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Recordon Luc · Nationalrat · 2006-06-15

Recordon Luc · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2006-06-15

Wortprotokoll

A l'instar de ma collègue Madame Genner et également au nom du groupe des Verts, je voudrais insister pour que vous n'entriez pas en matière sur ce projet, que je crois assez malvenu.

Vous me verrez ici peut-être prendre un angle d'attaque qui est plus personnel et intervenir en particulier comme formateur d'apprentis, en tant que patron d'apprentissage depuis de nombreuses années. Et pourtant, il s'agit d'un domaine dans lequel les sollicitations ne sont pas forcément les plus rudes: ce n'est pas le difficile domaine, par exemple, des apprentis cuisiniers, c'est celui des apprentis employés de commerce.

J'ai pu constater au fil de mon expérience à quel point les jeunes qui sont en apprentissage en particulier - mais ce n'est pas exclusif - sont soumis à une très forte pression. Ils sont dans un système scolaire, avec un rythme particulier et, tout d'un coup, ils changent vers l'âge de 16 ans pour entrer en apprentissage. Parfois, ils y entrent plus tard, mais ceux qui y entrent à l'âge de 16 ans sont alors sujets à un changement extrêmement important. En effet, ils doivent assumer non seulement une journée complète de travail, selon les horaires normaux de huit heures, ou un peu plus de huit heures par jour, si ce n'est pas une profession particulière, mais en plus ils doivent continuer à assurer un travail de type scolaire. Ils sont en général trois jours sur le lieu de travail et deux jours à suivre des cours. Dans ce type de situation, il reste encore tout le travail - et il est abondant, croyez-moi, s'ils veulent avoir la moindre chance de réussir leur apprentissage - à domicile qui doit être fait pour compléter cela. Et je ne pense pas que tous les employeurs puissent - comme je m'efforce de le faire - encore leur donner du temps sur les trois jours qu'ils passent sur le lieu de travail pour s'y consacrer et aussi pour poser des questions à ce sujet à leur maître d'apprentissage ou aux personnes qui s'y trouvent.

C'est donc une charge extrêmement lourde pour les apprentis, de sorte que je crois qu'il est absolument insensé de vouloir encore permettre un abaissement de l'âge de protection légal, en ce qui concerne le travail de nuit. Cela non seulement pour une question de santé chez ces personnes, qui est évidemment importante, mais aussi pour des questions de réussite de l'apprentissage: nous sommes en effet confrontés à un problème de chômage des jeunes qui est particulièrement important et je ne crois pas que c'est en les mettant sous une pression accrue que nous parviendrons à résoudre quoi que ce soit. Bien au contraire, en leur faisant des conditions de travail beaucoup plus dures en cours d'apprentissage et de formation ou dans leur jeunesse, nous allons les décourager de s'insérer activement sur le marché du travail.

En ce sens - puisque nous sommes en période de Coupe du monde de football -, nous nous marquons un véritable autogoal, à toute la société dans son ensemble, par rapport au traitement de l'insertion et du chômage des jeunes. Et qu'est-ce que cela apporte à l'économie? A peu près rien! A peu près rien de sensible. Cela ne va pas aider à créer davantage d'emplois pour les jeunes, ça va juste décourager certains. A ce titre, je vous invite à réfléchir à ce que nous faisons là et à ne pas vous laisser attirer par une fausse solution; c'est véritablement de cela qu'il s'agit aujourd'hui.

Si vous deviez entrer en matière, à tout le moins - comme cela a été dit -, rabattez-vous sur la proposition qui vous est faite de ne pas péjorer la situation des apprentis. Mais même, malgré tout, pour les jeunes qui ne sont pas en apprentissage, l'essentiel des propos que je viens de vous tenir sont valables et sont absolument cruciaux.

Je vous prie donc de suivre le groupe des Verts sur ce point.