Schmied Walter · Nationalrat · 2007-03-08
Schmied Walter · Nationalrat · Bern · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2007-03-08
Wortprotokoll
La politique économique extérieure dépend de deux dimensions, l'une relevant d'une approche purement économique, selon laquelle la Suisse est un partenaire redoutable sur le plan international, et l'autre relevant de considérations moins intéressées, qui aborde le sujet sous un angle plus général, plus philosophique, voire plus déontologique. Le rapport qui nous est soumis remplit sa mission et aborde le problème de fond, cherchant d'abord à comprendre les mécanismes et les chances de développement de l'économie nationale, au vu des possibilités d'exportation. L'intérêt du pays passe avant l'intérêt de partenaires concurrents. On ose le dire: nous ne discutons pas d'un rapport à but philanthropique.
En préambule, nous relèverons que la prospérité de la Suisse repose sur l'ingéniosité de sa population. Faut-il rappeler que notre pays témoigne à l'échelle internationale de la plus grande densité de brevets en fonction du nombre d'habitants? Rien d'étonnant donc si la maxime veut qu'un franc sur deux est gagné à l'étranger, d'où l'importance du rapport en discussion. Le savoir, l'expérience de la classe ouvrière, le goût du risque calculé des entrepreneurs, la persévérance et l'engagement de femmes et d'hommes ont su créer au fil du temps la différence ayant permis à notre pays de se profiler en harmonie et avec zèle sur un terrain fertile, rendu prospère par une paix du travail que d'aucuns nous envient loin à la ronde.
Mais la Suisse, aujourd'hui pays d'exportation par excellence, reste vulnérable. Géographiquement éloignée des marchés en pleine extension, de l'Asie, de la Chine, pays ne bénéficiant d'aucun accès à la mer, topographiquement découpée et conditionnée par de nombreuses zones hostiles et inhabitables, la Suisse connaît un succès qui reste un mystère pour de nombreux experts en matière d'économie.
Il faut s'en souvenir: la Suisse n'a pas toujours été ce qu'elle est. Il suffit pour s'en convaincre de se référer à l'extrême pauvreté de la population au début du siècle dernier. Les secrets des générations qui sont à l'origine de notre succès, de l'établissement de notre tissu commercial et financier sont autant de modèles à privilégier et à suivre. La Suisse se doit de rester aussi bonne pour le moins, meilleure de préférence, que tout autre acteur convoitant les marchés internationaux.
La Suisse subit de profondes restructurations. En simplifiant, nous nous souvenons de la disparition des métiers du tissage. La production des machines-outils arrive juste à tenir la comparaison sur le devant de la scène mondiale, alors que l'horlogerie, elle, affiche des records de ventes, tout comme les secteurs de la chimie et de la finance, voire celui des services. Technologie, innovation, recherche, responsabilité individuelle, tout dépend des conditions-cadres que notre Etat veut bien mettre à disposition de ceux qui cherchent à contribuer au succès collectif.
Si les pays de l'Union européenne et les Etats-Unis, selon le rapport, restent des marchés d'exportation de prédilection pour l'économie suisse, nous devons néanmoins vouer une attention toute particulière aux marchés de pays émergents, tels que le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine: à eux seuls, ces pays représentent près de 40 pour cent de la population mondiale. C'est ce à quoi s'est astreint le Conseil fédéral et plus particulièrement le département compétent lors de l'exercice écoulé, et nous les en félicitons.
Durant l'année dernière, les exportations en biens et services ont nettement progressé, soit de 9 pour cent, cela dans une conjoncture internationale favorable et grâce à un taux de change intéressant du franc face à l'euro. Un tel résultat inspire le respect, voire l'admiration, sachant que la croissance économique mondiale n'a été que de 4,5 pour cent. De surcroît, les perspectives pour 2007 et 2008 sont elles aussi favorables.
Nous saluons donc les efforts entrepris par le département compétent pour renforcer les relations commerciales avec de nombreux partenaires potentiels, notamment avec les pays émergents précités. Mais toujours est-il que le Conseil fédéral et la commission, à l'unanimité de leurs membres, constatent encore l'existence d'un grand potentiel de développement et de collaboration qui reste à ce jour inexploité.
Le moment n'est pas venu pour la Suisse de se reposer sur ses lauriers. Les nombreuses entraves au commerce causent encore et toujours des problèmes inutiles aux entreprises exportatrices et cet état de fait ressort clairement de l'enquête menée auprès des entreprises les plus concernées.
La Suisse s'intéresse donc toujours à la recherche de solutions multilatérales, notamment au niveau de l'OMC, en vue d'harmoniser les chances de l'économie d'exportation. Mais notre pays doit agir surtout au niveau bilatéral pour renforcer ses perspectives. La commission reste perplexe face à la réussite de l'Islande qui vient de réaliser l'exploit de signer un accord de libre-échange avec la Chine. Lors du débat en commission, plusieurs intervenants se demandaient pourquoi la Suisse n'y était pas parvenue. La question est restée sans réponse ou du moins sans réponse satisfaisante. La question nous interpelle d'autant plus qu'il est peu probable que la Chine se soit présentée à l'Islande en position de demandeur unilatéral.
Parmi ses priorités, la Suisse privilégie la conclusion d'un accord de libre-échange avec le Japon. Récemment il a été décidé d'un commun accord entre les deux pays d'engager [PAGE 116] des négociations à cette fin. Pour la Suisse, le Japon est le troisième partenaire en importance après l'Union européenne et les Etats-Unis. Si un tel accord global aboutissait, il s'agirait bien du premier accord préférentiel que le Japon conclurait avec un pays du continent européen. Madame la conseillère fédérale Leuthard, je vous souhaite bonne chance dans l'accomplissement de votre mission.
Des efforts doivent donc être consentis afin que notre économie soit au mieux de sa forme. Celle-ci reste cependant vulnérable, car rien n'est acquis sur la durée. La question n'est pas de savoir si les solutions recherchées passent plutôt par les négociations bilatérales ou multilatérales, car tout doit être entrepris simultanément dans l'intérêt bien compris du pays.
En conclusion, nous retiendrons les grands mérites de ce rapport sur la politique économique extérieure 2006 et, au nom de la commission, j'en remercie les auteurs. Le rapport est volumineux, il aborde une large palette de problèmes avec rigueur et de façon systématique. Toutefois, il serait plus autocritique encore s'il était complété d'un petit chapitre courageux reprenant et indiquant les manquements de notre pays.
En marge de la discussion, il a été relevé par un membre de la commission que sa région n'a pas obtenu l'implantation d'une entreprise créatrice de 2000 emplois au Pied du Jura; cette entreprise se serait implantée en Carinthie, chez Haider. Ailleurs, à Galmiz, comme vous vous en souvenez, il en a été de même. Nul besoin de revenir sur ces expériences douloureuses, néanmoins elles nous interpellent, car toute exportation de produits "made in Switzerland" implique forcément des structures et des centres de production suisses. A défaut, nous devrions parler de processus de délocalisation en faveur de l'étranger, ce que, bien sûr, personne n'appelle de ses voeux. En ce sens, la politique économique extérieure reste implicitement partie intégrante de la politique économique intérieure. Or, une règle demeure, qu'il s'agisse de politique économique extérieure ou intérieure: les marchés se conquièrent au prix d'efforts et d'imagination.
Au nom de la commission, je vous invite à prendre acte du rapport sur la politique économique extérieure 2006 et à adopter les deux arrêtés fédéraux relatifs aux accords bilatéraux.