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Mugny Patrice · Nationalrat · 2000-09-27

Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2000-09-27

Wortprotokoll

Quand j'entends ce débat, j'ai presque envie de commencer mon intervention en demandant s'il existe en Suisse un péril catholique! Effectivement, on a l'impression que, tout à coup, toute une série d'affaires auraient été terribles s'il n'y avait pas eu cet article. On parle de Coire et, tout à fait, Coire a effectivement défrayé la chronique avec cet article; mais je ne pense pas que la chose aurait été pire sans cet article.

En fait, cette affaire se situe à deux niveaux. Le premier manifestement concerne la perception que l'on peut avoir de l'Eglise catholique romaine, et le second a trait à une inégalité de traitement.

Je vais commencer par le premier niveau. Pour avoir participé durant des années aux activités institutionnelles de l'Eglise catholique, je peux sans hésiter reconnaître que son fonctionnement intellectuel est totalitaire. Heureusement que son pouvoir temporel est aujourd'hui presque insignifiant; il nous évite tout risque d'une véritable oppression. Et ce ne sont pas les derniers événements qui vont infirmer ce jugement: béatification d'un pape autoritaire et antisémite; nouvelle exigence d'exclusion de fait des divorcés remariés; prétention une nouvelle fois à détenir seule la vérité, toute la vérité, en gros, la voie vers le salut. Bref, il faut avouer que, vue de ce point de vue-là, cette Eglise n'a plus grand-chose à voir avec l'Evangile et l'amour de l'autre. Et ce ne sont pas les discours souvent alambiqués ou soumis des autorités ecclésiastiques locales qui sont de nature à nous rassurer.

Cela dit, il faut avouer que l'Eglise catholique romaine, et vous le savez, ne détient pas le monopole de l'arrogance et de l'intolérance. On pourrait même dire que, la plupart du temps, la plupart des religions entraînent malheureusement ce genre d'attitude de rejet de l'autre. Ce qui est bien sûr consternant dans la mesure où les religions et les croyants prétendent en règle générale justement être en lien avec un dieu qui aime les humains. Mais, tant qu'elles respectent les lois et les institutions, l'Etat n'intervient pas dans l'organisation interne des autres communautés religieuses.

J'en arrive au deuxième niveau. Quoi que l'on pense donc de l'Eglise catholique, et je crois avoir exprimé mon opinion, la communauté des catholiques suisses est actuellement la seule communauté de croyants qui n'a pas le droit de décider en Suisse de son organisation. Je connais l'argument selon lequel l'Eglise catholique est aussi un Etat. Mais, justement, la situation actuelle n'empêche pas l'Etat d'avoir ses délégués diplomatiques en Suisse, la nonciature, et donc de défendre ainsi sa politique dans le monde entier, alors que cet article constitutionnel concerne l'organisation spirituelle et sociale des catholiques. Il s'agit d'une véritable discrimination.

Le groupe écologiste vous demande avec détermination de biffer cet article constitutionnel. Je ne dis pas qu'il n'a pas eu sa raison d'être, ça remonte quand même à plus de 120 ans, mais il n'est plus aujourd'hui qu'un résidu d'une autre époque.

Quant à la proposition de remplacer cet article par un autre article de portée plus générale sur les religions, je pense qu'on créerait là un problème, alors que nous vivons, en ce qui concerne les rapports entre l'Etat et les religions, une situation aujourd'hui plutôt sereine.

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