Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · 2000-09-26
Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2000-09-26
Wortprotokoll
Il faut le reconnaître, le programme d'armement 2000 nous est présenté dans une période de transition, qui est toujours une période difficile, parce qu'il y a du flottement, parce que les esprits sont un peu décontenancés et que, en effet, on ne connaît pas encore l'ensemble du projet "Armée XXI": on n'en a que les lignes directrices et on ne connaît pas tout ce qui concerne son application future. Est-ce que, d'ailleurs, Monsieur le Président de la Confédération, les choses auraient pu se dérouler de manière, comment dirais-je, plus rassurante, plus claire, de manière à ce qu'il y ait, dans l'armée comme parmi les citoyens, moins d'interrogations et peut-être moins d'incertitude? C'est possible.
Il n'empêche que l'on en sait assez sur ce que sera cette "Armée XXI" pour être sûrs d'une chose: il faudra qu'elle dispose d'un armement moderne. Et ceux qui, aujourd'hui, notamment en proposant le renvoi, viennent nous dire: "Attendons de savoir ce qu'il en sera d''Armée XXI' avant de songer à voter pour des chars de grenadiers, pour un programme de cette envergure", eh bien ceux-là, véritablement, ou bien n'ont rien voulu entendre ou bien ont quand même des arrière-pensées générales sur ce qui concerne l'armée. En fait, ils sont ou des opposants à l'armée ou des partisans à tout le moins de l'initiative populaire en faveur de la redistribution des dépenses, la "Halbierungs-Initiative". [PAGE 1005] Alors, vous pouvez reprendre toute la continuité de la pensée stratégique depuis quelques années. Vous pouvez reprendre le rapport de la commission Brunner. Vous pouvez reprendre le rapport du Conseil fédéral sur la politique de sécurité de la Suisse. Vous pouvez tout simplement réfléchir, regarder autour de vous, regarder ce qui se passe dans les autres pays. Je le répète: en tout état de cause, avec "Armée XXI", on devra avoir un armement tout à fait à la page.
C'est la raison pour laquelle - et c'est une raison essentielle - il faut, sans hésiter mais avec résolution vis-à-vis de l'opinion publique, voter le programme d'armement 2000.
J'ajouterai d'ailleurs, pour le détail, que ce serait tout de même un peu idiot - reconnaissez-le - d'avoir des chars Leopard, qui sont, eux, modernes et des chars de grenadiers, qui ne peuvent pas accomplir leur mission d'accompagnement du char Léopard parce qu'ils sont, eux, démodés.
Il faut, à la fin, savoir ce que l'on veut. Ou bien on veut une armée crédible, digne de ce nom quant à son armement et à son équipement, ou bien alors, on ne veut qu'une garde municipale pour les manifestations folkloriques et éventuellement pour la protection lors des conférences internationales.
Voilà pourquoi il faut voter le programme d'armement 2000.
Maintenant, j'aimerais encore dire quelque chose à M. Schlüer, peut-être de manière moins agressive que je l'ai fait en commission. Il n'empêche, Monsieur Schlüer, que je ne vois pas quels sont les arguments fondés pour demander, comme vous le faites, une sorte d'expertise extérieure pour pouvoir véritablement savoir si les procédures ont été bien conduites et en toute objectivité. C'est en fait une motion de méfiance vis-à-vis du chef de l'armement, vis-à-vis du département, comme si, au fond, il pourrait y avoir des liens, des accointances, des intérêts réciproques qui auraient pu amener à fausser le choix. Véritablement, ni cette fois-ci, ni les fois précédentes, nous n'avons jamais pensé en commission que ces procédures d'évaluation, qui ont toujours été longues, auraient été faites avec on ne sait quel arbitraire, quelle complaisance ou quelle subjectivité, sans parler - vous n'allez quand même pas jusque-là - de risques de corruption. Je crois que, jusqu'à preuve du contraire, nous n'avons aucune raison de penser que le choix de ce char de grenadiers aurait été fait, je dirais, avec des oeillères. Pas plus d'ailleurs que jadis nous aurions pu penser que le choix de l'avion F/A-18 aurait été fait, lui aussi, à cause de liens personnels entre des officiers et des fabricants américains.
Voyez-vous, malgré ce qui se passe en ce moment, notamment en France, je crois, Monsieur Schlüer, que jusqu'à preuve du contraire cette démocratie, et donc ce Parlement comme organe de notre démocratie, doit reposer sur la confiance. D'ailleurs, je trouve que, vis-à-vis de M. Ogi et de ses collaborateurs, et ça n'est pas la première fois, vous pratiquez quand même une politique de méfiance caractérisée. J'avoue que cela m'étonne. Cela m'étonne sur le plan politique et aussi sur le plan des relations humaines.
Cela étant, il y a aussi l'aspect économique. Alors évidemment, à propos de l'armée, on avance aujourd'hui beaucoup de chiffres sur le coût. Sans doute que le coût de l'armée n'est pas rien. Sans doute faudra-t-il, au moment où l'on discutera de l'initiative populaire, parler de ces chiffres. Combien coûte l'armée à la Suisse? Une armée crédible combien coûtera-t-elle? Mais il n'est quand même pas non plus inutile, et M. Vaudroz l'a souligné tout à l'heure, de dire que, notamment avec ce programme d'armement, on fait aussi marcher une industrie. Cela n'est pas la raison principale pour laquelle nous avons une armée, pour laquelle nous avons un armement. Cela n'est pas pour faire marcher l'économie par des commandes militaires. Mais, dès le moment où ces commandes sont nécessaires, où un programme d'armement est nécessaire, félicitons-nous du fait que, dans diverses régions, y compris - M. Vaudroz l'a dit - en Suisse romande, il y a un intérêt; un intérêt avec l'emploi qui en découle directement quand des entreprises travaillent pour l'armement, quand elles travaillent sous licence ou bien quand il y a des affaires de compensation. Cet aspect économique n'est pas négligeable.
L'essentiel, c'est la justification militaire. "Armée XXI" malgré le flou qui entoure encore sa réalisation, on le sait en tout cas, ne saurait nous amener à ne pas avoir un armement moderne; c'est quelque chose qui s'inscrit dans une continuité. Si vous avez lu le rapport de la commission Brunner, on y parle de la nécessité d'une continuité, de préserver un coeur de compétences, donc de préserver un armement qui soit à la hauteur, par exemple les chars de grenadiers.
Pour toutes ces raisons, je vous demande, malgré les incertitudes qui planent sur cette période de transition, de faire confiance au Conseil fédéral et au chef du département et de voter ce programme d'armement. C'est en tout cas ce que fera sans hésitation le groupe libéral.