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Recordon Luc · Nationalrat · 2006-10-05

Recordon Luc · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2006-10-05

Wortprotokoll

La formation, en Suisse, c'est notre seule matière première. Cela peut paraître un lieu commun de le dire ici, mais puisque nous avons entendu les voix de l'obscurantisme s'exprimer par la bouche de Monsieur Theophil Pfister tout à l'heure, il me paraît nécessaire de le rappeler et de le dire avec une certaine force et une certaine conviction.

On s'occupe beaucoup de conditions-cadres dans nos débats, ces jours. Nous parlons beaucoup de fiscalité, par exemple, de réduction des impôts, comme si c'était là l'objet essentiel de nos soins et de nos espoirs. Nous parlons parfois aussi - moins souvent - de l'aménagement du territoire. Rappelez-vous l'affaire Amgen, qu'on a souvent citée, qui a capoté et qui a déçu bien du monde: eh bien, elle n'a capoté, contrairement à ce que la plupart des gens devraient être amenés à penser, ni pour des questions d'aménagement du territoire, ni parce que des conditions fiscales insuffisantes auraient existé; la raison majeure - ceux qui ont approché le dossier de près et qui ont discuté avec les décideurs concernés le savent -, c'est qu'il n'y avait pas assez de gens formés dans le domaine de la biologie, que ce soit à un haut niveau ou au niveau des cadres intermédiaires.

Cela jette une lumière assez crue sur l'importance et sur le type de décisions que nous devons prendre aujourd'hui. Nous devons également prendre conscience de l'échelle de temps, de la profondeur de champ: investir aujourd'hui pour récolter demain. Vous me direz que c'est le lot en matière politique, mais, ici plus qu'ailleurs, le temps de réponse, pour parler comme les ingénieurs, est assez long, parce que cela prend du temps de former des gens de haut niveau, de faire aboutir des recherches productives et encore de transférer les résultats dans la pratique, pour que l'économie en bénéficie réellement.

Si l'on prend maintenant l'ampleur des besoins, elle est assez impressionnante. Nous devons permettre aux écoles polytechniques fédérales - et je ne les cite pas par hasard en premier lieu -, aux universités cantonales, aux hautes écoles spécialisées, au Fonds national suisse et à la CTI de faire face à des défis considérables. Ces défis sont d'abord tout simplement numériques, à savoir en nombre d'étudiants qui augmente, pas tant pour des raisons de pure démographie que parce que nous nous réorientons de plus en plus vers une économie du savoir, qui a besoin de forces plus formées et cela à un plus haut niveau. Il y a ensuite le maintien de la qualité: on ne cesse de se gargariser dans notre presse, comme d'un résultat people, des classements dans lesquels apparaissent précisément nos écoles polytechniques, et parfois nos universités, à un haut ou à un très haut niveau. Mais cela ne sort pas de nulle part et n'est pas établi pour l'éternité. Il faut véritablement pour cela continuer à consentir des efforts importants, et même augmenter ces efforts.

Cela a été dit: face à ce genre de défi, les 4,5 pour cent qui ont été adoptés par le Conseil fédéral, c'est du non-gouvernement, c'est une manière de nier l'avenir, de se voiler la face. Les 6 pour cent qui sont proposés par plusieurs des intervenants ici et des groupes qui se sont exprimés, c'est en effet, comme l'a dit Madame Savary, le "minimum minimorum". Descendre en dessous, c'est vouloir en revenir à l'âge des cavernes. Les 6 pour cent, c'est un léger maintien de la modernité.

Ce que nous vous proposons plutôt, c'est de donner un véritable signe et de faire un véritable saut en direction de l'avenir en disant: "Puisque ce pays doit miser sur la formation, sur la recherche et sur l'innovation, il faut véritablement avoir une augmentation en termes réels, qui permette un progrès en termes réels."

C'est la raison pour laquelle le groupe des Verts vous propose un chiffre qui n'a rien de farfelu mais qui, il est vrai, est audacieux, sans témérité, avec une augmentation de 10 pour cent, bien au-dessus des 6 pour cent qui sont demandés.

Il est clair que nous soutiendrons a minima toutes les propositions qui ne représentent pas une régression. Mais nous vous invitons réellement à vous poser la question suivante: "N'est-il pas temps, au lieu de tergiverser, petitement et médiocrement, au lieu de préparer à ce pays un avenir dans la douce décroissance qualitative, de faire un véritable effort?"