Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · 2007-03-12
Eggly Jacques-Simon · Nationalrat · Genf · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2007-03-12
Wortprotokoll
Je vous pose la question suivante: sommes-nous en 2007 ou en 1907? En 1907, ma foi, c'était le début du XXe siècle: il allait y avoir bien des développements en ce qui concerne l'organisation du monde, ou plutôt son désordre. Mais enfin, on vivait, comme au XIXe siècle, avec des relations uniquement entre Etats. Et ces relations entre Etats exigeaient évidemment qu'il y eût des relations diplomatiques avec des ambassadeurs, des missions diplomatiques et des privilèges et immunités qui devaient en quelque sorte garantir ces relations diplomatiques, dans l'intérêt réciproque des Etats.
Messieurs les membres du groupe UDC, si le monde n'avait pas évolué depuis 1907, en effet cette loi et tout ce qu'on veut y mettre serait parfaitement inutile. Après tout, la neutralité suisse existait déjà. Après tout, la Suisse avait déjà des relations diplomatiques avec différents Etats et on aurait pu en rester là. Mais, déjà après la Première Guerre mondiale et encore bien davantage après la Deuxième Guerre mondiale, l'organisation du monde s'est compliquée. Ses articulations multiples se sont développées. Il s'est trouvé que Genève en a été un des pôles de cristallisation, et cela naturellement largement au bénéfice de la Suisse. La Suisse a pu jouer un rôle particulier qui était, je dirai, favorable à la défense de ses intérêts, précisément grâce à l'internationalisation des relations diplomatiques. Aux relations interétatiques qui continuent d'exister se sont ajoutées les organisations internationales dans lesquelles les Etats à la fois défendent leurs intérêts et essaient de travailler en commun pour un meilleur ordre international. Là-dessus se sont encore greffées les organisations non gouvernementales. Tout cela finit par constituer une sorte d'ensemble avec des ramifications diverses.
En somme, il était bon que la Suisse, qui a un rôle particulier à jouer, y voie clair, que nous y voyions clair et que tout cela soit rassemblé dans une loi qui regroupe en un seul acte législatif les différents éléments de la vie internationale pour laquelle Genève a une charge particulière. Il n'y a pas à chercher plus loin.
Quand on lit les propositions de minorité, on a tout simplement le sentiment que ceux qui les ont déposées refusent de voir des éléments pourtant extrêmement visibles d'une réalité qui devrait éclater aux yeux de tous, qui devrait donc éclater à nos yeux. Il ne s'agit pas d'octroyer des privilèges à des gens qui, en somme, ne serviraient à rien, à des gens ou des organisations qui, en somme, ne seraient en rien des acteurs de la vie internationale, à Genève et ailleurs. Il ne servirait à rien de ne pas voir que sous l'égide de l'ONU, puis même au-delà de l'ONU, il y a toutes sortes d'acteurs de la vie internationale dont on doit tenir compte pour contribuer à la stabilisation, à l'organisation du monde, mais aussi pour défendre nos intérêts dans ce puzzle compliqué.
C'est la raison pour laquelle le Conseil fédéral, à juste titre, nous présente une loi sur l'Etat hôte, puisque aussi bien nous sommes un Etat hôte, puisque aussi bien Genève est un pôle international incontournable, essentiel de cette vie internationale dont la Suisse a particulièrement la charge. Voilà pourquoi cette loi est bienvenue, voilà pourquoi les propositions du Conseil fédéral, soutenues par la majorité à quelques nuances près, collent à la réalité multiple et pourtant unique, et voilà pourquoi les propositions de minorité ne pourraient être majoritaires que si nous étions en 1907; or, vous le savez tous, nous sommes en 2007.
Au nom du groupe radical-libéral, je vous propose de rejeter toutes les propositions de minorité.