Recordon Luc · Nationalrat · 2006-10-02
Recordon Luc · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2006-10-02
Wortprotokoll
Tout d'abord, en ce qui concerne cette malheureuse caserne de Bière, pourquoi donc, vous direz-vous, s'opposer au principe de l'extension du bâtiment dans lequel des exercices pour les chars, essentiellement, et pour l'artillerie doivent être effectués? Je vous renverse la question: quel sens cela a-t-il aujourd'hui de se préparer à une bataille de chars? Sommes-nous encore en 1943 au moment de la bataille de Koursk ou en 1944 lorsque le glorieux général Patton tournait ses chars et interrompait l'offensive von Rundstedt? Certainement pas!
Il y a aujourd'hui un changement de paradigme fondamental. Les batailles de chars, c'était certes un progrès, au sens militaire du terme, lorsque les idées du général de Gaulle finissaient, trop tardivement, par triompher et par permettre un autre changement de paradigme de la guerre de 14-18 à la guerre de 39-45. Mais aujourd'hui nous sommes face à une évolution plus grande encore, en particulier pour notre pays: nous ne pouvons pas oublier en effet que nous sommes de fait protégés par un glacis de milliers de kilomètres qui nous sépare - du plus improbable - des champs de bataille de chars.
La dernière bataille de ce genre s'est déroulée en Irak il y a quelques années, encore que celle de 2003 ait été assez anecdotique, de ce point de vue, même si elle a été dramatique pour d'autres raisons. C'est en réalité lors de l'opération "Tempête du désert" qu'on a vu une véritable bataille de chars et d'artillerie. Mais cela ne concerne plus l'Europe, cela n'a même pas concerné l'innommable guerre qui s'est déroulée en ex-Yougoslavie.
Pourquoi donc nous préparerions-nous à cela? Pourquoi donc ceux qui regrettent que nous devions payer dix fois cent millions de francs à l'Est ne veulent-ils pas prendre le cadeau gratuit que nous fait l'Europe en nous défendant pour longtemps, parce que c'est son rôle de défendre toute l'Europe, y compris le tout petit morceau que nous sommes au milieu? Pourquoi nous obstinons-nous à avoir aussi nos joujoux sous la forme de chars et d'artillerie?
Les Forces terrestres peuvent éventuellement jouer un certain rôle de protection dans le contexte moderne, mais il faut bien le dire: "Armée XXI" est une réforme qui n'est encore très largement qu'au milieu du gué et qui reste encore avec une idée mythique de l'armée, dépourvue de tout sens des réalités. Alors la malheureuse caserne de Bière, c'est une [PAGE 1427] extension du mythe et de ce qui sert au mythe et il nous paraît assez absurde de dépenser pour elle 16,25 millions de francs. C'est là le sens de ma proposition de minorité.
Pour le surplus, Monsieur Lang l'a dit beaucoup mieux que je ne pourrai le dire, mais je vais quand même vous exposer en quoi le groupe des Verts soutient ses différentes propositions de minorité. Brièvement, d'abord en ce qui concerne le laboratoire destiné à la lutte contre le bioterrorisme à Spiez; il nous semble que c'est toute la conception d'ensemble du bioterrorisme qui n'existe pas, c'est là encore un problème de paradigme qui n'a pas été suffisamment approfondi et c'est la raison pour laquelle - mon collègue l'a largement dit, mais je tiens à le souligner -, avec la Commission des finances, qui n'est probablement pas une bande de farfelus antimilitaristes dans sa majorité, nous estimons qu'il ne faut pas adopter aujourd'hui ce projet.
Il y a également - et c'est une problématique très différente, parce qu'elle fait là place à toute notre conception de la politique étrangère de la Suisse - le problème du système de télécommunication, dit Ifass, et des bâtiments qui lui sont destinés. Là, nous estimons véritablement, après la pétition de 2005, après le postulat Lang 04.3289 "Suspension du commerce de matériel militaire avec les pays du Proche-Orient", revêtu je le rappelle de 91 signatures, et non des moindres, après l'appel de 2006 que vous avez tous reçu et qui est daté du 30 août, qu'il est extrêmement non seulement dangereux, mais nuisible et contre-productif que la Suisse continue à vouloir faire des affaires de vente ou d'achat d'armement avec des pays du Proche-Orient. Cela n'est en rien dirigé précisément contre l'un ou l'autre des protagonistes - ce n'est pas plus Israël, ce ne sont pas plus certains pays arabes -, mais face à une telle poudrière, nous nous mettons inutilement en péril pour quelques affaires économiques de bien moindre importance en comparaison, lorsque nous continuons à faire des affaires de ce type. Il faut donc aussi renoncer à ce projet Ifass.
Je vous invite donc à accepter les différentes propositions de minorité qui vous sont faites, par Monsieur Lang, pour l'essentiel, et par moi-même.