxe sur le CO2 frappant les combustibles.
Nous refusons aussi la tarte à la crème du "centime climatique": impôt indirect, antisocial et privé, sans base légale sinon celle qu'on nous invite à bricoler post hoc, ni de contrôle d'ailleurs sur son affectation. S'il faut en effet des investissements sérieux et une politique volontariste dans le domaine des énergies renouvelables et les économies d'énergie, ceux-ci doivent pour nous être financés en particulier par la fiscalité directe. Ce sont aussi des moyens nécessaires à une telle politique, littéralement vitale, je l'ai dit, dont les promoteurs irresponsables de la sous-enchère fiscale actuelle et des cadeaux fiscaux à répétition aux riches privent la collectivité. Cela valait la peine à nos yeux de le rappeler aujourd'hui.