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Cavalli Franco · Nationalrat · 2000-10-03

Cavalli Franco · Nationalrat · Tessin · Sozialdemokratische Fraktion · 2000-10-03

Wortprotokoll

Nous saluons naturellement le fait que le Conseil fédéral publie ce rapport: il s'agit là d'un thème très important et qui devrait devenir toujours plus important. Mais j'espère, Monsieur le Conseiller fédéral, que vous ne serez pas fâché si mes louanges s'arrêtent ici. Le rapport a beaucoup de faiblesses, des faiblesses très importantes.

La première: il souffre du problème fondamental de notre politique extérieure, qui est le manque de cohérence entre la politique poursuivie par le Département fédéral des affaires étrangères - et notamment par la DDC - et la politique poursuivie par le Département fédéral de l'économie. De la main gauche on essaye de guérir la maladie qu'on donne de la main droite.

Souvenez-vous de la discussion que nous avons eue ici à propos de la loi fédérale sur la promotion des exportations: il y avait là une contradiction fondamentale. Tandis qu'aujourd'hui nous discutons des droits de l'homme, là on a bafoué [PAGE 1098] les droits de l'homme dans la promotion des exportations. Alors, nous pensons qu'il faut éviter que ces rapports restent au niveau du serment du dimanche à l'église, car tout le monde sait qu'il ne sert à rien.

La deuxième faiblesse tient à la vue superficielle: souvent on ne va pas au fond des problèmes, on ne veut pas en voir les causes. Pour nous, il ne fait pas l'ombre d'un doute: il y a beaucoup de droits de l'homme qui ne sont pas cités dans le rapport. Le droit au travail est un droit fondamental de l'homme. Un pays qui a le taux de chômage de 50 ou 60 pour cent ne respecte pas les droits de l'homme. Ceci, il faut le dire clairement. Au même niveau: le droit au logement, le droit à la santé. Un pays comme la Russie, où la durée moyenne de la vie a diminué de sept ans en dix ans, où actuellement, chaque année, il y a un million de morts de plus qu'il y a dix ans; même Staline n'a pas obtenu le même résultat. Déjà seulement pour ça la Russie ne respecte pas les droits de l'homme.

Le troisième point faible découle du fait qu'on est fort avec les faibles: on tape sur certains pays parce qu'ils n'ont pas une grande importance, ou parce que c'est la mode de leur taper dessus, comme avec la Chine, mais on est très timide vis-à-vis des forts. J'ai déjà parlé de l'exemple de la Russie. Prenons un autre aspect du problème: le génocide tchétchène. Est-ce que vous pouvez vous imaginer ce qui se serait passé dans ce pays-là si le génocide avait eu lieu pendant la période de l'Union soviétique? On aurait dû supprimer cette session, et la précédente aussi, car on aurait passé des mois à marcher, à protester, à voter des résolutions. Ici, en Suisse, sur ce génocide on n'a presque rien fait, et c'est un des pires génocides de ce siècle.

Le problème est encore plus grave vis-à-vis du grand frère d'outre-Atlantique. Je pense et je parle, bien entendu, des Etats-Unis d'Amérique, le pays qui prétend être le champion du respect des droits de l'homme, mais qui finalement est un des pays qui bafouent le plus les droits de l'homme. Pensez seulement à quelques problèmes fondamentaux: il n'y a pas le respect des droits fondamentaux syndicaux. On envoie des prisonniers pour éteindre les incendies sur la côte ouest des Etats-Unis: une chose incroyable en l'an 2000! Ou encore: il y a presque 3 millions de personnes dans les prisons aux Etats-Unis. Et avec la peine de mort, nous retrouvons une illustration formidable du problème: il est possible que le gouverneur du Texas, qui a sur la conscience au moins 150 personnes tuées en application de la peine de mort, va devenir président des Etats-Unis. Des caricaturistes ont déjà publié dans les revues de presse le bon mot, en disant: "Ce sera le premier serial killer qui va devenir président des Etats-Unis."

Mais, sur le fond, il y a un problème encore plus grave: tout en exploitant le thème des droits de l'homme, on commet des génocides. Je parle bien entendu de la politique de l'embargo, qui n'a rien à faire, quoi qu'on en dise ici en Suisse aussi, avec le boycott sélectif de certains mécanismes économiques fondamentaux que la gauche avait par exemple prônés contre le régime fasciste d'Afrique du Sud. La politique de l'embargo, c'est le retour au Moyen Age, lorsqu'on assiégeait une ville en essayant de la prendre par la faim et par la soif. C'est exactement la même chose. Les résultats sont aussi les mêmes: en Irak, il y a eu, pendant ces dix dernières années, plus d'un million d'enfants morts à cause de l'embargo économique. C'est vraiment le pire des génocides des dix dernières années. Il est temps que la Suisse fasse quelque chose contre cet embargo. Au Conseil des Etats, M. Marty Dick a aussi demandé que la Suisse arrête de participer à cette politique du génocide en Irak et dans d'autres pays du monde. Autrement, notre rapport n'est alors même plus le serment du dimanche.