Dormond Béguelin Marlyse · Nationalrat · 2007-03-13
Dormond Béguelin Marlyse · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2007-03-13
Wortprotokoll
Je vous demande, au nom du groupe socialiste, de soutenir la minorité II (Hämmerle) et d'en rester aux dispositions du droit en vigueur.
En effet, le changement qui vous est proposé revient, dans les faits, à enlever une bonne partie de la crédibilité gagnée au fil de ces années par les agriculteurs qui se sont lancés dans la culture biologique. Il faut se rappeler que ce genre de culture n'est pas simplement un marché: c'est aussi et surtout une philosophie. C'est un choix de produire en respectant des valeurs éthiques et non pas dans l'optique de s'implanter sur un marché qui soit le plus rentable possible. C'est aussi un choix qui privilégie la qualité afin de tendre à une production qui soit la plus naturelle possible.
Le bio est apparu en réaction à une production qui visait un rendement maximal par hectare avec l'aide de produits chimiques et en essayant d'ignorer les capacités de production de la terre à long terme. Les agriculteurs qui se sont lancés dans le bio à l'époque l'ont fait convaincus que les capacités de la terre n'étaient pas inépuisables. Ils l'ont fait au prix de sacrifices et sous les moqueries de tous ceux qui les prenaient pour de doux rêveurs et, au mieux, sous les sourires narquois des représentants des milieux agricoles qui n'y croyaient pas vraiment.
Malgré une atmosphère peu encourageante, ces pionniers ont persévéré, et ils ont eu raison. Le nombre croissant de consommateurs convaincus que ce style de production plus respectueux de la nature est une bonne solution, comme le succès du bio chez l'un des deux grands géants de la distribution, le démontrent.
Du point de vue des consommateurs et des consommatrices, la garantie que les produits qui leur sont présentés sous le label bio correspondent vraiment à cette manière de produire est primordiale. C'est d'ailleurs parce qu'ils ont cette garantie que les acheteurs acceptent de payer plus cher les produits vendus sous le label bio. La confiance des consommateurs a été gagnée au fil des années par des exigences rigoureuses et par des contrôles sérieux. Elle l'a été aussi parce que les agriculteurs qui produisent selon les exigences du label bio dirigent leur exploitation en pratiquant cette philosophie.
Or, la modification qui vous est proposée donnera à n'importe quel agriculteur la possibilité de cultiver une partie seulement de sa production selon les exigences du label bio. On aura donc une exploitation dont l'agriculteur pourrait déclarer que ses pommes de terre sont bio, mais pas ses poireaux. Cela pose quand même de sérieux problèmes et sur plusieurs points. J'en relèverai quelques-uns.
1. Lorsque deux cultures, dont l'une sera bio mais pas l'autre, seront cultivées côte à côte, comment ces agriculteurs vont-ils faire pour que les traitements chimiques ne contaminent pas la culture bio?
2. Actuellement, lorsqu'un contrôle est effectué dans une exploitation bio, il est clair que si des produits de traitement non acceptés s'y trouvent, les inspecteurs peuvent intervenir et prendre les mesures qui s'imposent. Mais si on accepte que dans la même exploitation se côtoient les cultures bio et les autres, comment les inspecteurs vont-ils procéder? Comment pourront-ils avoir l'assurance que ces produits ne sont pas utilisés pour toutes les cultures?
3. Vis-à-vis du secteur de l'agriculture bio, cela ne va pas non plus. On ouvre là la porte à des dérives évidentes. En effet, certains agriculteurs qui voudront se lancer dans ce créneau ne seront intéressés que par les cultures rentables, comme par exemple le blé bio - comme cela a déjà été cité - qui est très demandé. Ils laisseront de côté les cultures qui le sont moins. On arrivera rapidement dans la situation où les agriculteurs "saigneront" le secteur des cultures bio en jouant sur les deux tableaux et ne produiront plus que des cultures rentables, les unes bio, les autres pas. Les agriculteurs bio qui, actuellement, font des cultures peu rentables et équilibrent les comptes de leur exploitation avec les autres verront naître une concurrence que j'estime déloyale et qui les privera des revenus nécessaires à la viabilité de leur entreprise.
Et les consommateurs, dans tout cela? Comment, en tant que consommateur ou consommatrice, pourra-t-on encore avoir confiance dans des produits bio si, dans la même exploitation, on cultive du bio et du non-bio? Eh bien, si les acheteurs n'ont plus cette garantie, ils se détourneront progressivement de ce marché. On peut donc craindre à juste titre que la modification et l'ouverture proposées provoquent à terme la mort de la filière bio.
Pour toutes ces raisons, nous vous demandons de soutenir la proposition de la minorité II (Hämmerle).