Marty Dick · Ständerat · 2006-09-27
Marty Dick · Ständerat · Tessin · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2006-09-27
Wortprotokoll
J'aimerais m'associer aussi bien à toutes celles et tous ceux qui ont exprimé leur admiration pour ce rapport qu'à celles et ceux qui ont exprimé des réserves, voire une perplexité.
En effet, le rapport est excellent; c'est une source d'informations qui nous évite des centaines de recherches sur Google, un instrument pédagogique d'une clarté absolue; c'est ce genre de rapport qu'on laisse sur son pupitre et que l'on consulte en toute occasion. Mais, il est vrai, c'est vainement que l'on cherche une véritable vision politique quant à notre avenir par rapport à ce qui se passe en Europe. Et ce qui se passe en Europe, malgré toutes les critiques, toutes les faiblesses, c'est quand même formidable. Une Europe qui, pendant des siècles, a été parcourue par les frissons dévastateurs de la guerre, cette Europe, à travers des crises, certes, a réussi à s'unir, à créer une monnaie, à créer des standards communs. Je crois que cette dynamique ne s'arrêtera pas; c'est quelque chose qui est en mouvement. Il y aura des crises, certainement - notre pays, à travers ses quelque 700 années d'existence, a aussi connu passablement de crises.
Mais il y a une dynamique européenne qui est en cours et nous devons avoir une vision politique quant à l'avenir de notre pays dans le contexte de cette dynamique. Il n'est certes pas étonnant qu'il n'y ait pas cette vision dans ce rapport, car ce n'est un mystère pour personne qu'au sein même du Conseil fédéral, on n'a pas les mêmes idées sur ce sujet. Et nous savons tous très bien que la majorité du peuple, [PAGE 784] aujourd'hui, n'est pas pour une adhésion; mais est-ce le rôle de la politique de systématiquement dire et de faire semblant de croire ce que la majorité du peuple aimerait en ce moment entendre? Moi, je crois qu'une des fonctions de la politique, c'est aussi d'essayer de faire passer des visions nouvelles sur la base de certaines connaissances, d'une certaine sensibilité que l'on a en étant dans une position particulière, pour avertir des changements qui sont en train de se développer et contribuer ainsi à un changement d'opinion qui, souvent, n'est rien d'autre qu'une prise de conscience de ce qui se passe véritablement.
Le rapport, on l'a souligné, et cela semble être sa plus importante réussite, échappe au dilemme: "Adhésion ou pas?" Il met ainsi en exergue les instruments aptes à faire valoir nos intérêts par rapport à l'Union européenne. C'est habile, mais c'est trompeur. Car, à la fin, on devra toujours se poser la question: "Que va-t-on faire? Va-t-on adhérer ou non?" C'est un dilemme qui va nous accompagner.
Alors, ce qui manque dans ce rapport, c'est le constat de l'extrême fragilité de cette voie bilatérale. Jusqu'à présent, on l'a parcourue avec un remarquable succès, qui est aussi celui de nos diplomates, lesquels ont démontré un savoir-faire peu commun, je dirais même extraordinaire, au cours de ces pourparlers. Mais cela n'ôte rien à la fragilité fondamentale de cette voie et je crois qu'il est de notre responsabilité, de notre devoir, de dire à haute voix que cette voie est très fragile et qu'elle peut même être dangereuse. Comment ne pas voir - et je crois qu'on peut chercher vainement cette affirmation dans le rapport - que l'élargissement de l'Union européenne aux dix nouveaux pays, bientôt à deux autres, ne constitue pas un affaiblissement de la position suisse? C'est un fait incontournable et important. A partir de maintenant, nos rapports avec l'Europe seront beaucoup plus difficiles. Je vous signale que, quand on discute et quand on conclut des traités avec l'Union européenne, ce n'est pas seulement avec Bruxelles. Nous devons passer par les parlements de tous les pays qui doivent approuver ces accords bilatéraux. Je crois que c'est un aspect qui a échappé à beaucoup!
Je crois aussi que l'on met insuffisamment en exergue le fait que le monde a tellement changé que des concepts qui nous sont chers, comme souveraineté et neutralité, prennent dans cette nouvelle constellation géopolitique un sens et une importance complètement différents.
Alors, je remercie encore une fois les auteurs de ce rapport, mais j'aimerais aussi que l'on s'y attarde et que l'on réfléchisse à ce qu'il ne dit pas. Ce que le rapport ne dit pas est important. Cela nous concerne tous, car dès demain cette voie bilatérale pourrait connaître des bouleversements assez importants. Le premier rendez-vous est le 26 novembre prochain.
Si ceux qui croient dans un avenir de la Suisse au sein de l'Union européenne avaient un esprit cynique et déloyal, ils voteraient non, pour mettre finalement ceux qui combattent ce crédit d'un milliard de francs face à leurs responsabilités et leur faire voir à quoi cette politique va conduire.